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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Enfin il s’asseyait dans l’herbe haute et observait, parfois pendant plus d’une heure, cette ligne où l’Océan rencontre le ciel. L’Angleterre était de l’autre côté de cet océan. L’Angleterre, où les pilotes américains étaient partis se joindre à la lutte contre la Luftwaffe. Au-delà de l’Angleterre : Vichy, la France. L’Europe sous le talon nazi ; Stalingrad assiégée.

Il observait les sublimes nuages ondoyer sur l’extrême bord de l’Océan, des nuages qui auraient pu venir de cette lointaine Europe déchirée, mais qui venaient plus vraisemblablement des tropiques, de mers qui, quand il lisait leurs noms sur une carte, gardaient encore pour lui l’empreinte de Joseph Conrad et H. Rider Haggard : l’océan Indien, la mer d’Arabie, la baie du Bengale… Il rêvassait ainsi longuement, puis avalait son déjeuner : rosbif froid et Thermos de thé glacé.

J’ai été aussi vivant que cela.

Quels contes de fées que nos vies, songea William. N’était-il pas étrange que cet enfant ait eu l’ambition de diriger les États-Unis ? Qu’il ait poursuivi cette ambition avec acharnement au point d’en devenir dur et patricien ? Il lui semblait, avec le recul, être tombé dans une sorte de transe, encore qu’il ne pût dire précisément à quel moment. Pendant ses études de droit ? Pendant sa première campagne ? Il avait laissé sa carrière étouffer peu à peu son besoin de s’évader sur une plage d’été brûlante. Quel dommage.

Il s’assoupit sur un banc ensoleillé, près de la statue de Rochambeau… mais le contact froid d’un canon de revolver sur sa gorge le réveilla instantanément.

Le canon d’acier était pressé à quelques centimètres de son oreille gauche et glissait légèrement le long de sa veine jugulaire.

William tourna prudemment la tête et releva les yeux.

Il ne reconnut pas immédiatement le personnage qui tenait le revolver. Un homme grand, cheveux blancs en brosse. Fort, mais pas jeune – la soixantaine, estima le Président. Il portait un costume trois-pièces d’excellente facture, avec la veste ouverte. William enregistra tous ces détails en un clin d’œil.

Le visage était d’une beauté austère. Et vaguement familier.

Il fouilla dans sa mémoire.

— Ah, dit-il enfin. Colonel Tyler.

John Tyler restait pressé contre l’arme afin de la dérober au regard des rares promeneurs flânant dans le parc. Le canon effleura la clavicule de William puis se posa sur son ventre alors que Tyler s’asseyait près de lui sur le banc.

Le nom de John Tyler avait régulièrement figuré dans le National Intelligence Daily ou dans les rapports confidentiels du Président. Tyler avait joué un rôle secondaire dans le complot qui avait été éventé, bien sûr, par Contact. Il faisait partie de ces ex-militaires qui poursuivaient d’obscures carrières dans le lobby de la défense, ledit Triangle de Fer, et entretenait des contacts avec le Pentagone, Langley, et certaines banques. Tyler, personnage cultivé et orateur convaincant, aurait sans doute pu se prévaloir de brillantes perspectives d’avenir n’était ce léger scandale – pour comportement sexuel inconvenant, si le Président avait bonne mémoire – qui avait mis un point final à sa carrière militaire.

William détenait une autre information, sur John Tyler. Un petit renseignement lâché par un général loyaliste de l’Air Force. Les artisans du complot avaient réservé un rôle particulier au colonel Tyler : au cas où William aurait refusé de prendre docilement une retraite anticipée à la campagne, c’est à John Tyler qu’aurait échu la tâche de lui loger une balle dans la tête.

— Je vous ai observé, dit Tyler.

L’amertume perçait dans sa voix calme.

— Je vous ai regardé quitter la Maison-Blanche. C’est réellement stupéfiant de voir un président en public sans ses gardes du corps. Vous pensiez donc que tout était fini ? Que vous n’aviez plus besoin de protection ?

— C’est fini. Les gardes sont tous rentrés chez eux, colonel.

Il baissa les yeux sur l’arme de Tyler. Un engin hideux.

— Est-ce que cela fait partie de votre révolution ? Je croyais qu’elle aussi était finie.

— Ne vous y fiez pas. Je pourrais vous tuer dans la seconde.

— Est-ce votre intention ?

— Très probablement.

— Quel serait l’intérêt d’un tel crime, colonel ?

— L’intérêt, monsieur le Président, est qu’un président mort est préférable à un traître vivant.

— Je vois.

En fait, William comprenait plusieurs choses à travers ce court échange :

Il comprenait que le complot appartenait au passé ; que le colonel Tyler était venu en son nom, et en celui de personne d’autre.

Il comprenait que Tyler avait dit non aux Voyageurs et qu’il commençait tout juste à saisir la signification de Contact.

Et il comprenait que, sous son apparent sang-froid, le colonel oscillait entre la panique et la folie. Tyler le tuerait-il ? Peut-être. Peut-être pas. La question restait entière. Tout pouvait se jouer sur un coup de tête. Il y avait lieu d’être prudent. Le choix des mots serait déterminant.

— Vous aviez des amis, dit-il, mais ils ont changé d’avis. Ils se sont rendu compte à leur réveil que le monde n’était plus le même. Pas vous, colonel ?

— Ne comptez pas trop là-dessus.

— C’était il y a une semaine. Avez-vous attendu tout ce temps pour me voir ?

William, d’un mouvement de tête, indiqua la Maison-Blanche derrière sa barrière.

— Vous auriez pu entrer par la porte principale, colonel. Personne ne vous en aurait empêché.

— J’ai parlé avec votre ami Charlie Boyle, hier. Il m’a dit la même chose. Je ne l’ai pas cru.

Il haussa les épaules.

— Il avait peut-être raison, finalement. Si vous sortez vous promener comme ça…

Charlie Boyle n’est mon ami que depuis qu’il s’est réveillé immortel, songea William. Mais c’est vrai, Charlie n’avait pas menti. La Maison-Blanche était ouverte au public. Comme n’importe quel musée.

Tyler pinça légèrement les lèvres, discrète manifestation d’impatience. William prit une lente inspiration.

— Colonel Tyler, vous ne pouvez pas ignorer ce qui se passe. Même si vous ne voulez pas y participer. Même si vous avez répondu non. Nous n’avons pas affaire à une invasion ennemie. Aucune soucoupe volante n’a atterri. La Terre n’est pas assiégée par des forces militaires hostiles. Regardez autour de vous.

Le pli sur le front de Tyler se creusa et, l’espace d’une seconde, son doigt se crispa sur la gâchette. William sentit le canon de l’arme battre sur sa peau au rythme du cœur de Tyler.

La mort rôdait autour du banc comme une troisième présence.

Je ne devrais plus en avoir peur, songea William. Et pourtant si ; elle m’effraie toujours.

— À mon avis, dit Tyler, tout le monde a été victime d’une hallucination. Ils s’imaginent qu’on peut vivre éternellement. Qu’on peut cohabiter comme l’agneau et le lion d’un livre de psaumes baptiste. J’ai l’impression que la plupart des gens ont contracté ce virus. Mais certains d’entre nous y ont échappé. Certains d’entre nous ont guéri. Je pense être un homme sain, monsieur le Président. Et je pense que vous êtes très malade.

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