Blood Wedding [Robe de marié]
- Автор: Леметр Пьер
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253120605
- Переводчик: Frank Wynne
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
J’ai fixé au mur un grand tableau blanc et des feutres, un panneau de liège, je dispose d’une petite table. J’ai rapporté tout ce dont je disposais déjà. J’ai acheté un nouvel ordinateur, portable celui-ci, et une petite imprimante couleur. Le seul problème est que je ne peux pas venir aussi souvent que je le voudrais, du moins au début, pour ne pas éveiller les soupçons et griller le petit scénario que j’ai improvisé pour obtenir la chambre. Dans quelque temps, je prétexterai un changement dans mon travail qui justifiera d’y venir plus souvent.
Je n’ai pas eu de crise d’angoisse depuis ma rencontre avec Sophie. Il m’arrive bien, de temps à autre, de m’endormir avec une certaine raideur. Auparavant, c’était le signe avant-coureur de l’anxiété nocturne qui finissait presque toujours par me réveiller et me tirer du sommeil en nage. C’est bon signe. Je pense que Sophie va m’aider à guérir. Paradoxalement, plus je me sens calme, plus maman est présente. La nuit dernière, j’ai allongé sa robe sur le lit pour la regarder. Elle est un peu défraîchie maintenant, le tissu n’a plus le velouté d’autrefois et malgré les nettoyages, lorsque l’on prend un peu de recul, on distingue clairement les marbrures sombres. Il y a eu beaucoup de sang. Ces taches m’ont longuement contrarié. J’aurais voulu que la robe retrouve la fraîcheur absolue qu’elle devait avoir le jour de son mariage. Mais finalement, je ne suis pas mécontent qu’elles soient encore là, même discrètes, parce qu’elles sont un encouragement. Toute ma vie est en elles. Elles représentent mon existence, elles incarnent ma volonté.
Je me suis endormi dessus.
Sophie et Vincent sont rentrés la nuit dernière. Je me suis laissé prendre au dépourvu. J’aurais bien aimé être là pour les accueillir. Quand je me suis réveillé ce matin, leurs fenêtres étaient déjà grandes ouvertes.
Ce n’est pas grave, tout était fin prêt pour leur retour.
Demain matin, Vincent part très tôt en voyage et Sophie va l’accompagner à l’aéroport. Je ne me lèverai pas pour les regarder partir. Je me suis contenté d’enregistrer l’information recueillie sur la boîte e-mail de Sophie.
Il fait terriblement chaud en ce moment, je suis parfois obligé de rester en tee-shirt et en short. Comme je ne veux pas ouvrir la fenêtre quand j’observe, il fait vite une chaleur insupportable. J’ai apporté un ventilateur mais le bruit m’agace. Je me contente de transpirer à mon poste d’observation.
Je suis largement récompensé par les fruits de mon travail de guet. Ils ne craignent pas d’être vus. D’abord ils sont situés tout en haut, ensuite l’immeuble d’en face, le mien, n’a que quatre fenêtres pouvant donner vue sur leur intérieur. Deux ont été condamnées de l’intérieur. Ma fenêtre est toujours fermée et doit laisser penser que la chambre est inhabitée. À ma gauche, les lieux sont occupés par un type assez bizarre, une sorte de musicien ou quelque chose comme ça, qui vit dans le noir et sort à des heures impossibles, mais en respectant les règles imposées à tous. Je l’entends deux ou trois fois par semaine rentrer en tapinois.
Quelle que soit l’heure de leur retour, je suis à mon poste d’observation.
Je surveille particulièrement leurs habitudes. Les habitudes, c’est ce qui vrille le moins, ce sur quoi on se repose, ce qui est solide. Ce dont on ne doute pas facilement. C’est sur cela que je dois travailler. Pour le moment, je me contente de petites choses. Par exemple, je minute certains faits et gestes. Ainsi, entre la douche et les soins corporels, Sophie reste pas moins de vingt minutes dans la salle de bains. Moi, je trouve ça énorme, mais bon, c’est une fille. Et encore, elle en sort en peignoir et elle y retourne pour les soins du visage et même, souvent, une dernière fois pour quelques retouches de maquillage.
