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La Bible amusante

Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:

Donnant les citations textuelles de l’écriture sainte et reproduisant toutes les réfutations opposées par Voltaire, Fréret, lord Bolingbroke, Toland & autres critiques.
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Quant à la femme de Loth, il faut avouer qu’elle paya cher le mouvement de compassion qui lui fit retourner la tête vers cette ville où se trouvaient sans doute ses parents. Sa transformation subite en statue de sel a été, en quelque sorte, confirmée par des écrivains juifs ou chrétiens des premiers siècles de l’ère vulgaire. L’historien juif Flavius Josèphe assure, dans son livre des Antiquités, qu’il a vu cette statue, et qu’on la montrait encore de son temps. Les sceptiques croient que des israélites de l’endroit ont fort bien pu s’amuser à tailler un morceau d’asphalte en figure grossière, et à dire: C’est la femme de Loth. On a vu des ouvrages en bitume travaillés avec art et pouvant subsister longtemps. D’autre part, saint Irénée est allé très loin en affirmant ceci: «La femme de Loth n’est plus de la chair corruptible; mais, tout en demeurant toujours à l’état de statue de sel, elle continue d’avoir ses règles chaque mois.» (Livre 4, chap. 2) Tertullien, dans le Poème de Sodome, affirme la même chose, avec plus d’énergie encore: «Dicitur, et vivens salso sub corpore, sexus mirifice solito dispungere sanguine menses.» Toutefois, cette merveille est restée inconnue aux Romains qui vinrent en Palestine: quand ils prirent Jérusalem, ils n’eurent par la curiosité d’aller voir la miraculeuse statue de sel, par la bonne raison que personne ne leur en parla; et même, ni Pompée, ni Titus, ni Adrien n’avaient jamais entendu parler de Loth, de sa femme Edith et de ses deux filles, ni d’Abraham, ni d’aucun personnage de cette famille. Aujourd’hui, les voyageurs, qui vont explorer les environs de la Mer Morte, n’y constatent la présence d’aucune statue de sel ou d’asphalte les musulmans du pays n’ont pas songé à en fabriquer une, qui ferait grand plaisir aux curieux; en revanche, ils montrent aux pèlerins le chêne de Mambré, à l’ombre duquel Jéhovah et les deux anges dévorèrent un veau tout entier et une quantité formidable de pains et de fromage à la crème.

Strabon, le célèbre géographe grec, qui mourut à l’époque où la légende chrétienne place la naissance de Jésus, visita en détail l’Asie Mineure et tout particulièrement la Palestine, sur laquelle il a écrit des rapports minutieux; notamment, il se rendit dans la région de Sodome et de la Mer Morte, et il ne dit pas un mot de la statue de sel, que Josèphe, quelques années plus tard, affirme avoir vue. Ce que Strabon relate, en voyageur impartial, est fort curieux à lire, parce que l’opinion des Juifs qui habitaient alors le pays ne concorde pas exactement avec la Bible; loin de croire à une pluie de feu, causée par des crimes, les israëlites attribuaient la dévastation de la contrée à des causes très naturelles, à des éruptions volcaniques.

Citons donc Strabon: «Que cette région ait été travaillée par le feu, l’on en apporte plus d’une preuve: des rochers brûlés, de nombreuses crevasses, une terre de cendres, des fleuves qui répandent au loin une odeur infecte, et, çà et là, des habitations en ruine. Tout cela fait croire ce que racontent les habitants du pays, c’est-à-dire qu’autrefois il y avait là treize villes, dont Sodome était la métropole: mais que, par des tremblements de terre, des éruptions de feux souterrains et les vagues brûlantes d’eaux bitumeuses et sulfureuses, le lac envahit la contrée, et les rochers gardèrent les marques du cataclysme. Parmi ces villes, les unes furent englouties, les autres abandonnées par les habitants qui purent se sauver.» (Géographie de Strabon, livre 16, chap. 2)

Ceci ne ressemble guère au verset 24 du chapitre 19 de la Genèse: «Alors, l’Eternel fit pleuvoir, sur Sodome et sur Gomorrhe, du soufre et du feu, qui tombaient du ciel.»

