Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
— Ne fais pas le malin !
— Arrêtez de me brutaliser !
— Je te dis d’arrêter de faire le malin. Tu dois aller voir l’Officier Chef. Ne me contrarie pas ou cela ira mal pour toi.
— Je veux voir le capitaine Krausa.
L’homme relâcha sa pression et ajouta :
— Tu le verras. Mais l’Officier Chef a ordonné que tu te présentes devant elle… Et elle ne doit pas attendre. Iras-tu tranquillement ou dois-je t’y amener en morceaux ?
Thorby y alla sans discuter. La pression sur l’articulation du poignet combinée avec celle sur le nerf situé entre les os de la paume oblige toujours à se conduire raisonnablement. Quelques passerelles plus loin, on le poussa à travers une porte ouverte.
— Officier Chef, voici le fraki.
— Merci, Troisième Quartier Maître. Vous pouvez vous retirer.
Thorby ne comprit que le mot « fraki ». Il se reprit et vit qu’il se trouvait dans une chambre beaucoup plus grande que la sienne. L’élément le plus important de la pièce était un lit imposant, à l’intérieur duquel une petite silhouette dominait l’ensemble. C’est seulement après l’avoir regardée qu’il remarqua la présence silencieuse du capitaine d’un côté du lit et de celle d’une femme environ du même âge que lui de l’autre.
La personne allongée était décrépite mais rayonnait d’autorité. Elle était richement vêtue. Le foulard qu’elle portait sur ses cheveux représentait plus d’argent que Thorby avait jamais eu l’occasion de voir en une seule fois. Il distingua seulement ses yeux féroces, profondément enfoncés. Elle le dévisagea.
— Alors ! Premier Fils, j’ai beaucoup de mal à le croire, dit-elle en Suomique.
— Ma Mère, le message ne peut être truqué.
Elle renifla.
Le capitaine Krausa continua avec un entêtement soumis.
— Ecoutez-le donc Ma Mère. – Il se tourna vers le garçon et lui dit en Interlingua : – Répète le message de ton père.
Thorby obéit sans comprendre, mais soulagé d’avoir près de lui l’ami de Pop. La vieille femme l’écouta d’un bout à l’autre, puis s’adressa à l’homme :
— Qu’est-ce que ça signifie ? Ce fraki parle notre langue !
— Non, Ma Mère, il ne comprend pas un mot de ce qu’il dit. Il est la voix de Baslim.
Elle toisa à nouveau Thorby, déversa un torrent de paroles en Suomique. Il regarda Krausa d’un air interrogateur. Puis elle ordonna :
— Qu’il le répète encore une fois.
Le capitaine transmis l’ordre. Le garçon, troublé mais docile, s’exécuta. A la fin, elle resta silencieuse pendant que les autres attendaient. Son visage grimaça de colère et d’exaspération, puis elle s’écria :
— Les dettes doivent être payées !
— C’est bien ce que j’ai pensé, Ma Mère.
— Mais pourquoi est-ce à nous qu’incombe cette tâche ? lança-t-elle, furieuse.
L’homme ne dit rien. Elle continua fébrilement :
— Le message est authentique. Au début je le croyais faux. Si j’avais su ce que tu avais l’intention de faire, je te l’aurais interdit. Mais, Premier Fils, malgré ta stupidité, tu as eu raison. Les dettes doivent être payées.
Comme il se taisait toujours, elle ajouta avec colère :
— Alors ? Dis quelque chose ! Quelle solution proposes-tu ?
— J’y ai pensé, Ma Mère, commença-t-il lentement. Baslim demande que nous nous occupions du garçon pendant un laps de temps limité… Jusqu’à ce qu’on puisse le remettre à un vaisseau militaire de l’Hégémonie. C’est-à-dire pendant un ou deux ans. Cela posera tout de même des problèmes. Toutefois nous avons un précédent, cette femme fraki. La Famille l’a acceptée, en grognant un peu, mais ils s’y sont accoutumés maintenant. Elle les amuse même. Si Ma Mère intervenait de la même façon en faveur du gamin…
— Ridicule !
