Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Ira avait été remplacé au magasin par Ted Keening, dix-huit ans, que le conseiller d’orientation, au lycée (en plaisantant dans la salle des professeurs), avait défini comme « inapte aux études : trop bête pour obtenir une bourse, trop gros pour se tourner vers le sport, et trop pauvre pour s’acheter une carrière ».
Ted, un drogué de télévision, avait encore une dizaine de kilos de trop à son goût, même s’il avait déjà perdu du poids depuis ses débuts chez Harvest. Il fallait se remuer physiquement, comme remonter le matériel du sous-sol, par exemple, ou grimper sur l’échelle pour atteindre les étagères du haut. Mais Ted commençait à se rendre compte que son avenir ne s’arrêterait pas là. Plus question de mesurer des tasseaux ou de peser des boulons ad vitam æternam. Il s’était réveillé ce matin en sachant qu’il n’était plus obligé de mourir et que, bientôt, personne n’aurait plus à le traiter de gros lard ou d’idiot.
Et il acceptait ce nouvel état d’esprit sans sentiment de triomphe ni de vantardise, mais simplement de… d’étonnement. C’était le terme le plus approprié. Car il ne comprenait pas tout à fait ce qui se passait. C’était bien trop énorme à comprendre. Mais il ressentait l’avenir. Son propre avenir. Et celui du monde. L’avenir devenait quelque chose d’étrange et de merveilleux. Il scintillait sur l’horizon tel un mirage, aussi insaisissable, aussi douloureusement éblouissant. Mais bien plus réel.
Il annonça à son patron qu’il ne viendrait peut-être plus travailler à Harvest. M. Webster, qui avait lui aussi répondu par l’affirmative à la question durant son long sommeil, lui assura qu’il comprenait et que, pour autant qu’il sache, il n’existerait peut-être même plus de quincaillerie dans le futur. Ce qui, somme toute, serait tout de même dommage, étant donné le temps et l’argent qu’il avait investis dans ce magasin.
— Mais qu’est-ce que ça fiche, après tout ? J’ai soixante-cinq ans. Il faudrait bien que je renonce à ce magasin, d’une manière ou d’une autre. Je préfère mettre la clé sous la porte plutôt que de me retrouver cloué entre quatre planches. Ted, je crois bien qu’on est tous dans la même galère, mais je n’ai pas la moindre idée de sa destination. C’est la chose la plus bizarre que j’aie jamais connue, et vous êtes sûrement du même avis que moi. Mais à moins que vous n’en ayez déjà terminé avec nous, ça vous ennuierait de préparer ces articles pour M. Porter ?
Billy Porter, le père de Beth, était un client relativement régulier. Il venait généralement chercher des pièces détachées au rayon automobile. On le trouvait souvent le nez sous le capot de sa vieille Subaru, une voiture qui calait aux carrefours bien qu’il fût aux petits soins pour elle ; il avait déjà remplacé le starter, les bougies et d’autres pièces sur lesquelles il avait pu mettre la main. Il lui arrivait aussi de venir acheter des cartouches pour son fusil de chasse qu’il utilisait à l’occasion, chaque fois que ses amis lui offraient de l’emmener dans les montagnes. Aujourd’hui, il avait poussé jusqu’à la caisse un caddie plein d’outils de jardin, ce qui fit vaguement sourire M. Webster. Il imaginait déjà Billy à quatre pattes au milieu de ses plates-bandes, en train de planter des tulipes, pourquoi pas ?
En définitive, ce n’était peut-être pas si risible que cela.
— Becky mettait toujours un point d’honneur à entretenir le jardin, expliqua Billy. J’ai honte de ne pas m’en occuper. Après tout, un petit effort, ce n’est pas la mer à boire.
— Vous prenez votre journée ? s’enquit M. Webster.
— Je vais ralentir un peu le rythme, en tout cas. Je ne sais pas s’ils auront encore besoin de moi longtemps, à l’usine.
Billy, lui aussi, avait dit oui.
Tous n’avaient pas accepté.
La fille de Billy, Beth, avait répondu Non ! Elle avait compris l’offre mais l’avait rejetée. Pourquoi ? Elle ne le savait pas vraiment. Peut-être, paradoxalement, était-ce une sorte d’instinct de conservation qui l’avait poussée à se rebeller contre ce contact étranger. Non, pas moi. Vous ne me volerez pas ma mort.
Mais elle se réveilla avec la pleine conscience de ce qu’elle avait refusé, et cette pensée l’attrista quelque peu. La vraie question était : Que va-t-il se passer, maintenant ? Quelles menaces, quelles possibilités offrait ce qui deviendrait bientôt le nouveau monde ?
Elle se rendit à pied au centre commercial et appela Joey Commoner d’une cabine publique.
Joey refusa d’en parler, mais à travers ses réponses laconiques Beth devina que Joey, lui aussi, avait dit non.
Étonnant, non ? Qui se ressemble s’assemble, songea Beth. Les derniers vrais humains.
Les derniers Aztèques, aurait pu dire le recteur Ackroyd.
Il y en avait d’autres.
Miriam Flett, qui s’éveilla ce matin-là avec les mêmes angoisses, les mêmes vertus, mais à qui Celui dont la Main l’avait touchée pendant la nuit apparaissait désormais sous un tout autre visage.
Tom Kindle, qui vivait sur les pentes du mont Buchanan depuis cinq ans dans une masure sans électricité. Il descendait en ville pendant les week-ends d’été pour se mettre à la barre de son ferry privé et faire la navette entre Buchanan et les îles, mais passait ses hivers en solitaire. C’est ainsi qu’il concevait la vie. Hors des sentiers battus. Alors évidemment, il avait fait très mauvais accueil à la proposition des extraterrestres. Un avenir de rat, songeait-il. Pas la moindre intimité.
Un membre du conseil municipal et un employé administratif.
Un vendeur du concessionnaire Ford.
Matt Wheeler.
9
De nombreuses demeures
La première pensée de Matt, à son réveil, fut qu’il n’avait plus de fièvre. Il se sentait lucide et alerte ; rien ne subsistait de la somnolence de la veille. Mais quelque chose clochait.
Il roula sur le côté et tendit la main vers Annie, mais ne rencontra que des draps vides.
Comme tout le monde, il avait passé la nuit à rêver. Un rêve qui lui avait paru d’une réalité presque palpable. Mais Matt, déterminé à refuser cette réalité, étouffait férocement toute pensée vagabonde et dissidente. Un rêve, se convainquait-il, n’était qu’un rêve. Rien de plus.
La maison embaumait le bacon et les toasts grillés. Matt enfila un jean et un sweat-shirt, sa tenue de week-end, et se dirigea vers la cuisine. Un rayon de soleil tranchait la mosaïque du carrelage. La brise matinale entrait par la fenêtre ouverte et gonflait les rideaux.
Annie et Rachel, de concert, préparaient le petit déjeuner. Matt s’attarda un instant sur le seuil sans qu’elles le remarquent. Elles pouffaient en se racontant il ne savait quoi, penchées l’une vers l’autre, Rachel en short et vieux T-shirt kaki, Annie encore en chemise de nuit. Elles cassaient des œufs dans un saladier en plastique bleu.
Ce fut Annie qui, la première, se tourna vers lui. Son sourire ne disparut pas exactement. Mais il se teinta d’une pointe d’incertitude.
— Petit déjeuner prêt incessamment sous peu, annonça-t-elle. Pour les lève-tard. Jim et Lillian sont partis de bonne heure, à propos. Ils te remercient pour la soirée, mais n’ont pas voulu t’attendre. Il fallait qu’ils passent au supermarché pour se ravitailler.