La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
«L’Éternel lui dit: Abram, ne crains point; je suis ton bouclier et ta magnifique récompense. — Et Abram répondit: Seigneur, que me donneras-tu? Je passe ma vie sans avoir d’enfants: — et voilà, le serviteur qui est né dans ma maison sera mon héritier. — Mais l’Éternel lui adressa celte parole: Non, celui-ci ne sera point ton héritier; mais celui qui sortira de tes entrailles sera ton héritier. — Et, après l’avoir mené dehors, Dieu lui dit: Lève maintenant les yeux vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter; c’est ainsi que sera ta postérité.» (15:1-5)
Abram patienta encore.
«Or, Saraï, sa femme, ne lui avait point encore fait d’enfant; mais elle avait une servante égyptienne, nommée Agar. — Et elle dit à Abram: En vérité, Dieu m’a fermée, afin que je ne puisse enfanter. Joins-toi donc ma servante; peut-être aurais-je ainsi des enfants par elle. Et Abram obéit à la parole de Saraï.» (16:1-2)
Ceci voulait dire que Saraï adopterait l’enfant de sa servante, selon la coutume orientale: un père ou une mère mettait l’enfant d’un autre sur ses genoux, et cela suffisait pour le légitimer.
«Alors, Saraï prit Agar, sa servante égyptienne, et la donna pour concubine à Abram, son mari, après qu’il eût demeuré dix ans au pays de Canaan. — Il connut donc Agar, et elle conçut; mais Agar, voyant qu’elle avait conçu, méprisa sa maîtresse. — Saraï dit alors à Abram: L’outrage qu’on me fait rejaillit sur toi. J’ai mis ma servante dans ton sein, et depuis qu’elle s’est vue enceinte, elle me regarde avec mépris. Que Dieu juge entre moi et toi! — Abram répondit: Allons, la servante est entre tes mains; traite-la comme il te plaira. Saraï donc la battit, et Agar s’enfuit.» (16:3-6)
Charmant, n’est-ce pas, ce petit intérieur de patriarche?…
Heureusement, un ange rencontra Agar dans le désert, et, après lui avoir fait la leçon, il l’encouragea.
«Retourne à ta maîtresse, dit l’ange du Seigneur, et humilie-toi sous elle. — Je multiplierai tellement ta postérité qu’elle ne se pourra compter. — Et le fils que tu mettras au monde, tu l’appelleras Ismaël; car l’Éternel a entendu la voix dans ton affliction.» (16:9-11)
Voici un détail curieux que les tonsurés omettent dans leurs manuels d’histoire sainte, et qui est pourtant dans la Bible: l’ange qui apparut à Agar, et qu’elle prit pour un dieu, ne se fit pas voir d’elle de face; il ne lui montra que son derrière. Textuel!
«Ton fils, lui dit l’ange, sera semblable à un âne sauvage; il lèvera la main contre tous, et tous lèveront leurs mains contre lui. — Alors, Agar appela l’ange qui lui parlait: «le dieu qui m’a vue»; car, certainement, dit-elle, j’ai vu le derrière de celui qui m’a vue.» (v. 12-13)
Celte bizarrerie est basée sur une croyance des anciens: Dieu était si éblouissant, qu’on ne pouvait voir son visage sans mourir, à moins d’une protection tout-à-lait exceptionnelle. Ainsi, dans la suite, Moïse ne vit Jéhovah que par derrière, à travers la fente d’un rocher; mais, d’autres fois, Dieu lui accorda la faveur de le voir face à face. Il serait fâcheux de laisser dans l’obscurité de telles perles bibliques.
«Puis, Abram étant âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel lui apparut et lui dit: Je suis le Dieu Schaddaï; marche devant ma face, et sois sans taches. — Et je ferai alliance avec toi, et je te multiplierai prodigieusement. — Alors, Abram tomba sur sa face, et Dieu lui parla, disant: — Voici, mon alliance est avec toi; — et tu ne t’appelleras plus Abram, mais ton nom sera Abraham désormais; — et je te ferai croître très abondamment, même des rois sortiront de toi.
— Je te donnerai, et à ta postérité après toi, le pays où tu demeures comme étranger, et tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle; — et c’est moi qui serai leur Dieu.
