La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Toutes les nations de la terre bénies en Abraham!… Les commentateurs juifs et chrétiens sont d’accord pour voir dans ce texte l’affirmation que Jéhovah sera un jour le dieu adoré sur tout le globe, attendu que Jéhovah est le dieu d’Abraham et que les chrétiens ne se séparent pas des juifs en ce qui concerne ce patriarche; mais étant donné que juifs et chrétiens ne sont plus d’accord à dater du fils de Marie, quelle sera donc, des deux religions, celle qui prévaudra sur le monde? la terre finira-t-elle par être juive ou chrétienne?… Grave question. Nous avons, d’ailleurs, le temps d’attendre. La population du globe s’élève, en effet, à plus d’un milliard quatre cents millions d’habitants, sur lesquels les catholiques, c’est-à-dire les personnes baptisées dans la religion qui s’intitule seule vraie religion chrétienne, figurent pour deux cent trente-neuf millions seulement. Pour réaliser la parole de Jéhovah, il faudra donc: d’abord, que tous les catholiques baptisés deviennent croyants et pratiquants; ensuite, que ces vrais chrétiens ramènent à leurs dogmes les protestants et autres hérétiques et schismatiques qui les ont rejetés; et, enfin, après avoir persuadé aux juifs que Jéhovah est triple, les catholiques auront à convertir les mahométans, les confucianistes, les brahmanistes, les bouddhistes, les fétichistes, etc., etc., — à moins que ce ne soit les juifs qui réussissent à convaincre catholiques et hérétiques qu’ils se sont fourré depuis dix-neuf cents ans leur Messie dans l’œil. D’une façon ou d’une autre, la prophétie de la conversion totale du globe au dieu d’Abraham ne semble guère pouvoir être célébrée comme accomplie, lors de la prochaine exposition.
Or ça, quel était le projet que papa Bon Dieu avait formé, et au sujet duquel il se demandait si, oui ou non, il ferait une confidence à son patriarche bien-aimé?… Tout bien pesé, il se décida à ne pas avoir de cachotterie pour Abraham, et c’est alors que celui-ci comprit enfin que ces trois voyageurs qui lui avaient dévoré un veau et quatre-vingt-un litres de farine, sans compter le fromage à la crème, étaient des êtres surnaturels, parmi lesquels son vieil ami Schaddaï en personne.
«L’Éternel dit donc: Farce que le cri de Sodome et de Gomorrhe s’est augmenté, et parce que leur péché est très grave, — je descendrai maintenant, et je verrai s’ils ont entièrement fait toutes les choses dont le cri est venu jusqu’à moi; et si cela n’est pas, je le saurai.» (18:20-21)
Jéhovah ne se fiait pas aveuglément aux rapports de sa police. On trouvera peut-être qu’en sa qualité de dieu omniscient il ne devait rien ignorer, et que, par conséquent, il savait exactement à quoi s’en tenir, sans besoin d’aucune enquête; mais n’oublions pas que ceci se passe par un temps de très forte chaleur et que la digestion du copieux dîner de tout à l’heure pouvait fort bien avoir quelque peu troublé ses divines idées.
«Les trois voyageurs, partant de là, marchaient donc vers Sodome; mais Abraham fit halte, en se tenant devant l’Éternel. — Et il s’approcha de Dieu et lui dit: Feras-tu périr même le juste avec le méchant? — Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville; les feras-tu périr aussi? Ne pardonneras-tu point à la ville, à cause de cinquante justes, s’ils y étaient? — Il ne sera pas dit de toi que tu fais mourir le juste avec le méchant, et que le juste est traité comme le méchant. Non, cela ne sera pas dit. Celui qui juge toute la terre ne fera-t-il point justice? — Et l’Éternel dit: Si je trouve en Sodome cinquante justes, je pardonnerai à tout le lieu, à cause d’eux. — Et Abraham reprit: Voici, maintenant j’ai pris de la hardiesse en parlant au Seigneur, quoique je ne sois que poussière et cendre. — Peut-être en manquera-t-il cinq des cinquante justes; détruiras-tu la ville, pour cinq qui manqueraient? Et Dieu lui répondit: je ne la détruirai point, si j’y trouve quarante-cinq justes.» (18:22-28)
L’entretien continue sur ce ton (v. 29-32), Abraham s’efforçant d’obtenir de nouvelles concessions: des quarante-cinq justes exigés, on passe à quarante, puis à trente, à vingt; mais finalement, papa Bon Dieu ne veut pas descendre au-dessous de dix justes, pour faire grâce. C’est son dernier mot!
