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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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Ces odeurs, ces gestes, ces moments… Dans le regard de Sophie, tout préfigure ce qui l’attend. Il faudra qu’elle sache partir. Au bon moment. Mais c’est pour plus tard, parce que pour l’heure il faut savoir jouer. Jouer fin. Pas de passion de surface, un attachement rendu possible par une connivence superficielle mais prometteuse. Ils ont passé quatre nuits ensemble. Voici la cinquième. Deux nuits de suite. Parce qu’il faut accélérer le mouvement. Elle a réussi à intervertir ses horaires avec une fille d’une autre équipe pour quelques jours. Il est venu la chercher. Elle passe son bras sous le sien, elle raconte sa journée. La seconde fois, c’est déjà une habitude. Pour le reste, il est attentif jusqu’au scrupule. On dirait parfois qu’il joue sa vie sur chaque geste. Elle tente de le calmer. Elle essaie de donner à leur intimité récente quelque chose de moins factice, de moins artificiel. Elle bricole des choses sur la gazinière de son deux-pièces. Il se détend petit à petit. Au lit, il ne s’occupe d’elle que si elle fait le premier geste. Elle le fait chaque fois. Elle a peur chaque fois. Elle fait comme si. Parfois, de courts instants elle sent qu’elle pourrait être heureuse. Ça la fait pleurer. Il ne le voit pas parce que c’est toujours à la fin, quand il s’endort et qu’elle regarde la pièce dans la pénombre nocturne. Une chance, il ne ronfle pas.

Sophie reste de longues heures ainsi, à laisser rouler en elle les images de sa vie. Les larmes comme toujours coulent seules, sans elle, hors d’elle. Elle glisse vers des sommeils dont elle a peur. Parfois, elle rencontre sa main et s’y accroche.

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Il fait un froid très sec. Ils sont accoudés à une balustrade en fer, le feu d’artifice vient de débuter. Les gosses courent sur le mail, les parents entrouvrent la bouche en regardant le ciel. Des bruits de guerre. Les explosions sont parfois précédées de sifflements sinistres. Le ciel est orangé. Elle se tient contre lui. Pour la première fois, elle a besoin, vraiment besoin, de se blottir contre lui. Il a passé son bras par-dessus son épaule. Ce pourrait être un autre. C’est lui. Ce pourrait être pire. Elle passe sa main sur sa joue et l’oblige à la regarder. Elle l’embrasse. Le ciel est bleu et vert. Il dit quelque chose qu’elle n’entend pas à cause d’une fusée qui explose juste au même instant. À son air, il a dit quelque chose de gentil. Elle fait « oui » de la tête.

Les parents rassemblent la marmaille, les blagues prévisibles fusent de groupe en groupe. On rentre. Les couples bras dessus bras dessous. Eux peinent à trouver un pas qui leur convienne à tous deux. Ses enjambées à lui sont plus grandes, il piétine un peu, elle sourit, le pousse, il rit, elle sourit. Ils s’arrêtent. C’est sans amour mais il y a quelque chose qui fait du bien, quelque chose qui ressemble à une immense fatigue. Il l’embrasse pour la première fois avec une sorte d’autorité. C’est le début de l’année dans quelques secondes, des Klaxons se font déjà entendre, ceux qui anticipent l’heure pour être certains d’être les premiers. D’un seul coup tout explose, les cris, les sirènes, les rires, les lumières. Une vague de bonheur social plane un instant sur le monde, l’occasion est de commande mais les joies sincères. Sophie dit : « On va se marier ? » C’est une question. « Moi je veux bien… », dit-il en ayant l’air de s’excuser. Elle serre son bras.

Voilà.

C’est fait.

Dans quelques semaines, Sophie sera mariée.

Adieu Sophie-la-Dingue.

Une vie nouvelle.

Ça lui vaut quelques secondes de respiration libérée.

Il sourit en regardant le monde.

