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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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22 octobre

Ce soir, je suis resté à ma fenêtre pour voir revenir mes tourtereaux du théâtre. Ils étaient là de bonne heure… Sophie semblait aussi soucieuse que furieuse contre elle-même. Vincent, lui, tirait une tête de trente-six pieds de long, comme s’il était vexé d’avoir épousé une telle gourde. Il faut dire qu’à l’accueil du théâtre, il a dû se jouer une jolie pièce. Il vous arrive encore deux ou trois choses comme ça, et ensuite, vous doutez de tout.

Je me demande si Sophie a remis la main sur son ancienne carte d’identité et dans quel état d’esprit elle a retrouvé dans sa salle de bains le cadeau d’anniversaire de Vincent…

30 octobre

Ça ne va pas fort chez Sophie. La tonalité de son e-mail à Valérie en dit long sur son moral. Ce ne sont que de toutes petites choses, évidemment, mais justement, un grand événement, on peut tenter de le circonscrire, de se l’expliquer, mais ce qui arrive là est tellement fluide, insignifiant… Ce qui inquiète, c’est l’accumulation. Oublier… non, ce n’est pas ça… Perdre une pilule ? La prendre deux fois sans s’en rendre compte ? Faire des achats incohérents, oublier l’endroit où l’on a garé sa voiture, ne plus savoir où l’on a caché le cadeau d’anniversaire de son mari… Tout cela pourrait n’être qu’anecdotique. Mais retrouver le cadeau dans un endroit aussi saugrenu que la salle de bains et ne pas se souvenir de l’y avoir mis. Un e-mail qu’on croit envoyé lundi mais qui est parti le mardi, avoir en main la preuve que l’on a déplacé la réservation du théâtre et ne plus s’en souvenir…

Sophie explique tout cela à Valérie. Les choses sont arrivées très progressivement. Elle n’en a pas tout de suite parlé à Vincent. Si ça continue, elle devra le faire.

Elle dort mal. Dans sa salle de bains, j’ai trouvé un médicament « à base de plantes », un truc de filles. Elle l’a choisi liquide, une cuillère à café le soir avant de s’endormir. Je ne pensais pas que ça arriverait aussi vite.

8 novembre

Je suis entré avant-hier au siège de Percy’s. Sophie ne travaillait pas. Vincent et elle étaient partis en voiture assez tôt le matin.

Au prétexte de m’intéresser à une prochaine vente, j’ai sympathisé avec la fille de l’accueil.

Ma stratégie est simple : il y a numériquement plus de femmes que d’hommes. Techniquement, la proie idéale est une célibataire entre trente-cinq et quarante ans et qui n’a pas encore d’enfant.

Celle-ci est assez grosse, joufflue, terriblement parfumée, elle ne porte pas d’alliance et elle n’a pas été insensible à mon sourire (ni à quelques plaisanteries idiotes et gratuites sur les œuvres contemporaines présentées dans le catalogue de la prochaine vente). Il faudra jouer très serré, je le sais, mais cette fille pourrait être la candidate dont j’ai besoin. Si elle connaît Sophie suffisamment bien. Sinon, peut-être m’indiquera-t-elle involontairement une autre candidate mieux placée.

12 novembre

Le net est un immense supermarché tenu par des assassins. On y trouve tout, armes, drogue, filles, enfants, absolument tout. Ce n’est qu’une question de patience et de moyens. J’ai les deux. J’ai donc fini par trouver. Ça m’a coûté une petite fortune, rien de grave donc, mais plus de deux mois de délai, ce qui me rendait dingue. Peu importe, le paquet est enfin arrivé des États-Unis, une centaine de petites gélules roses. J’ai goûté le produit, c’est totalement sans saveur, parfait. À l’origine un médicament antiobésité réputé révolutionnaire. Au début des années 2000, le laboratoire en a vendu plusieurs milliers, à des femmes principalement. Il avait de quoi séduire : côté obésité, on n’avait jamais vu un truc pareil. Mais le produit s’est aussi révélé un excitateur de la monoamine oxydase. Il booste une enzyme qui détruit les neurotransmetteurs : la molécule antiobésité était par ailleurs une sorte de « prodépresseur ». On s’en est rendu compte au nombre de suicides. Dans la plus grande démocratie du monde, le laboratoire n’a eu aucun mal à étouffer l’affaire. On a évité les procès à l’aide du plus puissant inhibiteur du sentiment de justice : le carnet de chèques. La recette est simple : devant une résistance résolue, on ajoute un zéro. Rien ne résiste à ça. Le produit a été retiré du marché, mais personne évidemment n’a été capable de récupérer les milliers de gélules vendues, qui sont aussitôt devenues l’objet d’un trafic que le net a ouvert à l’ensemble de la planète. Ce truc est une véritable bombe antipersonnel, et pourtant on se l’arrache, c’est à peine croyable. Il y a des milliers de filles qui préfèrent mourir qu’être grosses.