Après avoir bien minuté, Vincent n’étant pas là, j’en ai profité. Dès que Sophie est entrée dans la salle de bains, je suis monté, j’ai juste pris sa montre qu’elle pose sur la tablette près de son lit et je suis reparti. C’est une jolie montre. D’après l’inscription gravée au dos, ça vient de son père, qui la lui a offerte en 1993, pour son diplôme de fin d’études.
Je viens de faire la connaissance du père de Sophie. L’air de famille est indubitable. Il est arrivé hier. À voir sa valise, il ne devrait pas rester longtemps. C’est un homme grand, mince, la soixantaine, élégant. Sophie l’adore. Ils vont ensemble au restaurant, comme des amoureux. En les regardant, je ne peux m’empêcher de penser à la période où Mme Auverney, la mère de Sophie, était encore vivante. Je suppose qu’ils parlent d’elle. Ils n’y penseront jamais autant que moi. Si elle était encore vivante, nous n’en serions pas là… Quel gâchis.
Patrick Auverney, né le 2 août 1941 — Diplôme d’architecte 1969 (Paris) — Mariage avec Catherine Lefebvre le 8 novembre 1969 — Fondateur de l’agence R’Ville en 1971 avec Samuel Génégaud et Jean-François Bernard (associés) : siège social au 17, rue Rambuteau puis au 63, rue de la Tour-Maubourg (Paris) — 1974, naissance de sa fille unique, Sophie — 1975, installation du couple Auverney au 47, avenue d’Italie à Paris — Divorce prononcé le 24 septembre 1979–1980, achète sa résidence de Neuville-Sainte-Marie (77) et s’y installe — Épouse en secondes noces Françoise Barret-Pruvost le 13 mai 1983 — Disparition de Françoise le 16 octobre 1987 (accident de la route) — Revend les parts de sa société la même année — Vit seul — A conservé quelques activités de conseil en architecture et urbanisme notamment auprès de collectivités locales de sa région.
M. Auverney n’est resté que trois jours. Sophie l’a raccompagné à la gare. Pour des raisons de travail, elle n’a pas pu attendre. Moi, je suis resté. J’ai observé le bonhomme. J’en ai profité pour prendre quelques clichés.
Il est difficile de se garer dans la rue. Même en août, il n’est pas rare que je voie Sophie sillonner le quartier avant de trouver une place, parfois même très loin.
En règle générale, Sophie et son mari prennent le métro. Elle ne prend sa voiture que lorsque son travail l’appelle en banlieue ou qu’elle a des choses à transporter. Il y a deux rues où la ville n’a pas encore installé de parcmètres. Elles sont connues de tout le quartier et les rares places sont aussitôt prises d’assaut. Parfois, Sophie recourt au parking public le plus proche.
Ce soir, elle est arrivée chez elle vers 19 heures et, comme souvent à cette heure-là, il n’y avait aucune place libre. Elle s’est garée sur l’emplacement réservé aux handicapés (ce n’est pas bien, Sophie, ce n’est pas civique !), le temps de monter chez elle trois gros paquets. Elle est redescendue à la vitesse de la lumière. J’ai tout de suite vu qu’elle n’avait pas pris son sac. Elle l’a laissé là-haut. Je n’ai pas attendu une seconde de plus. À peine Sophie était-elle remontée en voiture, je grimpai chez elle et j’entrai dans l’appartement. J’étais fébrile mais j’avais répété ces gestes-là vingt fois dans ma tête. Sophie avait posé son sac sur la petite desserte près de la porte. J’y ai trouvé son nouveau portefeuille et j’ai échangé sa nouvelle carte d’identité contre celle que je lui ai volée en juillet. Elle ne va pas s’en rendre compte de sitôt. Quand regarde-t-on sa carte d’identité ?