Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
— Oui, mais sais-tu pourquoi la garde à tribord à plus d’hommes célibataires, et la garde à bâbord plus de femmes non mariées ?
— Euh, je ne crois pas.
— Les femmes adoptées venant d’autres vaisseaux sont dans la moitié à bâbord. Les célibataires nés sur le Sisu sont à tribord. Chaque fille de ton côté devra être échangée… A moins qu’elle trouve un mari parmi les quelques hommes qui restent. Tu aurais dû être adopté de ce côté, mais alors il aurait fallu que tu aies un autre père adoptif. Tu vois les noms entourés d’un cercle bleu ? Une de ces filles est ta future épouse… Mais tu peux aussi en trouver une sur un autre vaisseau.
Thorby se sentit déconcerté devant cette idée.
— Dois-je vraiment le faire ?
— Si tu gagnes sur le vaisseau un grade qui correspond à ton rang familial, tu devras te battre pour les contrecarrer.
Il en fut inquiet. Déjà empêtré dans le marais familial, il sentait qu’il avait plutôt besoin d’une troisième jambe que d’une femme.
— La plupart des sociétés pratiquent à la fois l’exogamie et l’endogamie. Un homme doit se marier hors de la famille, mais dans son pays, dans sa race et sa religion, enfin dans un groupe élargi. Vous autres, les Libres Commerçants, ne faites pas exception. Vous devez vous unir à une autre moitié, mais pas vous marier avec des frakis. Cependant vos règles produisent une situation inhabituelle. Chaque vaisseau est un matriarcat patrilocal.
— Un quoi ?
— « Patrilocal » signifie que les femmes se déplacent pour vivre avec la famille de leur mari. Le matriarcat… Eh bien, qui dirige ce vaisseau ?
— Mais, le capitaine ?
— Vraiment ?
— Enfin, Père écoute Grand-mère, mais elle devient vieille et…
— Il n’y a pas de « mais ». C’est l’Officier Chef qui commande. Cela m’a étonnée. J’ai cru que c’était une particularité de ce vaisseau. Mais cette situation se retrouve dans toutes les Familles. Les hommes font le commerce, pilotent le vaisseau, le font fonctionner, mais c’est toujours la femme qui donne les ordres. C’est d’ailleurs tout à fait logique dans son contexte. Cela rend vos coutumes matrimoniales tolérables.
Thorby souhaita qu’elle cesse de parler tout le temps de mariage.
— Tu n’as pas encore vu les vaisseaux négocier les filles. Elles pleurent toutes les larmes de leur corps quand elles partent, il faut presque les entraîner dehors de force… Mais celles qui arrivent, ont essuyé leurs yeux et sont tout sourires, prêtes à flirter, et à faire la chasse au mari. Si elle arrive à attraper le bon, et à le pousser en avant, elle peut devenir un jour la souveraine d’un état indépendant. Tant qu’elle est sur son vaisseau d’origine, elle n’est rien, c’est pour cela que ses larmes sèchent si vite. Mais si les hommes étaient les chefs, les échanges de femmes seraient de l’esclavage. Dans la pratique actuelle, c’est une grande chance pour la femme.
Le docteur Mader se détourna du diagramme.
— Les coutumes qui aident les gens à vivre entre eux ne sont pratiquement jamais prévues. Ou bien elles sont utiles ou alors elles meurent. On t’a tourmenté pour que tu apprennes à te conduire avec tes parents.
— Ça, c’est bien vrai !
— Quelle est la chose la plus importante pour un Commerçant ?
Thorby réfléchit.
— Eh bien, la Famille. Tout dépend de sa place dans la Famille.
— Pas du tout. Son vaisseau.
— Enfin, quand tu parler du « vaisseau », tu veux dire la « famille ».
— Non, le contraire. Si un Commerçant est insatisfait, où peut-il aller ? Il ne peut pas voyager dans l’espace sans vaisseau, ni même penser vivre sur une planète parmi des frakis, la seule idée le répugne. Son vaisseau, c’est sa vie. C’est de là que provient l’air qu’il respire. D’une manière ou d’une autre, il doit apprendre à y vivre. Toutefois le choc des personnalités est pratiquement insupportable, et il n’y a pas moyen de s’isoler. La pression augmente jusqu’à ce que quelqu’un soit tué… Ou jusqu’à la destruction même du vaisseau. Mais les êtres humains trouvent des procédés pour s’adapter à n’importe quelles conditions. Vous, vous arrangez les choses avec des rituels, du formalisme, des modèles préétablis de discours, des actions et des réponses obligatoires. Quand la situation se complique, vous vous cachez derrière une attitude type. C’est pour cela que Fritz s’est calmé.
