La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
La proposition de Loth aux Sodomites de coucher tous avec ses deux filles pucelles, au lieu de coucher avec ces deux anges, ou ces deux dieux, n’est pas moins révoltante. Tout cela renferme la plus détestable impureté dont il soit fait mention dans aucun livre.
Les interprètes trouvent quelques rapports entre cette aventure et celle de Philémon et Baucis; mais celle-ci n’a rien d’indécent, et elle est beaucoup plus instructive. C’est un bourg que Jupiter et. Mercure punissent d’avoir été inhospitalier; c’est un avertissement d’être charitable; il n’y a nulle impureté. Quelques-uns disent que l’auteur sacré a voulu renchérir sur l’histoire de Philémon et Baucis, pour inspirer plus d’horreur d’un crime fort commun dans les pays chauds. Cependant, les Arabes voleurs, qui sont encore dans ce désert sauvage de Sodome, stipulent toujours que les caravanes qui passent par ce désert leur donneront des filles nubiles, et ne demandent jamais de garçons.
Cette histoire de ces deux anges n’est point traitée ici en allégorie, en apologue; tout est au pied de la lettre; et on ne voit pas d’ailleurs quelle allégorie on en pourrait tirer pour l’explication du Nouveau Testament, dont l’Ancien est une figure, selon les Pères de l’Église.»
Continuons à citer le texte sacré, le livre divin, l’écriture inspirée, que nous avons le devoir de croire véridique, sous peine de péché mortel. Nous allons en voir bien d’autres!
«Alors, les deux voyageurs dirent à Loth: Qui as-tu encore ici qui soit des tiens, ou un gendre, ou des fils, ou des filles, ou quelque autre de tes proches dans la ville?» (19:12)
Pourquoi poser cette question? les anges ne savaient-ils pas de qui se composait la famille de Loth?
«Tous ceux qui sont tes parents, dirent-ils, fais-les sortir de ce lieu; car nous allons détruire cette ville, dont le cri d’iniquité est monté jusqu’au ciel, et c’est l’Eternel qui nous a envoyés pour la détruire. — Loth sortit donc et alla parler à ses gendres, qui devaient épouser ses filles; il leur dit: Levez-vous promptement et quittez avec moi cette ville; car l’Eternel va les détruire. Mais ses gendres crurent qu’il se moquait d’eux. — Dès l’aube du jour, les anges pressèrent encore Loth, lui disant: Hâte-toi, emmène ta femme et tes deux filles qui sont ici sans quoi, tu périrais pour le crime de cette ville. — Et comme Loth tardait, les anges le prirent par la main, et ils prirent aussi par la main sa femme et ses deux filles, parce que l’Eternel les épargnait; et ils les emmenèrent et les mirent hors de la ville. — Là, l’un d’eux dit: Sauve ta vie, ne regarde point derrière toi, et ne t’arrête en aucun endroit de la plaine; sauve-toi sur la montagne, de peur que tu ne périsses. — Mais Loth leur répondit: Non, Seigneur, je t’en prie; — voici que ton serviteur a trouvé grâce devant toi et que tu as exercé vers moi ta miséricorde; cependant, je ne pourrai me sauver sur la montagne, sans que le mal ne m’atteigne et que je ne meure. — C’est pourquoi, je t’en prie, il y a ici tout près une ville où je puis m’enfuir, et c’est une petite ville; permets que je m’y réfugie; et épargne-la. N’est-elle pas petite, et mon âme vivra? — L’ange lui dit: Soit, je t’accorde encore cette grâce, de ne pas détruire la ville dont tu viens de me parler. — Mais marche vite, et sauve-toi là; car je ne pourrai rien faire avant que tu y sois entré. C’est pour cette raison que cette ville fut appelée depuis lors Tsohar. — Tandis que le soleil se levait, Loth entra donc dans Tsohar. — Alors, l’Eternel fit pleuvoir, sur Sodome et sur Gomorrhe, du soufre et du feu, qui tombaient du ciel. — Et il détruisit ces villes-là, et toute la plaine, et tous les habitants des villes, et il anéantit le germe de la terre. — Mais la femme de Loth regarda derrière elle, et fut changée en statue de sel. — Or, Abraham, ce jour-là, s’était levé de bon matin, et il vint à l’endroit même où il s’était arrêté pendant sa promenade avec l’Eternel. — Et, comme il dirigeait ses regards vers Sodome et Gomorrhe, et comme ses yeux étaient fixés sur tout le pays d’alentour, il vit monter de la terre une fumée pleine d’étincelles, comme la fumée d’une fournaise.» (19:12-28)
Au sujet du nombre de villes brûlées, les lignes qui précèdent ne contiennent aucun renseignement précis. Sodome et Gomorrhe sont seules nommées; néanmoins, les théologiens sont d’avis que toutes les cités de cette plaine furent détruites par le feu du ciel, et même un nom a été imaginé par eux: ils appellent «la Pentapole» la région dévastée, ce qui signifie «le pays des cinq villes». Il y aurait donc eu cinq villes criminelles. A l’appui de leur thèse, les théologiens se reportent au chapitre 14, où est racontée la guerre au cours de laquelle Loth fut fait prisonnier, puis délivré grâce à l’intervention victorieuse d’Abraham et de ses trois cent dix-huit domestiques d’élite; le verset 2 de ce chapitre nomme, en effet, cinq royaumes qui auraient existé dans cette région, et l’on en a conclu que les villes coupables, dont Jéhovah avait décrété l’extermination, sont précisément les capitales de ces cinq royaumes.
