La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Ce brusque congé, donné par Abraham à son premier né et à la pauvre Agar, avec un morceau de pain et une bouteille d’eau, est bien inhumain de la part d’un personnage si puissant et si riche, qui avait été vainqueur de cinq rois avec trois cent dix-huit hommes de l’élite de ses domestiques et à qui sa femme avait rapporté tant d’argent grâce à sa fréquentation du roi d’Egypte et du roi de Gérare. Il est difficile, après cela, de dire que l’Ecriture Sainte enseigne la charité!
Suit un épisode qui n’a pas grand intérêt. Abimélec, accompagné de Picol, général en chef de son armée, vient rendre visite à Abraham et le prie de lui jurer, par Dieu, qu’il ne lui dira jamais plus aucun mensonge; le roi de Gérare demande encore au patriarche de contracter alliance avec lui, et cette alliance est conclue à propos d’un puits que les serviteurs d’Abimélec disputaient aux domestiques d’Abraham. Le patriarche, pour prouver que c’est bien lui qui a creusé le puits en litige, met à part sept brebis de sa bergerie, dans un cadeau de moutons et de bœufs à Abimélec. Celui-ci accepte le troupeau, mais est intrigué de voir ces sept brebis soigneusement mises à l’écart des autres bestiaux. Abraham, interrogé, répond: «J’ai mis à part ces sept jeunes brebis, et tu les prendras de ma main; elles te seront un témoignage que j’ai vraiment creusé ce puits.» (v. 30) Abimélec et le général Picol se déclarent convaincus et retournent chez eux. Abraham plante une chênaie autour du puits; après quoi, la Genèse nous apprend que le patriarche à casquette-à-pont habita longtemps au pays des Philistins.
Cependant, Abraham, qui était si heureux d’avoir un fils de sa chère et vieille Sara, ne s’attendait guère à la mauvaise farce que papa Bon Dieu lui réservait. «Tu le gobes, ton moutard, ô prophète de mon cœur? Or çà, maintenant, tu vas le tuer, toi-même, ni plus ni moins, pour m’être agréable!» Telle est la surprise que Jéhovah avait décrété de faire à son patriarche bien-aimé. Il est vrai que c’était pour la frime. L’Eternel, aimant à rire, voulait simplement se payer en spectacle l’ahurissement d’Alphonse Abraham.
Ici encore il faut user de la citation textuelle; c’est trop beau!
«Il arriva, après ces choses, que Dieu tenta Abraham. Il lui dit: Abraham! Abraham! Et celui-ci répondit: Me voici. — Dieu lui dit encore: Prends maintenant ton fils unique Isaac, que tu aimes, et va-t’en au pays de Moriâh, pour m’offrir ce fils en holocauste, sur une montagne que je te montrerai. — Abraham, donc, s’étant levé de bon matin, sangla son âne et emmena avec lui deux de ses serviteurs, ainsi que son fils Isaac. Puis, ayant coupé le bois nécessaire au sacrifice, il se mit en route, dans la direction de l’endroit que Dieu lui avait dit.
— Au troisième jour, il aperçut la montagne, au loin. — Alors, il dit aux deux serviteurs: Attendez ici, avec l’âne; nous irons, l’enfant et moi, jusque là-bas, et nous adorerons l’Éternel; après quoi, nous reviendrons. — Et Abraham prit le bois pour le bûcher du sacrifice; il le mit sur le dos d’Isaac son fils; quant à lui, il se munit du feu pour allumer le bûcher, et il portait aussi à la main un grand couteau. Ainsi ils s’en allèrent tous deux ensemble. — Alors, Isaac, s’adressant à Abraham, lui dit: Mon père! Et Abraham répondit: Que veux-tu, mon fils? Et Isaac dit: Voici bien le feu et le bois; mais où est la bête pour l’holocauste? — Et Abraham lui répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de la bête pour l’holocauste. Et ils continuèrent à marcher tous deux ensemble. — Quand ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait dit, Abraham bâtit là un autel, arrangea le bois par-dessus; puis, il lia Isaac son fils, et le mit sur le bois qu’il avait disposé sur l’autel. — Ensuite, Abraham, avançant la main, prit le couteau pour égorger son fils. — Mais alors un ange de l’Eternel lui cria du cieclass="underline" Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici. — L’ange lui dit: N’étends pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais aucun mal; car, maintenant, j’ai connu que tu crains Dieu, puisque tu n’as pas épargné ton fils unique, pour moi.
