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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— Vous ne pourriez pas faire plus attention ? fit remarquer la bibliothécaire en levant les yeux de son écran situé dans l’angle de la salle près de la porte.

Une bouffée de chaleur envahit le visage de Mel. Elle écarta sa frange de devant ses yeux. La bibliothécaire la détestait. Elle aurait très bien pu se trouver deux salles plus loin, mais non, elle surveillait chacun de ses gestes et la poursuivait de sa haine.

— Eh oui, Ryton. Pour une mutante, tu es drôlement maladroite. Qu’est-ce qui te retient de sortir d’ici en lévitant, toi et tes trucs ? Direction : la base de Mars.

C’était Gary Bregnan, arrière des Aigles de Piedmont, qui venait de lui vriller ce conseil à l’oreille. Deux de ses copains, assis à proximité, se mirent à ricaner et, conduits par Bregnan, à entonner, sotto voce : « Mutante, mutante, mutante. » Mel sentit des larmes de frustration lui piquer les yeux. Tout le monde la détestait. Eh bien, elle les détestait, elle aussi. Ah, si elle le pouvait, elle les enverrait volontiers tous sur la base de Mars.

Elle ramassa ses disquettes et ses affaires et se réfugia dans une cabine informatique. La pluie d’avril tambourinait contre les fenêtres à claire-voie, battements glacés et déprimants. Elle entendait encore le rire de Bregnan dans son dos. Ainsi, il détestait les mutants ? Eh bien, d’ici peu, il faudrait qu’il se trouve une autre cible. En attendant, le moins qu’elle puisse faire était de lui renvoyer son mépris à la figure. Oh certes, sa mère disait toujours qu’il fallait essayer de comprendre les normaux. Mais sa mère n’était pas tous les jours confrontée à Gary Bregnan et ses amis.

Après quarante-cinq minutes passées à prendre des notes pour son exposé de philosophie, « Étude comparée de l’impact du voyage naval dans l’Espagne ancienne et de celui du voyage spatial dans l’Amérique contemporaine », Mel se frotta les yeux, fatiguée d’être restée à fixer les lettres blanches sur l’écran.

Merci, Kelly McLeod, songea-t-elle. Si celle-ci n’avait pas accepté de travailler avec elle sur cet exposé, ce serait devenu un cauchemar. C’était Kelly qui avait eu l’idée d’utiliser des cartes et même de fabriquer une maquette. Sans elle, Mélanie n’aurait présenté qu’un plat exposé de deux minutes. Selon la jeune mutante, l’empire espagnol s’était constitué grâce à la supériorité navale de l’Espagne et, conséquence de ses expéditions, s’était ensuite écroulé. Elle se refusait à tirer des conclusions similaires sur les événements actuels.

Après un bâillement, elle effectua une sauvegarde et éteignit l’ordinateur. Au moins la pluie avait-elle cessé.

Avant de gagner la sortie, elle s’arrêta au premier bureau. Le rire de Bregnan résonnait encore à ses oreilles. Elle parcourut le catalogue et jeta son dévolu sur Les pratiques sexuelles perverses dans l’histoire de l’humanité et Maladies vénériennes et retira les deux disquettes au nom de Bregnan. En effet, sur ce vieil ordinateur stupide, elle n’eut aucun mal à falsifier l’identité. Sur le chemin du retour, elle jeta les disquettes dans la boîte à ordures de l’Armée du Salut, non loin de l’université. Si Bregnan devait les rembourser, il ne l’aurait pas volé. Elle n’avait peut-être pas de don, mais elle n’était pas totalement démunie de ressources.

— Mel, attends une minute !

Mélanie resta figée de terreur. Elle était découverte. Même pas capable de se venger sans se faire prendre. Au désespoir, elle se retourna pour affronter son juge. Jena Thornton accourait vers elle.

— Salut ! Je te cherchais.

— Ah oui ? dit Mélanie d’une voix tremblante.

Jena l’avait-elle vue se débarrasser des disquettes ?

— Oui. Je voulais te parler. Si on allait boire quelque chose ?