Mais, ce qu’il importe de noter, c’est que la tradition juive recueillie par Strabon sur les lieux mêmes, si elle est en contradiction avec le récit biblique du chapitre 19, ne surprend aucunement lorsqu’on se reporte au chapitre 14 de la même Genèse, verset 10: «Il y avait, dans la vallée, beaucoup de puits de bitume, et les rois de Sodome et de Gomorrhe y tombèrent en s’enfuyant.» La Bible elle-même a donc constaté que tout le terrain était asphalte avant le terrible embrasement!

Les savants ont beau jeu, on le voit, pour dire que le divin pigeon, ici encore, a mystifié dans les grands prix l’écrivain sacré. Toute la nature, en cet immense désert, atteste un cataclysme qui devait se produire fatalement, s’il est vrai que des hommes aient eu l’imprudence de s’y établir. Ainsi, la Mer Morte, qui reçoit le Jourdain et les rivières descendant des montagnes environnantes, n’est pas plus importante que le lac de Genève; elle a, exactement comme le Léman, 76 kilomètres de longueur, et sa plus grande largeur est de 15 kilomètres. Or, tandis que le Rhône traverse le lac de Genève, le Jourdain et les diverses rivières sont absorbés par la Mit Morte. On a calculé que le Jourdain, à lui seul, apporte à la Mer Morte six millions de tonnes par jour: il faut donc que cette masse énorme d’eau s’évapore journellement; car il n’est pas possible de supposer un écoulement, à raison du niveau du lac, qui est de 394 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, et d’autre part le maximum de profondeur est de 399 mètres. En effet, l’air chaud et sec de cette dépression, unique dans son genre (793 mètres), peut absorber des quantités énormes de vapeurs d’eau. Les couches marneuses du voisinage, les masses d’asphalte qui sont partout, la fréquence des tremblements de terre, le sol essentiellement volcanique, tout prouve un pays de tout temps inhabitable.

Si l’on tient absolument à croire le pigeon incapable de s’être moqué de l’écrivain de la Genèse, si l’on veut admettre quand même comme véridique l’histoire de la pluie de feu tombée du ciel pour détruire des êtres humains, coupables ici de pédérastie et là de saphisme, il faut alors dire que Jéhovah-Schaddaï, quoique éternel, n’en est pas moins un tantinet normand. En effet, déclarant à Noé que sa clémence s’abstiendrait désormais d’exterminer les hommes, il avait solennellement juré, la main sur l’arc-en-ciel, de ne plus recommencer le déluge. Faire serment de renoncer aux noyades, et remplacer ensuite le déluge d’eau par des averses de feu, c’est, pour un dieu, être passablement ficelle!…

En outre, la Bible nous raconte qu’une ville fut épargnée à la prière de Loth, et que cette ville est celle qui dès lors a été appelée Tsohar. — Eh bien, qui connaît donc Tsohar? où est-elle, cette ville? Puisque tous les historiens ont ignoré l’existence de Tsohar, cette veinarde cité n’aurait-elle pas eu jusqu’au bout la chance de plaire, et papa Bon Dieu l’aurait-il détruite au siècle suivant?… Le fait est qu’il n’est pas plus resté de traces de Tsohar que de Sodome et de Gomorrhe. Quand des hommes se sont risqués à venir demeurer aux bords de la Mer Morte, ce ne fut jamais que pour y faire un bref séjour, dans des habitations construites à titre provisoire, uniquement pour recueillir du sel, de l’asphalte, du chlorure de magnésium et une certaine huile minérale qui surnage en certains endroits du lac et dont on fit usage autrefois en médecine; après quoi, on s’empressait de déguerpir de cette région insalubre où la végétation est presque nulle et où l’on ne trouve même pas de l’eau potable.

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