Voici, au surplus, ce passage:
«Les quatre rois (Amraphel, Arioch, Chodorlahomor et Thadal) firent la guerre contre Bérah, roi de Sodome, contre Birsah, roi de Gomorrhe, contre Scinab, roi d’Adama, contre Scemeber, roi de Séboïm, et contre le roi de Belah, qui a été nommée plus tard Tsohar. — Tous ceux-ci s’étaient réunis dans la vallée de Siddim, qui est aujourd’hui la Mer de Sel.» (14:2-3)
Mais cette ingénieuse interprétation des théologiens ne réussit qu’à faire mieux ressortir les contradictions de la Bible. En effet, voici bien les villes coupables: Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboïm et Belah. Ainsi donc, le Seigneur Jéhovah, causant avec Abraham, a maintenu son décret d’extermination contre toute la Pentapole, parce qu’à Sodome il n’y a pas dix justes en tout, n’est-ce pas? et, par contre, les anges incendiaires épargnent Belab, nommée pour ce motif Tsohar, tout simplement parce que Loth a désiré se transporter dans cette ville!… Cependant, les habitants de Belah-Tsohar étaient, — il n’y pas à sortir de là, — adonnés au même vice que les Sodomites, puisque Dieu les avait voués d’abord à la pluie de feu. Dira-t-on que les Bélaïtes, n’ayant pas reçu la visite des anges, n’ont pas manifesté contre ceux-ci leurs désirs infâmes, et que cette circonstance a pu être tenue pour atténuante? Soit; mais les Gomorrhéens, les Adamaïtes et les Séboïmites furent dans le même cas et n’en ont pas moins été exterminés.
En ce qui concerne Gomorrhe, la science des théologiens s’est exercée d’une façon curieuse, et, sans qu’on sache pourquoi, l’Église a admis, en vertu d’une tradition dont on ne retrouve de trace nulle part, que le péché de cette ville était exactement tout le contraire du péché de Sodome.
Il en résulte que ce que les Grecs appelaient «pédérastie» se nomme «sodomie» dans le langage des ecclésiastiques; d’autre part, le vice saphiste, qui a acquis une renommée universelle aux dames de l’île de Lesbos, devient, chez nos tonsurés, le vice des «gomorrhéennes».
Par conséquent, on comprend bien maintenant quel était ce cri qui s’éleva de Sodome et de Gomorrhe et qui monta jusqu’au ciel, selon la déclaration du vieux Schaddaï parlant à Abraham. A Sodome, c’étaient les femmes qui se plaignaient d’être délaissées; par contre, à Gomorrhe, c’étaient les maris sans ouvrage qui hurlaient leurs lamentations à l’Eternel. Mais alors on est en droit de se demander pourquoi, à Sodome, la vindicte céleste a exterminé les femmes, puisque les hommes étaient en réalité les seuls coupables dans cette ville, et pourquoi, à Gomorrhe, papa Bon Dieu n’a pas épargné ces infortunés maris, déjà fort marris de ce que mesdames leurs épouses se passaient d’eux. Et, si l’on veut se borner à l’examen d’un cas particulier, il est évident que les deux messieurs de Sodome qui s’étaient fiancés aux filles de Loth n’étaient pas pédérastes; leur mariage était si bien arrêté, tellement prêt à être célébré, que le saint homme les appelait déjà ses gendres. D’après l’auteur sacré, il n’apparaît aucunement que ces deux gendres de Loth fussent coupables du même excès d’impureté abominable pour laquelle les Sodomites furent brûlés avec leur ville; le texte ne les montre nullement dans la troupe qui voulut violer les deux anges; loin de là, la Genèse laisse entendre qu’ils étaient retirés fort honnêtement chez eux, puisque Loth alla les réveiller, pour les inviter à filer avec lui; néanmoins, ils furent enveloppés dans la destruction générale.