La jeune fille souriait, ses longs cheveux blonds voletant autour de son visage sous l’effet du vent. Elle n’affichait pas un air particulièrement soupçonneux.

Les battements de cœur ralentirent dans la poitrine de Mélanie. Elle n’avait rien à craindre. Mais que lui voulait Jena ? Aux réunions du clan, c’est à peine si elle se fendait d’un bonjour de la tête. Et à l’université, elle ne lui accordait pas plus d’attention que si elle avait été invisible. Alors qu’elle, Mélanie, était la risée et le souffre-douleur des joueurs de football, Jena avait droit aux sifflements admiratifs lorsqu’elle passait en tortillant des hanches.

— De quoi veux-tu me parler ?

— Oh, tu sais bien. La fac. Les trucs du clan. Allez, viens, on va s’offrir un choba-shake.

Jena prit Mélanie par le bras et la mena vers une boutique d’aliments à base de choba et de sushi. Une fois à l’intérieur, elle commanda deux shakes et des rouleaux de maguro au roboserveur.

— Comment ça va, les cours ? demanda-t-elle.

Mélanie avala une pleine bouchée de thon et de riz.

— Très bien. Je serai contente de finir le mois prochain. J’ai toutes mes U.V.

— Tu rentres à l’université d’État à l’automne ?

— Je ne sais pas. Mes parents voudraient bien. Je travaillerai peut-être pour mon père.

Jena sourit.

— Son affaire marche bien. Et Michael ? Il travaille avec lui ?

Elle parut traîner sur le prénom, comme si elle s’en délectait.

— Oui. Ils reviennent juste d’un voyage à Washington. Ils sont allés voir Eleanor Jacobsen.

— Je la trouve formidable, dit Jena en frissonnant. Lorsque je pense à elle, je plane. (Elle lévita à quelques centimètres au-dessus de son siège, puis reposa ses fesses sur la banquette bleue, prise d’un rire nerveux.) J’aimerais tant la rencontrer. Michael m’en parlera peut-être à la prochaine réunion du clan.

— Demande-lui.

Mélanie commençait à se sentir mal à l’aise. Que cherchait donc Jena ?

— Oh, je donne une petite fête le dix-sept. Je me demandais si ça vous dirait de venir, toi et ton frère.

— Bien sûr. Je veux dire, j’aimerais beaucoup ; mais il faut que tu demandes à Michael.

— D’accord, c’est ce que je ferai. Tu peux amener un copain si tu veux. Et lui aussi, une copine. Kelly McLeod, je suppose. Ce sera intéressant d’avoir un non-mutant à cette soirée.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

Les yeux de Jena s’écarquillèrent, toute innocence.

— Eh bien, j’ai aperçu Michael et Kelly au ciné la semaine dernière. Ils sortent ensemble, non ?

— Je n’en sais rien.

— Bon, ils feraient mieux d’être prudents, dit Jena dont le sourire s’était effacé. Si ça se sait dans le clan, Michael pourrait bien le regretter.

Mélanie se hérissa.

— C’est une menace ?

— Mais non, bien sûr, répondit Jena d’un ton doucereux. Une simple remarque. Bon, je pense que ce sera une bonne expérience pour ton frère de goûter au fruit défendu, dit Jena en ponctuant ces mots d’un rire dur.

— Écoute, Jena, il se fait tard…

— Tu connais Stevam Shrader ?

— C’est le cousin de Tela, non ?

— Oui. Je sors avec lui. De beaux muscles. (Jena gloussa, puis consulta sa montre-bracelet.) Ô mon Dieu ! il faut que j’y aille. J’ai promis de ramener le glisseur et j’ai rendez-vous avec Stevam dans une heure. Reste, finis tranquillement. Au dix-sept.

Une envolée de cheveux blonds sur une combinaison bleue, et Jena avait disparu. Mélanie ramassa sa cartouche. Jena lui faisait peur. Que voulait-elle à Michael et Kelly ? Parfois, le comportement des mutants était aussi difficile à déchiffrer que celui des non-mutants. Mais bientôt, ce ne serait plus son problème.

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