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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Il n’y a rien là! dit-il. Ah! le scapulaire de la Merci, je ne le porte plus sur ma poitrine. Il est caché, bien caché, ma petite Fanchette elle-même ne saurait pas où le trouver! le scapulaire qui vaut tous les diamants de la couronne! le scapulaire qui dit où est le trésor! Voyez! vous pouvez me frapper, vous ne le trouverez pas dans l’appartement de mon corps! J’ai défiance de vous. Vous êtes mes ennemis! tous!

Il tremblait, et les mots bégayaient dans son gosier.

– Là! là! fit Lecoq d’un ton de bonhomie, je parie que le plan réussira tout de même. Il est un peu vieux style, mais ce sont encore les bons. Je me fais gloire d’avoir été votre serviteur, et je ne vois ici personne qui puisse vous aller seulement à la cheville. Eh! vieux géant! je demande pardon à papa.

Ils se regardèrent l’espace de deux ou trois secondes. Le courroux du Père était déjà tombé.

Son visage d’ivoire jauni eut une expression cauteleuse qui passa, rapide comme l’éclair, pour faire place aussitôt à une placide indolence.

– Certes, dit-il, tu as de l’attachement pour moi, l’Amitié, et tout le monde ici m’entoure d’une filiale tendresse. Vous avez raison, mes pauvres enfants, et c’est moi qui ai tort. On ne peut pas être et avoir été; ce sera ma dernière affaire. Comment voulez-vous que le général lise ce nom de Gautron et voie qu’il est tracé à la craie jaune, puisqu’il fait nuit sur le carré? C’est révoltant d’absurdité! idiot! idiot! Je me fais honte! À bas le vieux fou!

Il eut un rire plus contempleur que celui de Lecoq lui-même.

– Mais que voulez-vous? reprit-il rondement: l’Amitié l’a dit: la chose réussira tout de même. Tout m’a toujours réussi, malgré mon défaut de capacité…

– Papa! fit Lecoq, en le menaçant du doigt, vous avez de la rancune.

– Viens m’embrasser, toi! s’écria le bonhomme qui essuya ses yeux secs. Ingrat! tu ne sauras jamais comme on t’aime!

Il y eut une accolade attendrie.

– On a demandé, reprit le Père, qui était ce Gautron? Nous avions laissé ce pauvre brave Coyatier, le marchef, en prison pour payer la loi. Il en sait plus long que je ne croyais. Il m’a fait dire par un ami commun qu’il raconterait, au bon moment, une demi-douzaine de nos petites histoires, si je ne lui envoyais pas la clef des champs. C’est un homme à ménager, jusqu’à ce qu’on le règle (le Père appuya sur ce mot), je lui ai envoyé la clef des champs, juste à temps pour utiliser son savoir-faire. C’est lui qui est Gautron. Le prince lui a expliqué ce qu’il avait à faire. Vous savez qu’il a du talent…

En ce moment, on frappa discrètement à la porte. Les assistants déployèrent des cravates de soie noire, derrière lesquelles tous les visages disparurent.

– Entre, Piquepuce, entre, mon ami, dit le vieillard.

Un homme à physionomie malheureuse et qui avait l’air d’un clerc d’huissier campagnard se montra sur le seuil.

– Le prisonnier s’est donné de l’air, dit-il. Ça s’est bien passé.

Le colonel sourit et répliqua:

– Bien, mon garçon. Rends-moi le service d’allumer ton cigare ici, dehors, sur le balcon, et d’enlever le foulard qui pend aux barreaux, et va te divertir ensuite. Piquepuce passa sur le balcon.

Le Père poursuivit:

– Je disais, en parlant de Coyatier: c’est lui qui est Gautron; je rectifie: il est le tiers de Gautron, car notre Nicolas a pris aussi Coterie pour le maçonnage et Landerneau pour la menuiserie. La muraille de la tour est épaisse, il y a bien où mettre un général.

En vérité, tous les yeux brillèrent, excepté ceux de cette belle Marguerite, dont la paupière resta baissée. Cela devenait intéressant. Le vieux se frotta les mains et reprit:

– La succession est donc ouverte. Reste la petite malade d’en bas qui viendrait partager mal à propos. Eh bien! le séjour de la capitale ne vaut rien pour ce pauvre Coyatier, et l’air de Corse est favorable aux jeunes poitrinaires. Coyatier et l’enfant vont partir ce soir pour Sartène, ce qui donne le problème exactement résolu: cette intéressante Ysole est unique héritière et devient princesse. J’ai dit. Pardonnez les fautes de l’auteur.

Il y eut un murmure d’approbation. Chacun tenait à ce que le Père fût content.

– Merci, mes enfants, dit-il en repliant ses notes. J’aurais fait mieux autrefois, c’est clair… que voulez-vous? En attendant que le marchef vienne à l’ordre, j’accorde la parole à notre adorable comtesse, qui va nous égrener son petit chapelet.

– Auparavant, objecta Corona, je voudrais faire observer que le prince en est quitte à trop bon marché. Doublons.

– Nous aurons besoin du prince pour mon affaire, dit Marguerite, absolument besoin.

– Voyons l’affaire de Marguerite! décida Lecoq, dont le regard se fit rude en choquant celui du comte Corona. Marguerite a la parole.

– Ce ne sera pas long, répliqua la jeune femme. Dernièrement, pendant que j’habitais le château de Champmas, en Normandie, pour tenir lieu de chaperon aux deux filles du général, j’ai découvert un trésor; c’est une paysanne avare et qui essaie de dissimuler sa fortune. Elle a fait mutiler, l’an dernier, son fils unique, pour l’exemple de la conscription. À moi qui parle, elle m’a demandé deux sous pour acheter du tabac.

– Et réussit-elle à cacher ses mille écus de rente au soleil? demanda le vieux d’un air goguenard. Dis-nous ça, ma chérie.

– Elle est inscrite au rôle des contributions foncières du département de l’Orne, répondit Marguerite, pour une somme de 22 876 francs.

– De revenus! s’écria-t-on de tous côtés à la fois.

– D’impôts, rectifia la comtesse; elle paie en outre 14 000 francs dans les départements voisins.

– Sangodemi! jura le Père. C’est un conte à dormir debout.

– De plus, continua Marguerite, chaque semestre, le banquier d’Alençon touche 1 350 francs, somme égale à son 1% de commission, pour l’encaissement des rentes sur l’État, inscrites au nom de ma bonne femme.

– Venez m’embrasser, charmante, s’écria le vieux enthousiasmé.

Marguerite se prêta de bonne grâce à cette fantaisie d’autant mieux que cela lui donna l’occasion de murmurer à l’oreille du Père:

– Je ne donne pas l’affaire, je la vends, et très cher.

Pour la seconde fois, on frappa à la porte, et de la même manière. Les membres du conseil mirent leurs voiles de nouveau.

– Qui est là? demanda le vieux.

– C’est moi, répondit une grosse voix enrouée.

– Qui toi?

– Gautron.

Il y eut une certaine émotion dans l’assistance, quand le père commanda:

– Entrez.

Chacun regarda les mains du bouledogue qui passait le seuil, comme si on se fût attendu à y voir du sang.

– Bonjour, marchef, fit le Père, comment vas-tu, mon bon cher garçon?

– Tout doucement, répliqua l’assassin qui resta près de la porte; merci.

– Quelles nouvelles nous apportes-tu?

– C’est fait.

Le Père eut un sourire triomphant et souleva légèrement son voile pour lancer à la ronde un regard content.

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