— Voici quel sera le pacte entre moi et tes descendants: tout mâle d’entre vous sera circoncis. — Tu couperas la chair de ton prépuce, et ce sera le signe de mon alliance avec toi et les tiens. — Tout enfant mâle, dès qu’il aura huit jours, sera circoncis parmi vous dans vos générations, tant celui né dans la maison que l’esclave, acheté par argent de tout étranger qui n’est pas de ta race. — Ainsi mon alliance sera dans votre chair, pour être une alliance perpétuelle. — Et le mâle incirconcis, duquel la chair du prépuce n’aura pas été coupée, sera exterminé, parce qu’il aura violé mon alliance.
— Quant à Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus Saraï, mais son nom sera Sara désormais. — Je la bénirai; elle te donnera un fils que je bénirai. Il sera sur les nations, et les rois des peuples sortiront de lui. — Alors, Abraham se prosterna, le visage contre terre; mais il se mit à rire, et il disait en lui-même: Pense-t-il qu’un homme de cent ans fera un fils? et qu’une femme de quatre-vingt-dix ans accouchera? — Et il dit à Dieu: Ce que je te demande, c’est qu’Ismaël vive!
— Et Dieu répondit à Abraham: Sois-en certain, Sara ta femme t’enfantera un fils, et tu l’appelleras Isaac; je ferai un pacte avec lui aussi et avec sa race à jamais. — Quant à Ismaël, je t’ai exaucé déjà; je l’ai béni, et je le multiplierai très-abondamment; il sera père de douze princes, et je le ferai devenir une grande nation. — Mais c’est avec Isaac que j’établirai mon alliance, avec Isaac que Sara t’enfantera dans un an, en cette même saison. — Et, après que Dieu eut achevé de parler, il remonta de devant Abraham.» (17:1-22)
On ne saurait lire avec trop de respect le récit officiel de cette apparition de Jéhovah à Abraham. Quand les yeux tombent sur ce passage de la Bible, il devient impossible de mettre en doute que l’auteur sacré, quel qu’il soit, Moïse ou Esdras, ait été vraiment inspiré par l’Esprit-Saint. Les tonsurés n’ont pas besoin d’insister; car le discours du Seigneur atteint une telle hauteur de sublimité, qu’aucun écrivain humain n’aurait pu l’imaginer.
Jamais il ne serait venu à la pensée d’Alexandre-le-Grand, lorsqu’il fit alliance avec les rois indiens Taxile et Porus, de leur proposer de se circoncire et de couper les prépuces de tous leurs sujets, comme marque d’une amitié indissoluble. Et quand Napoléon, à Tilsitt, sur l’historique radeau du Niémen, reçut dans ses bras le tsar Alexandre, il ne songea qu’à la haine commune de l’Angleterre pour cimenter, d’une façon indestructible, l’alliance qu’il voulait sincèrement entre la France et la Russie; si Murat, qui accompagnait le vainqueur de Friedland, lui avait dit alors: «Sire, au lieu de demander au tsar de mettre sa signature au bas du traité d’alliance offensive et défensive, exigez de lui qu’il vous apporte demain son prépuce coupé et les prépuces de tout son état-major, car voilà ce qui serait le plus beau gage du pacte entre les deux empires», il est probable que Napoléon aurait cru à une démence subite de Murat et l’aurait immédiatement confié à ses meilleurs médecins. Mais Alexandre et Napoléon n’étaient que des hommes! Seule, la cervelle d’un dieu pouvait concevoir l’idée divine d’une éternelle alliance basée sur un holocauste de prépuces, se perpétuant de génération en génération.
D’autre part, c’est précisément parce que la circoncision est d’institution divine, que l’on demeure stupéfait en constatant que les chrétiens se sont empressés de la supprimer.
Le patriarche bien-aimé n’avait pourtant pas hésité à obéir au Très-Haut.
«Alors, Abraham prit son fils et tous ses esclaves qu’il avait achetés, et généralement tous les mâles de sa maison, et il leur coupa la chair du prépuce, comme le dieu Schaddaï l’avait ordonné. — Abraham se coupa la chair de son prépuce lui-même, à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans. — Et Ismaël son fils avait treize ans accomplis, quand il fut circoncis. — Abraham et Ismaël furent donc circoncis le même jour. — Et tous les mâles de sa maison, tant ceux qui y étaient nés que ceux qui avaient été achetés à des étrangers, tous furent circoncis.» (17:23-27)