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La Bible amusante

Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:

Donnant les citations textuelles de l’écriture sainte et reproduisant toutes les réfutations opposées par Voltaire, Fréret, lord Bolingbroke, Toland & autres critiques.
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Les Arabes et les Ethiopiens eurent cette coutume, de temps immémorial, en l’honneur de la divinité secondaire qui présidait à l’étoile du Petit-Chien. Les Turcs, vainqueurs des Arabes, ont pris d’eux cette coutume, tandis que, chez les chrétiens, on jette de l’eau salée sur un petit enfant et qu’on lui souffle dans la bouche.

Tout cela est également sensé, et doit plaire beaucoup à l’Etre suprême!»

N’insistons pas. Revenons à notre patriarche: sans doute, il devait songer parfois à la bizarre idée que Jéhovah avait eue de lui changer son nom, ainsi qu’à son épouse; bizarrerie d’autant plus étrange que le changement se bornait à peu de chose. Abraham, au lieu d’Abram! Sara, au lieu de Saraï! Le dieu des juifs et des chrétiens est, décidément, un dieu des plus rigolos.

Avec ledit Abraham, la Bible devient de plus en plus amusante.

«Or, l’Eternel apparut encore à Abraham, et ce fut dans la plaine de Mambré, un jour qu’il était assis à la porte de sa tente, au moment de la forte chaleur. — Ayant levé les yeux, Abraham aperçut tout-à-coup trois hommes qui étaient à peu de distance; aussitôt il courut vers eux, et il les salua jusqu’à terre.» (18:1-2)

Le discours qui suit est assez cocasse; c’est un mélange de singulier et de pluriel qui laisserait croire que le patriarche n’avait pas bien sa tête à lui; était-ce l’effet de la forte chaleur?…

«Et Abraham leur dit: Mes seigneurs, si j’ai trouvé grâce devant tes yeux, ne passe pas au-delà de l’habitation de ton serviteur. — Mais j’apporterai un peu d’eau, afin que vous laviez vos pieds; en attendant, reposez-vous sous un arbre. — Et j’apporterai aussi un morceau de pain, afin que vous vous réconfortiez. Après quoi, vous passerez outre; car c’est pour cela que vous êtes venus vers votre serviteur. Et ils lui répondirent: Fais comme tu l’as dit.» (18:3-5)

De nombreux commentateurs catholiques ont jugé que, si ce jour-là Jéhovah était venu en compagnie de deux anges, c’était afin de figurer les trois personnes de la divine Trinité. Abraham n’avait pas l’esprit assez subtil pour deviner cela; ni lui, ni Moïse, ni aucun prophète juif ne le soupçonnèrent jamais.

«Abraham s’en vint donc en toute hâte dans la tente vers Sara, et lui dit: Dépêche-toi, prends trois éphata de farine, pétris-les, et fais des pains cuits sous la cendre.» (18:6)

Les traductions modernes de la Bible portent: prends trois mesures de farine. C’est à dessein que nos tonsurés mettent ce terme vague; car ce que l’Esprit-Saint dicta à l’auteur de la Genèse est superlativement grotesque. Le texte hébreu porte éphatà. Or, un épha contient vingt-neuf pintes, et, par conséquent, trois éphata représentent quatre-vingt-sept pintes ou quatre-vingt-un litres de farine. Quelle prodigieuse quantité de pain! L’usage chez les Orientaux était, il est vrai, de servir d’un seul plat en abondance; mais le patriarche prenait tout de même ses visiteurs pour des Gargantuas. Admirez encore ce qui suit:

«Puis, Abraham courut à son troupeau, où il prit un veau tendre et bon, et il le donna à un serviteur, qui s’empressa de l’apprêter. — Ensuite, il prit du kaïmak (sorte de fromage à la crème) et du lait, et le veau qu’on venait d’apprêter, et il mit le tout devant eux. Il se tenait auprès d’eux sous l’arbre, et ils mangèrent. — Alors, ils lui dirent: Où est Sara ta femme? Il répondit: La voilà sous la tente. — L’un d’eux lui dit: Je ne manquerai pas de revenir dans un an à cette même époque, si je suis encore en vie, et ta femme Sara aura un fils.» (v. 7-10)

