Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Pourquoi veux-tu que je le perde ? s’offusqua Umbo en rougissant devant cette accusation de trahison à peine voilée.
— Excuse-moi, réagit Param, j’essaie juste de comprendre ton subit élan de loyauté à l’égard de Rigg. De la part de quelqu’un qui a tout fait pour s’en débarrasser en cours de route, avoue qu’il y a de quoi s’interroger. »
Cette fois, elle dépassait les bornes.
« Mais c’est toi qui pleurnichais que tu avais mal aux pieds ! C’est pour toi que je l’ai fait !
— Ne joue pas les bons samaritains, et en rejetant la faute sur moi en plus. Rigg prisonnier du passé, il ne resterait plus que toi comme maître du temps.
— Mais jamais je ne ferais ça, enfin ! se défendit Umbo.
— Et on est censés te croire parce que…
— Parce que je vous le demande ! s’emporta Umbo.
— C’est donc la parole d’un péquenaud contre la mienne ? cracha Param d’un ton méprisant.
— La parole d’un péquenaud vaut mieux que celle d’une descendante de dégénérés ! » hurla Umbo.
Pour toute réponse, Param le poussa violemment des deux mains.
Umbo partit à la renverse, perdit son équilibre sur la rampe d’accès et culbuta dans l’herbe. De la cabine lui parvint la voix de Param s’adressant à son frère.
« Assez, partons. Ordonne à l’aéronef de décoller.
— Je vois, répondit Rigg.
— Tu vois quoi ? grinça Param.
— Que tu es bien la fille de ta mère », rétorqua Rigg.
Une dispute éclata soudain. Umbo, toujours à quatre pattes dans le pré, aperçut par-dessus son épaule Param suivre le même itinéraire acrobatique que lui.
Hésitant entre amortir sa chute ou la réceptionner dans ses bras, il opta finalement pour un plongeon à plat ventre sous l’aéronef. La princesse termina son trajet en vol plané, tout comme lui quelques secondes plus tôt ; l’atterrissage en douceur en moins. Il faut dire qu’en comparaison d’Umbo, qu’avaient transformé en vrai chat ses jeux dans les bois et les rivières autour de Gué-de-la-Chute, à sauter d’arbre en mur et de mur en rocher avec sa bande de casse-cou – villageois et villageoises réunis – Param était souple comme une planche. Elle chuta lourdement et hurla de douleur. Elle s’accroupit en se tenant le coude.
Umbo avait noté au cours de l’impact la flexion de l’articulation à un angle bien plus aigu que la normale. Le bras pendouillait mollement dans le vide. Umbo diagnostiqua soit une déchirure des ligaments soit une fracture – soit les deux. Le coude ne remplissait plus sa fonction de charnière. Il était réduit à l’état de simple manchon élastique de chair et de peau entre deux os.
« Aïe ! grimaça-t-il. Ça doit faire mal… »
Param beugla à s’en rompre les cordes vocales et… disparut.
« Param ! s’écria Rigg en dévalant la rampe. Je ne voulais pas… »
Miche et Olivenko bondirent de l’aéronef à sa suite.
« Rigg, espèce de petit… rugit Miche.
— Je sais ! le coupa violemment Rigg. Mais elle n’avait aucun droit de traiter Umbo de la sorte ! Pour qui se prend-elle ?
— Pour la Reine-en-la-Tente de la dynastie sessamide ? risqua Olivenko. Ce qu’elle deviendra à la mort de sa mère, soit dit en passant.
— Elle n’est reine de rien ni de personne, ici ! tempêta Rigg.
— Si, de moi, contesta Olivenko. Je resterai son fidèle et dévoué sujet, où qu’elle soit.
— Alors là, bravo, fulminait Miche. J’en ai croisé des branquignolles dans ma taverne, mais une brochette pareille, c’est du jamais vu !
— Il faut la retrouver, les pressa Rigg.
— Et comment comptes-tu t’y prendre ? répliqua le tavernier bras croisés.
— Je peux lui écrire un mot sur un support. On communiquait par ardoise interposée chez Flacommo, avant de se connaître.