«Et l’Éternel s’en alla, quand il eut fini de parler à Abraham; et Abraham s’en retourna chez lui.» (18:33).
D’après la Bible, papa Bon Dieu, qui voulait voir par lui-même, ne continua pas la route avec ses deux compagnons; le chapitre 19 laisse entendre qu’il remonta au ciel.
«Or, sur le soir, les deux anges arrivèrent à Sodome Loth, qui était assis auprès de la porte de la ville, s’avança à leur rencontre; dès qu’il les vit, il les salua, en se prosternant le visage en terre. — Et il leur dit: Je vous en prie, mes seigneurs, daignez-vous arrêter dans la maison de votre serviteur; logez-y cette nuit; lavez-y aussi vos pieds; demain, de bon matin, vous vous lèverez, et vous poursuivrez votre chemin. Mais ils répondirent: Non, nous passerons cette nuit dans la rue. — Mais Loth les pressa si instamment, qu’ils acceptèrent de se retirer chez lui. Et quand ils furent entrés dans sa maison, il leur prépara un festin, avec des pains sans levain qu’il fit cuire, et ils mangèrent. — Mais avant qu’ils allassent se coucher, les hommes de la ville, c’est-à-dire les hommes de Sodome, environnèrent la maison, depuis le plus jeune jusqu’aux vieillards, tout le peuple, depuis un bout jusqu’à l’autre. — Et, appelant Loth, ils lui dirent: Où sont ces hommes qui sont entrés chez toi ce soir? Fais-les sortir, afin que nous en usions. — Alors, Loth sortit vers eux pour leur parler à la porte, et, ayant fermé la porte derrière lui, il leur dit: Je vous prie, mes frères; ne commettez point ce mal. — Écoutez, j’ai deux filles qui n’ont point encore connu d’homme; je vous les amènerai, et vous userez d’elles tout comme il vous plaira, pourvu que vous ne fassiez pas violence à ces deux hommes parce qu’ils sont venus à l’ombre de mon toit. — Eux, ils lui répondirent: Retire-toi de là. Et ils dirent encore: Cet homme est un étranger, qui a pris domicile ici, et il prétendrait porter jugement sur nous? Va, nous t’en ferons plus qu’à eux. Et alors ils firent violence à Loth; puis, ils se préparèrent à briser les portes de sa maison. — Mais les deux voyageurs, avançant leurs mains, firent rentrer Loth chez lui, et ils fermèrent la porte. — Ensuite, ils frappèrent d’éblouissement tous les hommes qui assiégeaient la maison, de sorte qu’ils se lassèrent à chercher la porte.» (19:1-11)
Il était nécessaire de reproduire textuellement ce passage de la Genèse; on ne saurait trop rappeler que ces lignes furent écrites sous la dictée de l’Esprit-Saint.
D’autre part, il n’est pas moins utile de reproduire le commentaire de Voltaire:
«Nous avouons que le texte biblique confond ici plus qu’ailleurs l’esprit humain. Si ces deux anges, ou ces deux dieux, étaient incorporels, ils avaient donc pris un corps d’une grande beauté, pour inspirer des désirs abominables à tout un peuple. Quoi! les vieillards et les enfants, tous les habitants mâles, sans exception, viennent en foule pour commettre le péché infâme avec ces deux anges! Il n’est pas dans la nature humaine de commettre tous ensemble publiquement une telle abomination, pour laquelle on cherche toujours la retraite et le silence. Les Sodomites demandent ces deux anges, comme on demande du pain en tumulte dans un temps de famine. Il n’y a rien, dans la mythologie païenne, qui approche de cette horreur inconcevable. Les théologiens qui ont dit que les trois célestes voyageurs, dont deux s’en vinrent à Sodome, étaient Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit, rendent encore le crime des Sodomites plus exécrable, et cette histoire plus incompréhensible.