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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Il y a ici-bas des choses étranges. Dans un autre ordre d’idées, on connaît ce financier dont l’aspect effraie comme celui d’un mort sorti de sa tombe. Il ne peut ni manger, ni boire, ni dormir; l’argent est pour lui un signe sans valeur, puisque Dieu lui a enlevé tout moyen d’utiliser l’argent, et il continue de courir après l’argent, avec enthousiasme, avec folie. Il se damne à gagner des millions, lui qui ne saurait savourer le plaisir enfantin qu’on achète, pour un sou!

C’est le châtiment du roi Midas. Et comme Midas se vengerait du sort s’il pouvait acheter un cœur et faire le bien éperdument, ainsi que, naguère, il spéculait avec folie sur le mal.

Mais notre financier-vampire n’a pas de ces idées-là.

Quant au prince, il était dans le cas de Coyatier: sa journée n’était pas finie.

Le Père et lui se séparèrent à la porte même de la maison.

Le Père prit un modeste fiacre le long du quai et regagna son hôtel.

Le prince atteignit le coin de la rue Harlay-du-Palais, où une voiture stationnait. Il s’approcha de la portière qui s’ouvrit.

– C’est vous, Louis? dit la voix altérée d’Ysole; est-il donc arrivé malheur?

– Non, répondit le prince, M. le comte de Champmas a passé par la rue de Nazareth. Dieu merci, aucun accident n’est survenu. Donnez-moi votre main, Ysole; le général a déjà embrassé sa plus jeune fille, je vais lui rendre l’autre.

Ysole tendit sa main et sentit celle de son amant qui tremblait.

– Qu’avez-vous, monseigneur? demanda-t-elle. Vous me cachez quelque chose!

– Sur ma parole, répondit le prince d’une voix qu’il faisait grave à plaisir, vous n’avez rien à craindre pour ceux que vous aimez.

– Pour ceux que j’aime! répéta Mlle de Champmas. Et, attachant sur lui son regard inquiet, elle ajouta:

– Vous savez bien que je n’aime rien au monde autant que vous!

Le prince, au lieu de l’attirer au-dehors, la repoussa doucement et entra avec elle dans la voiture.

– Pourquoi faites-vous cela? balbutia-t-elle, pendant que ses beaux yeux humides souriaient.

– Parce que, lui fut-il répondu, je ne suis plus en sûreté à Paris.

Ysole garda le silence; son sein battait avec force.

– En voulant sauver autrui, poursuivit le prince, on se compromet soi-même…

– Oh! l’interrompit la jeune fille; c’est pour moi! c’est pour mon père que vous vous êtes compromis!

Le prince dit encore:

– Je suis obligé de fuir.

– Je vous accompagnerai! s’écria Ysole.

– Y pensez-vous! On peut accepter le dévouement d’une femme… d’une fiancée…

Ysole se jeta dans ses bras.

– Je suis à vous, murmura-t-elle dans un long baiser, rien qu’à vous. Je vous suivrais au bout de l’univers!

Le prince se pencha à la portière et appela:

– Giovan-Battista!

Il ajouta quelques mots en italien, et la voiture partit au grand galop.

XII Maman Soûlas

Vers cette heure, à quelques pas de là, une scène assez curieuse avait lieu. Elle tient de trop près à notre drame pour que nous puissions nous dispenser de la mettre sous les yeux du lecteur.

Il nous faut pour cela tourner de nouveau le coin de la rue de Jérusalem, rentrer dans l’établissement du père Boivin, et monter une fois encore les trois étages du fameux escalier en colimaçon.

Ce sordide palier, entouré de trois portes bâtardes, chasse réservée de Clampin, dit Pistolet, est décidément notre principal rendez-vous.

Mme Soûlas dormait depuis longtemps déjà. Elle fut éveillée par un bruit faible qui venait du carré. Elle se mit sur son séant pour écouter.

– C’est M. Paul qui rentre, pensa-t-elle. On voudrait être quelque chose pour faire le bonheur d’un pareil amour de jeune homme.

Mais M. Paul, quand il rentrait de nuit par hasard, allait droit à sa porte et l’ouvrait; c’était l’affaire d’un instant. Il savait son chemin.

Ici, le bruit persistait. On eût dit un homme qui tâtonnait, ou peut-être un animal.

– Je suis bête, se dit Mme Soûlas, les minets, c’est comme le monde: quand on les appelle, ça s’en va, mais dès qu’on ne les appelle plus, ça veut revenir.

Cette réflexion philosophique la fit sourire. Elle mit un pied hors de son lit, puis l’autre.

Les chats ont ce privilège d’inspirer des tendresses presque maternelles.

– Quel vagabond! reprit-elle. Il en a dans le quartier, des minettes!

Elle chaussa ses pantoufles et traversa la chambre.

– Mou, mou, mou! appela-t-elle doucement, pendant qu’elle tenait sa porte entrebâillée; mou, mon minouchon, mou, mou!

Puis, changeant de ton tout à coup et tirant à soi la porte pour s’en faire une défense, elle ajouta:

– Il y a quelqu’un là, que voulez-vous, l’homme, à l’heure qu’il est?

À trois pas d’elle, juste sous le jour de souffrance qui laissait sourdre quelques rayons de lune, elle venait de distinguer une grande ombre immobile.

– Madame, répondit l’ombre d’un ton qui ne s’entendait pas souvent dans la maison Boivin, je ne connais pas les êtres; c’est la première fois que je viens ici. Dans l’obscurité, toutes ces portes se ressemblent. Je cherche celle de M. Gautron. Son nom doit être écrit en dehors.

Mme Soûlas ne répondit point tout de suite. Il semblait qu’elle écoutât encore après que l’étranger eut fini de parler.

Sans qu’elle eût pu dire pourquoi, cette voix l’avait fortement frappée.

– Gautron! murmura-t-elle enfin, connais pas… Mais attendez donc! ces messieurs ont parlé de Gautron toute la soirée. Il y a une affaire Gautron.

Elle rentra et alluma vivement sa chandelle en ajoutant:

– C’est peut-être le nouveau locataire du n° 9; nous allons voir. Avant de venir sur le carré, elle passa un jupon et une camisole.

– Il y a, songeait-elle, des voix qui vous retournent sens dessus dessous!

Elle sortit enfin, tenant son bougeoir à la main et alla droit à la porte de la tour qu’elle éclaira.

– Rien, dit-elle. Pas un brin d’écriture!

– Et l’autre? demanda l’étranger.

– L’autre… commença Mme Soûlas:

Elle n’acheva point, parce que, machinalement, elle avait éclairé la porte de Paul Labre.

– Hein! fit-elle. La carte est arrachée. Il veut nous quitter, bien sûr!

L’étranger, cependant, dit avec un accent de trouble qui allait presque au découragement:

– Madame, je vous remercie. Veuillez me pardonner de vous avoir dérangée.

Au son de cette voix qui la frappait pour la seconde fois, Mme Soûlas se retourna. Son regard tomba sur l’étranger. Elle recula, et son bougeoir faillit lui échapper des mains.

L’étranger ne prit pas garde parce que, se ravisant, il heurtait à la porte du n° 9 en appelant:

– Monsieur Gautron! Monsieur Gautron! Il n’y eut point de réponse.

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