— Elle n’a pas pu aller bien loin, fit remarquer Olivenko.
— Non, mais elle bouge forcément. Sinon, elle serait encore visible. Elle ne disparaît qu’en mouvement.
— Comment peut-elle se déplacer avec le coude dans cet état ? s’étonna Umbo.
— Elle ne marche pas sur son coude, ricana Rigg.
— Merci de me prendre pour un demeuré, apprécia Umbo. En attendant, si vous m’aviez écouté, on serait de l’autre côté du Mur avec dix mille souris à l’heure qu’il est.
— Sauf qu’on est là, observa Olivenko.
— Non mais vous vous entendez ? tonna Miche. Où avez-vous mis votre cerveau ? Rien de tout cela n’aurait dû se produire.
— Et pourtant c’est arrivé ! constata Umbo. Et pas par ma faute !
— Personne ne dit le contraire, reprit Miche. Si Param s’était montrée moins arrogante et Rigg moins loyal envers toi, on n’en serait pas là. Maintenant, voici ce que vous allez faire tous les deux. Vous allez remonter dans la cabine illico, sortir votre baguette magique et réapparaître quelques secondes avant le drame. Et jamais ce crétin de Rigg ne bousculera sa crétine de sœur du haut de cette foutue rampe !
— Mais alors, rien de tout cela n’arrivera ! paniqua Umbo.
— C’est un peu le but de l’opération, rétorqua Miche, incrédule.
— Je ne verrai jamais Rigg me défendre comme un frère ! » s’écria Umbo.
Et, à son plus grand étonnement, il sentit des larmes rouler sur ses joues. Il pleurait.
« Par l’oreille gauche… commença Miche. Et droite, et centrale de Silbom. Eh bien, remonte ici l’expliquer à ton double ! Et fais vite, qu’on en finisse !
— Tu n’es pas mon père, arrête de t’exciter.
— Je le suis plus que personne d’autre ! explosa Miche. Ne t’avise pas de l’oublier.
— “Oublier”, c’est pourtant “le but de l’opération”, persifla Umbo.
— Oui. Alors maintenant, fais-le. Oublions cette farce une bonne fois pour toutes. Cela évitera à Param un délicieux moment de souffrance, à vous deux de vous ridiculiser et aux deux seuls adultes du lot de perdre leur temps.
— Tu me comptes dans les adultes ? s’étonna Olivenko. Quelle attention.
— Allez », ordonna Miche.
Umbo et Rigg remontèrent la rampe côte à côte.
Umbo culbuta au bas de la rampe. Il entendit la voix de Param.
« Assez, partons. Ordonne à l’aéronef de décoller.
— Je vois, rétorqua Rigg.
— Tu vois quoi ? »
La question resta sans réponse… jusqu’à ce qu’Umbo entende sa propre voix descendre de la cabine.
« Rigg, arrête.
— Arrête ? demanda Rigg sans comprendre.
— Ne fais pas l’imbécile, ne la pousse pas », répondit Rigg.
Rigg ?
Umbo se redressa : deux Rigg se faisaient face dans la cabine de l’aéronef, en plus de Param et de son propre double. Tout ce beau monde n’était pas là par hasard ; un malheur avait dû arriver.
« Jamais je ne ferais une chose pareille ! se défendit le Rigg du présent.
— Et pourtant c’est arrivé, expliqua le Rigg du futur.
— Mais en ce qui me concerne, je suis heureux qu’on soit encore amis, rayonnait le Umbo du futur, qui lança dans la foulée par-dessus son épaule : Et Miche n’est pas mon père ! »
Sur cette dernière parole, les deux doubles s’évanouirent dans les airs.
Rigg et Param demeurèrent cois un instant. Puis la princesse se tourna vers son frère et le fusilla du regard.
« Tu m’as poussée ? s’emporta-t-elle. Comment as-tu osé ?
— Ne parle plus jamais sur ce ton à mon ami ! la menaça Rigg. Je lui fais plus confiance qu’à toi. »