Si je suis encore en vie est, évidemment, une façon de parler. Jéhovah, qui s’exprimait ainsi, ne pouvait douter qu’il ne dût être en vie dans un an. On dira que papa Bon Dieu et ses deux angéliques compagnons, ne se donnant pas pour des êtres surnaturels, pouvaient emprunter le langage des hommes; mais, puisqu’ils prédirent l’avenir, ils se donnaient au moins pour prophètes. Alors?…

«Sara, ayant entendu cela derrière la porte de la tente, se mit à rire; car ils étaient tous deux bien vieux, et Sara n’avait plus ses règles. — Elle rit donc en se cachant et dit en elle-même: Après que je suis devenue vieille et quand mon seigneur est si vieux, aurai-je donc encore du plaisir? — Mais Dieu dit à Abraham: Pourquoi Sara s’est-elle mise à rire, en disant: Se peut-il que j’aie un enfant, étant si vieille? — Est-ce qu’il y a quelque chose de difficile à Dieu? Or donc, je reviendrai à toi dans un an, comme je te l’ai dit, si je suis encore en vie, et Sara aura un fils. — Alors, Sara eut peur, et elle nia, en disant: Je n’ai point ri. Mais Dieu lui dit: Si fait, tu as ri.» (v. 11-15)

On a fait remarquer que cette aventure a un certain air de ressemblance avec celle du bonhomme Irius, à qui Jupiter, Neptune et Mercure rendirent visite, tandis qu’il se lamentait de n’avoir pas d’enfant; les trois dieux lui en accordèrent un, en jetant leur semence sur un morceau de cuir dont l’enfant naquit. Mais les théologiens catholiques répondent que c’est le paganisme qui a copié la Bible; selon le bénédictin Dom Calmet, il est bien clair que le nom d’Irius est le même que celui d’Abraham. A la vérité, on ne s’en douterait guère; néanmoins, ne contrarions pas le savant bénédictin pour si peu!

Il est plus intéressant de savourer cette conversation de Dieu et d’Abraham, dont les détails sont d’une réjouissante naïveté. L’écrivain de la Genèse rend compte de tout ce qui s’est fait et de tout ce qui s’est dit, exactement comme s’il y avait été présent. Il a donc été inspiré par l’Esprit-Saint lui-même, c’est clair; sans quoi, il ne serait qu’un conteur de fables. Quelques commentateurs catholiques, gênés par le ridicule de ces détails, ont insinué qu’une telle histoire est surtout allégorique; d’après eux, Dieu et les anges qui vinrent chez Abraham simulèrent leur appétit, ne mangèrent point, mais firent semblant de manger. Allons donc!… Il faut prendre la Bible comme elle est, leur répondons nous; car, si l’on admettait l’interprétation de ces théologiens à qui le grotesque de certains épisodes de la Genèse parait trop lourd à porter, il faudrait ne voir que des allégories dans toute la sainte Ecriture. Alors, rien ne serait arrivé de tout ce que le pigeon raconte? tout n’aurait été qu’en apparence? la divine Bible serait un rêve perpétuel?… Voyez, messieurs les tonsurés, où un tel raisonnement nous conduirait! Il est bien plus simple d’admettre que Dieu, que nous avons vu pétrir, souffler et se promener, mange aussi, digère, etc., et pince un coup de soleil à l’occasion, comme son ami Abraham qui lui parle tout à la fois au pluriel et au singulier.

Après le dîner, on s’en fut faire une petite promenade.

«Les trois voyageurs, s’étant levés, dirigèrent leurs yeux vers Sodome, et Abraham marchait avec eux, pour les conduire. — Alors, l’Éternel se dit: Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire, — puisqu’il sera père d’une nation grande et puissante, et que toutes les nations de la terre seront bénies en lui?» (18:16-18)

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