— Mais, Ma Mère, nous sommes obligés. Les dettes doivent…
— Silence !
Il se tut. Elle prit la parole tranquillement :
— As-tu compris la formulation du fardeau qu’il a placé sur tes épaules ? « Je te demande de l’encourager et de le réprimander comme tu le ferais pour un de tes fils. » Que représentait Baslim pour ce garçon ?
— Eh bien, il en parle comme de son fils adoptif. J’ai pensé…
— Tu n’as rien pensé du tout. Si tu prends la place de Baslim, que deviens-tu ? Il n’y a qu’une façon d’interpréter ces paroles.
Krausa eut l’air ennuyé. Elle poursuivit :
— Sisu paie ses dettes en entier. Pas de demi-mesures, pas de compromis… Il faut aller jusqu’au bout. Le fraki doit être adopté… par toi.
Le visage du capitaine devint blanc comme un linge. L’autre femme, qui se déplaçait silencieusement en se trouvant des petites tâches à accomplir, fit tomber un plateau.
— Mais, Ma Mère, et la Famille, que… ? demanda-t-il.
— Je suis la Famille ! – Elle se tourna soudain vers l’autre femme. – Femme du Premier Fils, convoque chez moi toutes mes filles aînées.
— Oui, Mère de mon Epoux.
Elle fit une révérence et s’en alla.
L’Officier Chef regarda d’un air sombre les frais généraux du vaisseau puis sourit.
— Ce n’est pas si mal, après tout, Premier Fils. Que se passera-t-il au prochain Rassemblement des Familles ?
— Eh bien, nous serons remerciés.
— Les remerciements ne permettent pas d’acheter de la marchandise. – Elle passa sa langue sur ses lèvres minces.
— Les Familles seront en dette à l’égard de Sisu… Il y aura des modifications de statut pour les vaisseaux. Nous n’en souffrirons pas.
Krausa esquissa un sourire.
— Tu as toujours été la plus rusée, Ma Mère.
— Heureusement pour Sisu. Emmène le fraki et prépare-le. Nous allons faire les choses rapidement.
8
Thorby était placé devant une alternative : soit il se laissait adopter sans faire d’histoires, soit il en faisait et on l’adoptait de toute façon. Il choisit la première option, qui était la plus raisonnable. Il était toujours dérisoire, voire désagréable de s’opposer à la volonté de l’Officier Chef. En outre, malgré son désarroi et sa tristesse à l’idée d’avoir une nouvelle famille si tôt après la mort de Pop, il vit cependant que ce changement s’avérait tout à son avantage. Tant qu’il était fraki, son statut n’avait jamais été plus bas. Même un esclave avait des égaux.
Mais le plus important à ses yeux, c’était l’injonction de Pop. Il devait obéir en tout au capitaine Krausa.
L’adoption eut lieu le soir même pendant le repas dans la salle à manger. Thorby ne comprit pas grand-chose à ce qui se passait, ni à ce qui se disait, car les rites s’accomplissaient dans le « langage secret », mais le capitaine lui avait expliqué ce qu’il devrait faire. Tous les habitants du vaisseau étaient présents, sauf ceux de garde. Même le docteur Mader y assistait de l’intérieur de la porte principale sans prendre part, mais elle pouvait tout voir et entendre.
L’Officier Chef fut amenée et tout le monde se leva. On la déposa dans une chaise longue à la tête de la table des officiers, où sa belle-fille, la femme du capitaine attendait ses ordres. Quand elle fut confortablement installée, elle fit un geste et tous s’assirent. Le capitaine se plaça à sa droite. Les filles de la moitié à bâbord, qui était de quart la journée, servirent ensuite à tout l’équipage des bols remplis d’une bouillie liquide. Personne ne la toucha. L’Officier Chef frappa sa cuillère contre son bol, puis parla brièvement et avec emphase.