Blood Wedding [Robe de marié]
- Автор: Леметр Пьер
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253120605
- Переводчик: Frank Wynne
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
— Je peux vous demander où on va, comme ça ?
— On a dit Alien, non…?
— Non, je voulais dire : nous deux, on en est où ?
Sophie sait exactement où ils en sont. Il lui reste moins de deux mois pour conclure. Déduire le délai pour la publication des bans. Elle ne peut plus changer maintenant. Plus le temps. Avec un autre, il faudra tout reprendre à zéro. Plus le temps. Elle le regarde. Elle s’est habituée à ce visage. Ou elle a vraiment besoin de lui. Le résultat est le même.
— Vous savez où vous en êtes, vous ? demande-t-elle.
— Moi, je crois, oui. Et vous le savez bien. Je me demande vraiment pourquoi vous avez changé d’avis. Quand vous m’avez rappelé…
— Je n’ai pas changé d’avis, j’ai pris le temps de la réflexion.
— Non, vous avez changé d’avis. À notre première rencontre, vous aviez décidé. Et c’était « non ». Je me demande si vous avez réellement changé d’avis. Et pourquoi ?
Sophie allume une nouvelle cigarette. Ils sont installés à une brasserie. La soirée n’a pas été aussi ennuyeuse que cela. En le regardant, elle est certaine que cet homme est tombé amoureux d’elle. A-t-elle suffisamment bien manœuvré pour être crédible ?
— C’est vrai. À notre première rencontre, je n’étais pas emballée… Je…
— Et vous en avez vu d’autres. Et c’était pire, alors vous vous êtes dit…
Sophie le regarde en face.
— Pas vous ?
— Marianne, je pense que vous me mentez pas mal. Enfin, je veux dire… vous mentez bien mais beaucoup.
— Sur quoi ?
— J’en sais rien. Peut-être sur tout.
Parfois, dans ce visage, elle décèle une telle inquiétude qu’elle en a le cœur lourd.
— Je suppose que vous avez vos raisons, reprend-il. J’ai mon idée mais je n’ai pas envie de gratter.
— Pourquoi ?
— Le jour où vous aurez envie de m’en parler, vous le ferez.
— Et c’est quoi votre idée ?
— Il y a des choses dans votre passé que vous ne voulez pas dire. Et moi, ça m’est égal.
Il la regarde, hésite. Il règle l’addition. Il se risque.
— Vous avez dû… je ne sais pas, moi… faire de la prison ou quelque chose comme ça.
Il la fixe de nouveau, mais de biais. Sophie calcule vite.
— Disons que c’est quelque chose comme ça. Rien de grave, vous savez, mais je n’ai pas envie d’en parler.
Il approuve d’un air entendu.
— Mais qu’est-ce que vous voulez, exactement ?
— Je veux être une femme normale avec un mari et des enfants. Rien d’autre.
— Ça n’a pourtant pas l’air d’être vraiment votre genre.
Sophie en a froid dans le dos. Elle tente de sourire. Ils sont à la sortie du restaurant, la nuit est profonde, le froid les saisit au visage. Elle a passé son bras sous le sien, comme elle a pris l’habitude de le faire. Elle se tourne vers lui.
— Je serais bien rentrée avec toi. Mais ce n’est peut-être pas ton genre…
Il avale sa salive.
Il s’applique. Il fait attention à tout. Comme Sophie pleure, il dit : « On n’est pas obligés… » Elle dit : « Aide-moi. » Il essuie ses larmes. Elle dit : « C’est pas à cause de toi, tu sais. » Il dit : « Je sais… » Sophie pense que cet homme pourrait tout comprendre. Il est calme, lent, précis, elle n’avait pas pensé qu’il serait tout ça. Il y a si longtemps qu’elle n’a pas reçu un homme en elle. Un court instant, elle ferme les yeux comme si elle était prise d’ivresse et qu’elle voulait que le monde cesse de tourner à toute allure. Elle le guide. Elle l’accompagne. Elle sent son odeur qu’elle connaissait d’un peu loin. C’est une odeur anonyme d’homme désirant. Elle parvient à refouler ses larmes. Il se fait léger sur elle, il semble l’attendre, elle lui sourit. Elle dit : « Viens… » Il a un air d’enfant indécis. Elle le serre contre elle. Il n’a pas d’illusion.
Ils sont calmes, elle regarde l’heure. Ils savent tous deux ce qu’ils ne sont pas obligés de se dire. Un jour, peut-être… Ils sont deux accidentés de la vie et pour la première fois, elle se demande à quoi ressemble son accident à lui.
— Et ton histoire, à toi, ta vraie histoire, c’est quoi ? demande-t-elle en faisant boucler entre ses doigts les poils de sa poitrine.
— Je suis assez banal…
Et Sophie se demande si c’est sa réponse.
Quand on travaille la nuit, tout est décalé. À l’heure où il s’endort, Sophie se lève et sort de chez elle pour attraper la navette.
Ils sont toujours ensemble : Véronique et le patron du fast-food. Elle les a tués de la même manière. Elle ne sait plus comment. Ils sont tous les deux étendus côte à côte sur la table en inox de la morgue. Comme des mariés. Recouverts d’un drap blanc. Sophie passe près de la table et, bien qu’ils soient morts tous les deux, ils ont les yeux ouverts et suivent son passage d’un air gourmand. Ils ne bougent que les yeux. Lorsqu’elle passe derrière la table, de l’arrière de leur crâne, le sang se met à ruisseler lentement, ils sourient.
— Eh oui !
Sophie se retourne brusquement.
— C’est un peu votre marque de fabrique. Quelques coups bien sonnés à l’arrière du crâne.
Le directeur de l’agence porte une chemise jaune pâle et une cravate verte. Son pantalon boudine son ventre, sa braguette est ouverte. Il s’avance avec l’air d’un professeur de pathologie, il est pédagogique, sûr de lui, précis, chirurgical. Et souriant. Un peu goguenard.
— Voire un seul.
Il est derrière la table et regarde le crâne des défunts. Le sang coule sur le sol et les gouttes s’écrasent sur le ciment peint et aspergent le bas de son pantalon.
— Celle-ci, voyons (il se penche et lit l’étiquette)… Véronique. C’est ça, Véronique. Cinq coups de couteau dans le ventre. Dans le ventre, Sophie, je vous demande un peu ! Bon, passons. Celui-ci (il lit l’étiquette)… David. Bon, pour celui-ci, Sophie, vous n’avez eu qu’à tendre la main. Une batte de base-ball à laquelle David donnait un caractère purement décoratif et le voici le crâne enfoncé avec l’emblème des Red Stockings. Il y a vraiment des destins idiots, non ?
Il s’éloigne de la table et s’approche de Sophie. Elle a le dos collé au mur. Il s’avance en souriant :
— Et puis il y a moi. Moi j’ai eu plus de chance : pas de batte de base-ball, pas de couteau à l’horizon, je m’en suis bien sorti, je ne me plains pas. Si vous aviez pu, vous m’auriez frappé la tête contre le mur et je serais mort comme les autres, par le crâne. Je saignerais moi aussi de l’arrière du crâne.
Et Sophie voit sa chemise jaune gagnée peu à peu par le sang qui s’écoule de l’arrière de son crâne. Il sourit.
— Exactement comme ça, Sophie.
Il est tout près d’elle, elle sent son haleine chargée.
— Vous êtes très dangereuse, Sophie. Pourtant, les hommes vous aiment. Non ? Vous en tuez beaucoup. Vous comptez tuer tous ceux que vous aimez, Sophie ? Tous ceux qui vous approchent ?