FRANTZ

3 mai 2000

Je viens de l’apercevoir pour la première fois. Elle s’appelle Sophie. Elle sortait de chez elle. Je n’ai guère distingué que sa silhouette. Visiblement, c’est une femme pressée. Elle est montée en voiture et elle a détalé aussitôt, au point que j’ai eu du mal à la suivre en moto. Par chance, elle a eu des difficultés pour se garer dans le Marais, ce qui m’a bien facilité les choses. Je l’ai suivie de loin. J’ai d’abord cru qu’elle allait faire du shopping, j’aurais alors dû renoncer à la suivre, trop de risques. Mais, par bonheur, elle avait rendez-vous. Elle est entrée dans un salon de thé de la rue des Rosiers et s’est immédiatement dirigée vers une autre femme d’à peu près son âge en regardant sa montre, manière de dire qu’elle était bousculée. Je savais, moi, qu’elle était partie en retard. Flagrant délit de mensonge.

J’ai attendu une dizaine de minutes, je suis entré à mon tour dans le salon de thé et me suis installé dans la seconde salle, d’où j’avais sur elle une vue parfaite et discrète. Sophie portait une robe imprimée, des chaussures à talons plats et un blouson gris clair. Je la voyais de profil. C’est une femme agréable, une femme qui doit plaire aux hommes. Son amie, en revanche, je lui ai trouvé le genre pute. Trop maquillée, arrogante, trop femelle. Sophie, au moins, sait rester naturelle. Elles se sont empiffrées de gâteaux avec des airs gourmands de collégiennes. À voir leurs mimiques et leurs sourires, j’ai vu qu’elles plaisantaient sur l’entorse à leur régime. Les femmes font tout le temps des régimes auxquels elles adorent faire des infidélités. Les femmes sont futiles. Sophie est mince. Plus mince que son amie.

J’ai vite regretté d’être entré. Je prenais le risque idiot qu’elle me regarde et, pour une raison quelconque, qu’elle se souvienne de mon visage. Pourquoi prendre ainsi des risques quand ce n’est pas nécessaire ? Je me suis promis qu’on ne m’y reprendrait plus. Cela dit, cette fille me plaît. Je la trouve vivante.

Je me sens dans une disposition d’esprit très spéciale. Tous mes sens sont aiguisés. C’est grâce à cela que j’ai su transformer cet épisode inutile en circonstance féconde. Je suis sorti environ vingt minutes après elles et au moment de prendre mon blouson sur le portemanteau, j’ai vu qu’un homme y avait déposé son manteau. J’ai rapidement passé la main dans la poche intérieure et je suis sorti avec un beau portefeuille. Son propriétaire s’appelle Lionel Chalvin, il est de 1969, ce qui ne fait jamais que cinq ans de plus que moi ; il habite Créteil. Sa carte d’identité est encore de l’ancien modèle. Comme je n’ai pas l’intention de l’utiliser si on me demande mes papiers, je l’ai bricolée, d’ailleurs assez bien, en collant une photo à moi. Il y a des jours où je suis bien heureux d’être habile de mes mains. Si on n’y regarde pas de trop près, le résultat est propre.

15 juin

Il m’a fallu une dizaine de jours pour mûrir ma décision. Je viens de vivre une terrible déception, des années d’espérance ont été mises à bas en quelques minutes… Je n’espérais pas m’en relever de sitôt et curieusement, j’ai l’impression que c’est fait. J’en suis un peu étonné. J’ai suivi Sophie Duguet dans ses déplacements, j’ai réfléchi, je l’ai regardée… J’ai pris ma décision hier soir, tandis que je regardais les fenêtres de son appartement. Elle est passée, elle a refermé les rideaux d’un geste ample et ferme. Une sorte de semeuse d’étoiles. Quelque chose en moi s’est déclenché. J’ai compris que j’allais me lancer. De toute manière il me fallait un projet alternatif, je ne pouvais me résoudre, comme ça, à renoncer à tout ce dont j’avais rêvé, à tout ce dont j’ai eu besoin pendant si longtemps. J’ai compris que Sophie, somme toute, ferait l’affaire.

J’ai ouvert un cahier pour mes notes. Il y a déjà beaucoup de choses à préparer et je crois que ça va m’aider à réfléchir. Parce que cette affaire est beaucoup plus compliquée que celle que j’avais d’abord envisagée.

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