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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Je ne suis donc pas un traître ? Mon crime serait d’être simplement tombé malade ?

— Peut-être les deux. Vous avez collaboré – pour quelque raison que ce soit. Vous n’êtes pas qualifié pour occuper plus longtemps les fonctions de Président.

— Est-ce vraiment moi qui suis malade ? C’est vous qui tenez une arme, colonel Tyler.

— Une arme entre de bonnes mains n’a jamais constitué un symptôme de maladie.

Bizarre, tout de même, cette conversation par un si beau jour. William se détourna du colonel Tyler et aperçut un garçon d’une dizaine d’années qui tentait de faire voler un cerf-volant au pied de la statue d’Andrew Jackson. La brise était capricieuse. Le cerf-volant voleta sur quelques mètres et piqua du nez. La peau brune du garçon luisait au soleil. William admira le cerf-volant. Une aile noir et jaune.

Un instant, le regard du garçon accrocha le sien. Un éclair de complicité, de compréhension. La détermination de ne pas plier devant la difficulté.

Je peux encore me sortir de ce mauvais pas, songea William.

— Colonel Tyler, supposons que j’admette ne pas être qualifié pour m’acquitter plus longtemps de mes fonctions de président des États-Unis.

— J’ai une arme pointée sur vous. Vous pourriez admettre n’importe quoi.

— Il n’empêche que je l’admets spontanément. Je ne suis pas qualifié. Je le dis sans arrière-pensée, et je persisterai à le dire quand vous ne me tiendrez plus en joue. Je signerai même un papier, si vous le souhaitez. Colonel, voudriez-vous m’aider à nommer un successeur ?

Pour la première fois, Tyler parut perdre pied.

— Je suis tout à fait sincère, poursuivit William. J’aimerais avoir votre avis. Qui aviez-vous en tête ? Charlie Boyle ? Mais il n’est plus qualifié non plus, n’est-ce pas ? Il est « malade ». Alors ? Le vice-président ? C’est la même chose, j’en ai bien peur. Le speaker ?

— C’est de la connerie pure et simple, déclara Tyler.

Il avait l’air soudain pitoyable et distrait.

— Colonel Tyler, je ne serais pas surpris que vous soyez le mieux placé parmi les officiers « sains » – c’est-à-dire ceux qui ne sont pas sous l’influence de ce que vous appelez une maladie. J’ignore comment opère la voie hiérarchique dans un cas comme celui-ci. C’est une situation que la Constitution n’avait pas prévue. Mais si vous souhaitez le poste…

— Vous êtes complètement cinglé ! dit Tyler.

Le revolver était moins assuré dans sa main.

— C’est une question d’électorat. Là réside la clé de voûte du problème. Colonel, savez-vous combien de personnes ont refusé la possibilité de vivre éternellement ? À peu près une sur dix mille.

— Je ne vois pas comment vous pourriez le savoir.

— Admettons que je le sache. La population terrestre est approximativement de six milliards d’âmes, ce qui implique que six cent mille individus ne sont pas, comme vous le dites, malades. C’est beaucoup. Mais tous ne sont pas américains – loin s’en faut. Colonel Tyler, vous souvenez-vous des chiffres du dernier recensement de la population américaine ? Je n’en ai qu’une très vague idée. Quelque chose de l’ordre de trois cents millions. Ce qui vous donnerait un électoral d’environ trente mille personnes. La population d’une grande ville. Une bonne taille, très maniable dans le cadre d’une démocratie, à mon avis. Dans l’idéal, vous pourriez établir un gouvernement représentatif direct… si tant est que vous souhaitiez perpétuer le système électoral.

Le regard du colonel Tyler commençait à devenir trouble.

— Je n’accepte pas. Je…

— Qu’est-ce que vous n’acceptez pas ? Mon hypothèse ? Ou la présidence ?

— Vous ne pouvez pas me donner la présidence ! Ça ne se décerne pas comme un prix d’excellence !

— Pourtant, vous étiez prêts à vous en emparer par les armes – vous et vos alliés.

— C’est différent !

— Croyez-vous ? Ce n’est pas exactement un procédé légitime.

— Je ne suis pas le Président ! C’est vous, le putain de Président !

— Vous pouvez me tuer si vous voulez, colonel Tyler.

Prenant un risque calculé, William se leva et s’exprima d’une voix impérieuse. Une fois encore, puisqu’il le fallait, il endossa le rôle de président des États-Unis.

— Si vous tirez une fois ou deux, je pourrai peut-être survivre. Mon organisme est, paraît-il, plus solide qu’il ne l’était. Mais si vous tirez plusieurs fois, mon corps ne pourra plus être réparé. Remarquez, il serait dommage d’encombrer le parc d’un cadavre par une si belle matinée.

Le colonel Tyler se leva à son tour, son revolver toujours appuyé sur le ventre de William.

— Si vous pouvez mourir, c’est que vous n’êtes pas immortel.

— Le corps est mortel. Pas moi. Une partie du vaisseau contient mon… je suppose qu’on peut dire mon essence, à défaut d’un autre terme. Je suis autant là-bas qu’ici. Je suis éveillé ici, colonel, et endormi là-bas… Mais si vous appuyez sur la gâchette, vous renversez l’équation.

Le vent se leva. À une dizaine de mètres de là, le cerf-volant du garçon hésitait à prendre son envol pour de bon. Tire, songea William. Actionne la ficelle.

Le cerf-volant s’envola soudain, grand oiseau jaune et noir dans le bleu du ciel.

— Marchons un peu, colonel, dit William. J’ai des crampes dans les jambes si je ne les détends pas de temps à autre.

Ils empruntèrent la Dix-Septième Rue en direction du parc Potomac, passèrent devant la galerie d’art Corcoran et les locaux de l’Organization of American States, témoignage loufoque de l’architecture locale.

Les bâtiments les plus représentatifs de la ville étaient encore ses monuments, songea William. Le mémorial Lincoln, le mémorial Jefferson. Une idée américaine d’une idée britannique d’une idée romaine de l’architecture urbaine grecque. Mais c’était dans l’agora que siégeait l’assemblée du peuple athénien. Nous aurions dû copier leurs marchés, et non leurs temples. Aménager des étals de fruits. Prendre un ou deux vendeurs de tapis à demeure. Tenir les séances du Congrès au milieu des marchands de cacahuètes sur l’avenue de la Constitution.

Il avait à une époque beaucoup aimé l’idée de la démocratie. Il l’avait aimée comme il avait aimé sa plage, dans le Maine. Et cet amour de la démocratie s’était envolé quelque part sur le long chemin menant à la Maison-Blanche. Comme sa plage.

Oh oui, le mot avait figuré dans ses discours. Mais dépourvu de tout son suc.

Il se demanda si le colonel Tyler avait jamais aimé la démocratie. Il le soupçonnait fort, en tout cas, de ne jamais avoir aimé une plage.

— Vous avez renoncé à tout ça, disait Tyler. Sans même vous battre. Sans même lever le poing, monsieur le Président. C’est un crime qui mérite bien une balle, vous ne croyez pas ?

L’arme avait regagné son étui sous la veste du colonel, mais William gardait une conscience aiguë de sa présence.

— À quoi ai-je renoncé, selon vous, colonel ?

— À l’Amérique. À la nation. À sa souveraineté.

— Il aurait fallu qu’elle m’appartienne pour que je puisse y renoncer.

— Mais vous avez collaboré.

— Seulement dans l’optique où nous aurions été victimes d’une invasion. Bon. Admettons que, d’une certaine manière, j’aie vraiment collaboré.

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