— Euh ?
— Il ne pouvait pas rester en colère. Tu avais fait quelque chose de mal… Mais les faits révélaient d’eux-mêmes que c’était par ignorance. Il l’avait momentanément oublié, quand il s’en est rappelé, son irritation s’est envolée. La Famille se défend de s’emporter contre un enfant, par contre ils le remettent dans la bonne voie… Jusqu’à ce qu’il suive vos coutumes complexes aussi mécaniquement de Fritz.
— Euh, je crois que je comprends. – Il soupira. – Mais ce n’est pas facile.
— Parce que tu n’y es pas né. Mais tu apprendras et cela ne te coûtera pas plus que de respirer, tout en étant aussi utile. Les usages révèlent à un homme qui il est, où est sa place, ce qu’il doit faire. Il vaut mieux avoir des coutumes illogiques que de ne pas en avoir du tout. Les hommes ne peuvent pas vivre sans elles. Du point de vue d’une anthropologue, « la justice n’est que la recherche des usages fonctionnels ».
— Mon père, enfin mon autre père, Baslim l’Infirme, disait que la meilleure façon de trouver la justice c’est de traiter autrui équitablement sans se soucier de la façon dont on vous traite.
— Cela ne s’accorde-t-il pas avec ce que j’ai dit ?
— Euh, je crois bien que oui.
— Je pense que Baslim l’Infirme estimerait la Famille juste. – Elle tapota son épaule. – Ne t’inquiète pas, Thorby. Donne le meilleur de toi-même ; un jour tu épouseras une de ces jolies filles, et tu seras heureux.
Cette prédiction était loin de le réconforter.
9
Lorsque Sisu aborda Losian, Thorby avait un poste de combat digne d’un homme. On l’affecta d’abord, au poste central de secours comme assistant où il s’avéra qu’il n’avait rien à faire. Mais il reçut une promotion grâce à ses connaissances en mathématiques.
Il fréquentait alors l’école du vaisseau. Baslim lui avait donné une formation très étendue, mais ces professeurs ne semblèrent pas le remarquer. Car il avait insisté sur les langues, la science, les mathématiques, la galactographie et l’histoire, mais n’avait jamais abordé les sujets qui leur paraissaient nécessaires : le Finnois tel qu’ils le parlaient, l’histoire des Familles et de Sisu, les coutumes et pratiques commerciales, les lois d’import-export sur de nombreuses planètes, l’aquiculture, le budget, la sécurité et le contrôle du fonctionnement du vaisseau. Thorby absorba ces nouvelles matières avec la rapidité dont seul pouvait être capable quelqu’un entraîné par Baslim. Les Commerçants avaient besoin de mathématiques appliquées à la comptabilité, à l’astrogation, et à la nucléonique pour un vaisseau à énergie thermonucléaire. Le garçon assimila les deux premières techniques sans la moindre difficulté, quant à la troisième, le directeur de l’école fut stupéfié qu’un ex-fraki ait déjà étudié les géométries pluridimensionnelles.
Il signala au capitaine qu’ils avaient un génie mathématique à bord.
C’était faux. Mais Thorby fut affecté à l’ordinateur de direction du tir à tribord.
Les vaisseaux commerçants étaient le plus exposés durant la première et la dernière phase de chaque traversée de l’espace, quand l’engin était en dessous de la vitesse de la lumière. Il est possible théoriquement de repérer et d’intercepter un astronef qui dépasse la vitesse de la lumière, mais en pratique, cela s’avère aussi facile que de viser à l’arc sur une certaine goutte de pluie un soir d’orage à minuit. Par contre, il est tout à fait possible de traquer un transporteur alourdi par des marchandises se déplaçant en dessous de la vitesse de la lumière, si l’attaquant est lui-même plus rapide.