— Et Abraham, levant les yeux, aperçut un bélier qui s’était pris par les cornes dans un épais buisson. Alors, il alla prendre ce bélier, et il l’immola en holocauste, à la place de son fils. — Et Abraham appela cet endroit L’Eternel-y-pourvoira. — Et l’ange de l’Éternel cria des cieux à Abraham pour la seconde fois. — J’ai juré par moi-même, dit le Seigneur, parce que tu as fait cela, n’épargnant point ton fils unique. — C’est pourquoi je te bénirai encore; et je multiplierai très-abondamment ta semence, comme les étoiles des cieux et comme le sable des plages qui sont au bord de la mer; et ta postérité possédera les portes de tes ennemis; — et toutes les nations de la terre seront bénies dans ta semence, parce que tu as obéi à ma voix. — Ainsi Abraham retourna vers les deux serviteurs; et ils retournèrent tous ensemble, s’en allant alors en Béer-sçébah.» (22:1-19)
Les critiques font remarquer qu’Abraham, qui avait supplié Dieu d’épargner les habitants de Sodome et de Gomorrhe, qui étaient pour lui des étrangers, n’adressa pas la moindre prière en faveur de son propre fils. Ils accusent aussi le patriarche d’un nouveau mensonge, quand il dit aux deux valets: Nous ne ferons qu’aller, mon fils et moi, et nous reviendrons. Puisqu’il allait sur la montagne tout exprès pour égorger et brûler Isaac, il ne pouvait avoir l’intention de revenir avec lui. Ce mensonge était le fait d’un barbare, si les autres avaient été les mensonges d’un cupide proxénète prostituant sa femme pour de l’argent.
D’autre part, ce n’est pas sans surprise qu’on voit Abraham, vieillard de cent ans, couper lui-même le bois d’un bûcher avant de se mettre en route: il faut, pour brûler un corps, au moins une grande charrette de bois sec; un peu de bois vert ne saurait suffire. Sans doute, tout ce bois tut porté d’abord par l’âne et les deux serviteurs. En tout cas, s’il n’y avait en tout que la charge d’un âne, on s’étonne qu’Isaac, qui n’avait pas encore treize ans, pût la porter à son tour.
On dit aussi que le réchaud, dont se munit Abraham pour allumer le feu, ne pouvait guère contenir que quelques charbons, et qu’ils ont dû être éteints avant d’arriver au lieu du sacrifice, puisqu’au moment où le patriarche et son fils se séparèrent des deux valets, le mont Moriah ne s’apercevait encore qu’au loin.
Enfin, on a observé que ce fameux mont Moriah, montagne sur laquelle fût bâti plus tard le temple de Jérusalem, n’est qu’un rocher pelé, d’une aridité légendaire; jamais le moindre arbuste n’y a poussé, et toute la campagne des environs de Jérusalem a toujours été remplie de cailloux, si bien qu’il fallut dans tous les temps y faire venir le bois de très loin.
Néanmoins, ces diverses objections n’empêchent pas que Dieu n’ait éprouvé la foi d’Abraham, et que ce patriarche n’ait mérité la bénédiction de Dieu par son obéissance. Nous verrons, dans la suite, Jephté immoler sa fille, sans qu’aucun ange vienne interrompre le sacrifice; il est vrai que Jephté ne vivait pas de proxénétisme et n’était pas un saint.