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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Vous ne deviendrez grands que si les pierres que vous pr�tendez charger de pouvoir ne sont point objets de concours, abris pour la commodit� ou de destin usuel et v�rifiable, mais pi�destaux et escaliers et navires qui portent vers Dieu.�

XX

Mes g�n�raux, dans leur solide stupidit�, me fatiguaient de leurs d�monstrations. Car, r�unis comme en congr�s, ils se disputaient sur l'avenir. Et c'est ainsi qu'ils d�siraient se faire habiles. Car � mes g�n�raux on avait d'abord enseign� l'histoire et ils connaissaient une par une toutes les dates de mes conqu�tes et toutes celles de mes d�faites et celles des naissances et celles des morts. Ainsi leur paraissait-il �vident que les �v�nements se d�duisent les uns des autres. Et ils voyaient l'histoire de l'homme sous l'image d'une longue cha�ne de causes et de cons�quences qui prenait sa racine dans la premi�re ligne du livre d'histoire et se prolongeait jusqu'au chapitre o� l'on notait pour les g�n�rations futures que la cr�ation ainsi avait heureusement abouti � cette constellation de g�n�raux. Ainsi, ayant pris trop d'�lan, de cons�quence en cons�quence d�montraient-ils l'avenir. Ou bien, ils me venaient, charg�s de leurs lourdes d�monstrations: �Ainsi dois-tu agir pour le bonheur des hommes ou pour la paix, ou pour la prosp�rit� de l'empire. Nous sommes des savants, disaient-ils, nous avons �tudi� l'histoire��

Mais je savais qu'il n'est de science que de ce qui se r�p�te. Celui-l� qui plante une graine de c�dre pr�voit l'ascension de l'arbre, de m�me que celui-l� qui l�che une pierre pr�voit qu'elle choira, car le c�dre r�p�te le c�dre et la chute de la pierre r�p�te la chute de la pierre, bien que cette pierre qu'il va l�cher ou que cette semence qu'il enterre n'ait encore jamais servi. Mais qui pr�tend pr�voir la destin�e du c�dre qui, de graine en arbre et d'arbre en graine, de chrysalide en chrysalide se transfigure? Il s'agit l� d'une gen�se dont je n'ai point encore connu d'exemple. Et le c�dre est esp�ce neuve qui s'�labore sans rien r�p�ter que je connaisse. Et j'ignore o� elle va. Et j'ignore de m�me o� vont les hommes.

Ils exercent certes leur logique, mes g�n�raux, quand ils cherchent et d�couvrent une cause � l'effet qui leur est montr�. Car, me disent-ils, tout effet a une cause et toute cause a un effet. Et de cause � effet, ils s'en vont, redondants, vers l'erreur. Car autre chose est de remonter des effets aux causes ou de descendre des causes aux effets.

Moi aussi, dans le sable vierge et r�pandu � la fa�on d'un talc, j'ai relu, apr�s coup, l'histoire de mon ennemi. Sachant qu'un pas est toujours pr�c�d� d'un autre pas qui l'autorise et que la cha�ne va de cha�non en cha�non sans qu'aucun cha�non puisse jamais manquer. Si le vent ne s'est point lev� et, tourmentant le sable, n'en a point essuy� la page d'�criture, superbement, comme d'une ardoise d'�colier, je puis remonter d'empreinte en empreinte jusqu'� l'origine des choses ou, poursuivant la caravane, la surprendre dans le ravin o� elle a cru bon de s'attarder. Mais au cours de cette lecture je n'ai point re�u d'enseignement qui me perm�t de la pr�c�der dans sa marche. Car la v�rit� qui la domine est d'une autre essence que le sable dont je dispose. Et la connaissance des empreintes n'est que connaissance d'un reflet st�rile, lequel ne m'instruira ni sur la haine, ni sur la terreur, ni sur l'amour qui d'abord gouverne les hommes.

�Alors, me diront-ils, mes g�n�raux, solidement plant�s dans leur stupidit�, tout se d�montre encore. Si je connais la haine, l'amour ou la terreur qui les domine, je pr�voirai leurs mouvements. L'avenir donc est contenu dans le pr�sent��

Mais je leur r�pondrai qu'il m'est toujours possible de pr�voir la caravane un pas de plus qu'elle n'en a fait. Ce pas nouveau r�p�tera sans doute l'autre dans sa direction et dans son ampleur. Il est science de ce qui se r�p�te. Mais elle s'�chappe bient�t hors du chemin que ma logique aura trac� car elle changera de d�sir�

Et, comme ils ne me comprenaient point, je leur racontai le grand exode.

