Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
Sisu a une accélération de cent gravités standard, et les utilise toutes pour réduire le péril du temps. Mais un vaisseau qui se déplace à la vitesse d’un kilomètre par seconde chaque seconde, prendra trois jours standard et demi pour atteindre la vitesse de la lumière.
La moitié d’une semaine est bien longue à tenir nerveusement. Doubler l’accélération aurait réduit de moitié la durée de la phase dangereuse et rendu Sisu aussi agile qu’un engin pirate, mais cela impliquait qu’il possède une chambre thermonucléaire huit fois plus grande et dans un même rapport de grandeur, une protection contre les radiations, un équipement auxiliaire, et une capsule paramagnétique contenant la réaction thermonucléaire. Le volume de la masse ajoutée éliminerait la capacité en marchandise. Les Commerçants travaillent dur. Même s’il n’y avait plus de parasites prêts à les piller, ils ne pourraient pas se permettre de brûler leurs bénéfices dans le cheminement inexorable de la loi exponentielle de la physique pluridimensionnelle. Sisu allait aussi vite que possible dans la mesure de ses moyens, mais pas assez vite pour semer un vaisseau qui ne transportait pas de chargement.
Sisu était en outre difficile à manœuvrer. Il devait suivre avec précision une direction donnée dès qu’il entrait dans la nuit spatiale, sinon quand il en sortait, il serait trop loin de ses marchés. Une simple erreur pouvait provoquer de gros problèmes financiers. Pire encore, le pilote devait être prêt à couper le moteur entièrement, sans quoi il risquait la destruction du champ de gravité artificielle, et en conséquence la réduction en bouillie de la Famille tout entière, les corps humains étant trop mous pour résister à cent gravités.
C’est pour cette raison que les capitaines finissent toujours par avoir des ulcères à l’estomac. Ce n’est pas en marchandant les chargements, en calculant les remises et les commissions, en essayant de deviner quelles marchandises vont rapporter le meilleur profit. Ce ne sont pas les longues traversées dans l’obscurité de l’espace, car c’est à ce moment-là qu’ils peuvent se détendre et dorloter les enfants. Mais c’est le début et la fin de la course qui les tuent à petit feu, les longues heures douloureuses durant lesquelles ils sont susceptibles d’avoir à prendre une décision instantanée engageant les vies ou la liberté de toute leur famille.
Si les pirates voulaient détruire les vaisseaux marchands, Sisu et ses pareils n’auraient pas la moindre chance de s’en sortir. Mais un pirate veut du butin et des esclaves. Il ne gagne rien à anéantir un engin rempli.
Les commerçants ne sont freinés par aucun scrupule. Le dénouement idéal pour eux est la désintégration du vaisseau attaquant. Les détecteurs de cible atomique coûtent affreusement cher et leur usage pèse lourd dans la balance des profits et pertes ; mais il n’y a pas d’autre solution, si l’ordinateur dit que l’objectif peut être atteint. Un pirate au contraire n’utilisera ses armes destructives que pour se protéger. Sa tactique consiste à aveugler le commerçant, brûler ses instruments de façon à l’approcher de suffisamment près pour paralyser tout le monde à bord, ou, en cas d’échec, le tuer sans toutefois perdre le vaisseau et son chargement.
Le commerçant s’enfuit s’il peut, se bat s’il le doit. Dans cette dernière situation, il se bat à mort.
Lorsque Sisu se trouvait en dessous de la vitesse de la lumière, il écoutait avec sa perception artificielle les moindres perturbations dans l’espace, du souffle produit par les communications au grondement d’un vaisseau au moteur puissant. Les données affluaient dans le calculateur analogique astrogationnel ; les questions étaient les suivantes : Où se trouve le vaisseau ennemi ? Quelle est sa route ? Sa vitesse ? Son accélération ? Peut-il nous rattraper avant que nous n’atteignions la zone de sécurité ?
Si les réponses étaient inquiétantes, les données étaient envoyées à bâbord et à tribord vers les ordinateurs de direction du tir, et Sisu se préparait au combat. Des artilleurs armaient de bombes-A les détecteurs de cible, en touchant mentalement du bois et en marmonnant des incantations. L’Ingénieur Chef déverrouillait l’interrupteur-suicide qui pouvait convertir le bloc-moteur en bombe H de taille monstrueuse, et priait pour qu’en dernière extrémité il ait le courage d’emporter les siens dans l’ombre protectrice de la mort. Le capitaine actionnait le signal d’alarme appelant tout l’équipage des quarts vers le Q.G. Les cuisiniers éteignaient les feux, les ingénieurs auxiliaires fermaient la ventilation, les fermiers disaient adieu à leurs plantes et se hâtaient vers les postes de combat, les mères rassemblaient leurs enfants, s’attachaient et les tenaient serrés contre elles.
Puis l’attente commençait.
Mais pas pour Thorby, pas pour ceux qui étaient affectés aux ordinateurs de direction du tir. En nage dans leurs sièges, ils tenaient pendant les minutes ou les heures qui suivaient la vie de Sisu entre leurs mains. Les machines ingurgitaient au millième de seconde les données provenant du calculateur analogique et décidaient si les torpilles pouvaient atteindre la cible. Ensuite elles offraient quatre types de réponses : soit le tir est « possible » ou « impossible » dans la position prévue, soit il l’est ou ne l’est pas en modifiant la position de l’un des vaisseaux, de l’autre, ou des deux ensemble en coupant la pression. Des circuits automatiques pourraient traiter ces réponses toutes seules ; mais les machines ne pensent pas. La moitié de chaque ordinateur est conçu pour permettre à l’opérateur de demander quelle serait la situation dans les cinq minutes à suivre, si les variables changent… Et si on peut toujours atteindre la cible en cas de changements.
Toute variable est soumise à l’interprétation qu’en fait l’esprit humain. La réaction intuitive d’un manipulateur peut sauver son vaisseau ou le perdre. Un rayon neutralisant se déplace à la vitesse de la lumière. Les torpilles ne peuvent dépasser quelques centaines de kilomètres à la seconde ; pourtant on peut imaginer un pirate entrer dans la zone de radiation, envoyer le rayon paralysant ; de l’autre côté, le commerçant aura lancé son missile juste avant que le rayon ne le neutralise… ainsi il sera sauvé quand, un peu plus tard, le pirate explosera en projetant des flammes et un nuage de poussière atomique.
Mais si l’opérateur est trop pressé ou trop prudent à quelques secondes près, il peut perdre son vaisseau. Soit sa fusée manquera la cible, soit elle ne sera jamais lancée.
Quelqu’un d’âge mûr ne convient pas pour ce travail. Un parfait aiguilleur de tir est un jeune homme ou une jeune femme qui réfléchit et réagit rapidement, doté d’une certaine confiance en lui-même, d’une intuition immédiate des relations mathématiques, et dépourvu de crainte envers une mort qu’il ne peut encore imaginer.
Les commerçants sont toujours en quête de ces adolescents. Thorby semblait avoir la bosse des mathématiques et pouvait avoir les autres qualités pour un travail qui se présentait comme une partie d’échecs jouée sous l’effet d’une tension énorme, ou un jeu de paume très rapide. Son instructeur était Jeri Kingsolver, son neveu et son camarade de chambre. Jeri lui était inférieur dans la hiérarchie familiale, mais en fait plus âgé que lui. Il appelait Thorby « oncle » à l’extérieur de la salle de l’ordinateur ; mais lorsqu’ils y travaillaient, Thorby l’appelait « Aiguilleur du Tir en Chef à Tribord ».