Pendant que j’y étais, j’ai aussi acheté du flunitrazépam. On appelle ça la drogue du viol. La molécule entraîne des états passifs puis confusionnels avec des effets amnésiques. Je ne pense pas avoir à m’en servir rapidement, mais là encore, je dois être prêt. Pour compléter ma trousse, j’ai trouvé un somnifère hyperpuissant : un hypnotique à effet anesthésique. D’après les notices spécialisées, il agit en une poignée de secondes.

13 novembre

Je me suis quand même décidé. Depuis une quinzaine de jours, j’hésitais, pesant les avantages et les risques, étudiant toutes les solutions techniques. Heureusement, la technologie a beaucoup évolué au cours des dernières années, c’est ce qui m’a décidé. Je me suis contenté de trois micros. Deux dans le salon, le troisième évidemment dans la chambre. Ils sont très discrets, circonférence de trois millimètres, ça se déclenche à la voix, ça enregistre sur des minibandes de grande capacité. Tout le problème est de les récupérer. Pour l’enregistreur, j’ai opté pour la niche qui abrite le compteur d’eau. Il me faudra surveiller le passage de l’employé qui effectue le relevé. Généralement, le syndic de l’immeuble pose un avis près des boîtes aux lettres quelques jours plus tôt.

16 novembre

Le résultat est excellent : les enregistrements sont parfaits. C’est comme si j’y étais. D’ailleurs, j’y suis… J’ai beaucoup de plaisir à entendre leurs voix.

Comme si le destin voulait me récompenser de mon initiative, dès le premier soir j’ai eu droit au suivi radiophonique de leurs ébats amoureux. C’était assez drôle. Je sais vraiment beaucoup de choses très intimes sur elle…

20 novembre

Sophie ne comprend pas ce qui se passe avec ses e-mails. Elle vient de créer une nouvelle boîte. Comme toujours, pour éviter de perdre son mot de passe, elle mémorise sur sa machine l’accès intégral. Il suffit de l’ouvrir pour y accéder directement. Grâce à sa confiance, j’ai accès à tout. Au demeurant, si elle décide de s’y prendre différemment, ça ne me demandera qu’un peu plus de temps pour capturer son mot de passe. Dans ses messages à son amie Valérie, elle évoque sa « fatigue ». Elle dit qu’elle ne veut pas embêter Vincent avec des détails pareils, mais elle trouve qu’elle a beaucoup de trous de mémoire et qu’il lui arrive de faire « des trucs irrationnels ». Valérie dit qu’elle devrait consulter. Je suis aussi de cet avis.

D’autant que son sommeil est très perturbé. Elle a changé de médicament, ce sont maintenant des gélules bleues. Pour moi, c’est beaucoup plus pratique, ça s’ouvre aussi facilement que ça se referme et le produit n’est jamais directement au contact de la langue, ce qui tombe bien parce que mon somnifère est légèrement salé. J’ai appris à doser en fonction de ses heures d’endormissement et de réveil (le somnifère la fait légèrement ronfler, les micros me l’ont appris). Je deviens avec elle une sorte d’expert médicamenteux, un artiste moléculaire. Je peux dire que je pilote maintenant cette affaire à la perfection. Sophie parle de ses problèmes avec Valérie, elle se plaint de sommeils cataleptiques, après quoi, dans la journée, elle se traîne. Le pharmacien veut l’envoyer consulter, mais Sophie se braque. Elle en tient pour ses gélules bleues. Moi, je n’ai rien contre.

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