C'�tait du c�t� des mines de sel. Et les hommes se sauvaient tant bien que mal de vivre parmi les min�raux car rien ici n'autorisait la vie. Le soleil pesait et br�lait, et les entrailles du sol, loin de livrer une eau limpide, ne livraient que des barres de sel qui eussent tu� l'eau si les puits n'avaient �t� secs. Pris entre l'astre et le sel gemme, les hommes venus d'ailleurs avec leurs outres pleines se h�taient au travail et d�tachaient � coups de pioche ces cristaux transparents qui figurent la vie et la mort. Puis ils s'en retournaient li�s comme par un cordon ombilical aux terres heureuses et � leurs eaux fertiles.

Le soleil donc �tait ici �pre, dur et blanc comme la famine. Et les rochers crevaient le sable par endroits, flanquant les mines de sel de leurs assises d'�b�ne dur comme du diamant noir et dont les vents en vain mordaient les cr�tes. Et celui-l� qui e�t assist� aux traditions s�culaires de ce d�sert les e�t pr�vues durables et fix�es pour des si�cles. La montagne continuerait de s'user avec lenteur comme sous la dent d'une lime trop faible, les hommes continueraient d'extraire le sel, les caravanes continueraient d'acheminer l'eau et les vivres et de relever ces for�ats�

Mais il advint une aube o� les hommes se tourn�rent du c�t� de la montagne. Et ce qu'ils n'avaient point vu encore se montra.

Car le hasard des vents qui avaient mordu le roc depuis tant de si�cles y avait sculpt� un visage g�ant et qui exprimait la col�re. Et le d�sert, et les salines souterraines, et les tribus, fix�es sur une assise plus inhumaine que l'eau sal�e des oc�ans, sur une assise de sel durcie, �taient domin�s par un visage noir, sculpt� dans le roc, furieux, sous la profondeur d'un ciel pur et ouvrant la bouche pour maudire. Et les hommes fuirent, pris d'�pouvant�, quand ils le connurent. L'aventure se propagea au fond des puits et quand les ouvriers �mergeaient de la gangue, ils se retournaient d'abord vers la montagne puis, le c�ur saisi, se h�taient vers la tente, empaquetaient tant bien que mal leurs ustensiles, injuriaient la femme, l'enfant et l'esclave et, poussant devant eux leur fortune condamn�e sous le soleil inexorable, empruntaient les pistes du Nord. Et comme l'eau manquait, ils p�rissaient tous. Et vaines parurent les pr�dictions des logiciens qui voyaient s'user la montagne et se perp�tuer les hommes. Comment eussent-ils pr�vu ce qui allait na�tre?

Quand je remonte vers le pass� je divise le temple en pierres. Et l'op�ration est pr�visible et simple. De m�me si je r�pands en os et visc�res le corps d�mantel�, et en gravats le temple, ou en ch�vres, moutons, demeures et montagnes le domaine� Mais si je marche vers l'avenir, il me faudra toujours compter avec la naissance d'�tres nouveaux qui s'ajouteront aux mat�riaux et ne seront point pr�visibles puisque d'une autre essence. Ces �tres-l� je les dis uns et simples puisqu'ils meurent et disparaissent d'�tre divis�s. Car le silence est quelque chose qui s'ajoute aux pierres mais qui meurt si on les s�pare. Car le visage est quelque chose qui s'ajoute au marbre ou aux �l�ments du visage mais qui meurt si on le brise ou si on les distingue. Car le domaine est quelque chose qui s'ajoute aux ch�vres, aux demeures, aux moutons et aux montagnes�

Je ne saurai pr�voir mais je saurai fonder. Car l'avenir on le b�tit. Si je rassemble en un visage unique le disparate de mon �poque, si j'ai des mains divines de sculpteur, mon d�sir deviendra. Et je me tromperai si je dis que j'ai su pr�voir. Car j'aurai cr��. Dans le disparate d'alentour j'aurai montr� un visage et je l'aurai impos� et il gouvernera les hommes. Comme le domaine qui exige parfois jusqu'� leur sang.

Ainsi m'est-il apparu une nouvelle v�rit� et c'est qu'il est vain et illusoire de s'occuper de l'avenir. Mais que la seule op�ration valable est d'exprimer le monde pr�sent. Et qu'exprimer c'est b�tir avec le disparate pr�sent le visage un qui le domine, c'est cr�er le silence avec les pierres.

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