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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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— Très bien, dit-elle en crachant par terre. Allons plus loin.

Il se remirent en marche jusqu’à ce qu’il fasse trop sombre pour continuer. Quand ils s’arrêtèrent, les grondements des têtes géantes étaient presque inaudibles. Abattus, épuisés, les pieds endoloris, les membres de la tribu firent halte avec soulagement auprès d’un maigre cours d’eau filtrant dans le sable.

— Nous n’aurions pas dû faire cela, dit Staip d’une voix très calme.

— Tu veux dire quitter le cocon ? demanda Salaman. Tu crois que nous aurions mieux fait de rester et d’affronter les mangeurs de glace ?

— Nous n’avons rien à regretter, dit Harruel en les foudroyant du regard. C’était bien le Temps du Départ.

— Je parlais de la direction que nous avons prise, dit Staip. Koshmar a eu tort de nous amener dans ces plaines désertiques. Nous aurions dû partir vers le sud, vers le soleil.

— Qui sait si elle a eu tort ? dit Harruel. Tous les chemins se valent.

Toute la nuit durant, ils entendirent des bruits étranges, des sifflements, des gloussements, des cris stridents. Et les pulsations des têtes géantes attirant leurs proies sans défense au pied des collines dénudées leur parvenaient toujours, mais très affaiblies.

Ils étaient entrés dans la cinquième semaine de leur longue marche. Torlyri se réveilla à l’aube comme à sa coutume pour accomplir l’offrande du lever du soleil. Elle roula sur elle-même, s’étira et se leva. Elle s’éloigna tranquillement du camp où tout le monde dormait encore et chercha un endroit propice à la célébration de l’offrande matinale. Elle en trouva un à l’occident qui semblait avoir les caractères d’un lieu sacré. C’était une déclivité où une infinité de petits insectes au dos rouge bâtissaient avec zèle une construction à l’apparence très compliquée sur le sol sablonneux. Elle s’agenouilla, prononça les paroles rituelles, invoqua les Cinq Déités et prépara son offrande.

Les premiers rayons du soleil étaient forts, chauds et bons. Torlyri avait remarqué depuis plusieurs jours que le temps semblait devenir plus clément. Au début, elle se réveillait en frissonnant, toute raide dans la brume matinale, mais maintenant l’air du matin semblait sensiblement plus doux, sans être encore véritablement doux.

Ce signe faisait naître en elle un espoir très vif. Peut-être le Printemps Nouveau était-il vraiment en train d’arriver.

Torlyri n’en avait jamais été tout à fait sûre. Comme le reste de la tribu, elle s’était laissé entraîner hors du cocon par l’optimisme pressant de Koshmar. Par amour pour Koshmar, elle n’avait pas protesté avec véhémence, mais elle savait qu’un certain nombre de leurs compagnons auraient préféré rester à l’abri du cocon. Le Départ était une expérience radicale, un tel changement dans leur vie que Torlyri parvenait encore à peine à y croire. De temps immémorial, la tribu avait vécu dans le cocon ; depuis des centaines de milliers d’années, comme le pauvre vieux Thaggoran se plaisait à le leur dire. Comment imaginer ce que représentait une telle durée ? Mille ans étaient déjà une éternité !

Mais après plusieurs centaines de fois une éternité dans l’abri du cocon, ils en étaient tous docilement sortis. Comme des somnambules, ils avaient suivi Koshmar dans cet univers où le danger les guettait à chaque pas.

Un univers peuplé de rats-loups féroces qui auraient certainement fait plus de deux victimes si l’on n’avait découvert leur présence par miracle, d’oiseaux de sang contre lesquels il avait fallu se battre avec acharnement, sans oublier leurs congénères aux grandes ailes noires et tout le reste…

Torlyri avait la certitude que les périls étaient encore nombreux. Et il faisait si froid, malgré le lent réchauffement de l’atmosphère, tout était si désolé, si désespérément triste. Et il n’y avait pas de murs. Il n’y avait pas de murs. Le cocon leur offrait une sécurité totale, mais, ici, il n’y avait rien pour les protéger.

— N’étaient-ils donc pas sortis trop tôt ?

Certes, Thaggoran leur avait toujours affirmé que le dernier grand cataclysme remontait à la nuit des temps, mais ce n’était peut-être qu’un intervalle normal entre la chute de deux étoiles de mort.

Minbain lui avait fait part de ces mêmes inquiétudes quand elle était venue la voir deux ou trois jours plus tôt pour recevoir la communion de Mueri, pour la troisième fois en une semaine. L’interminable marche semblait plus pénible pour Minbain que pour la plupart des autres femmes, peut-être parce qu’elle n’était plus toute jeune, mais il y en avait qui étaient plus âgées qu’elle et qui tenaient le coup. Découragée, l’air hagard, Minbain était manifestement à bout.

— Thaggoran nous disait qu’à l’époque des étoiles de mort, il pouvait s’écouler jusqu’à cinq mille ans sans que la paix de la planète soit troublée. Mais cela ne signifiait pas que c’était terminé. Après chaque période sans étoile de mort, il y en avait toujours une autre qui tombait. Comment pouvons-nous être sûrs qu’il n’y en aura plus ?

— C’est Yissou le Protecteur qui nous a mis au monde, avait répondu Torlyri d’une voix apaisante, tout en se détestant pour la facilité avec laquelle le mensonge lénifiant lui était venu à la bouche.

— Et si ce n’était pas le Protecteur, mais le Destructeur ?

— Calme-toi, avait murmuré Torlyri. Viens auprès de moi, Minbain, et laisse-moi apaiser ton âme.

Mais la sienne ne trouvait guère le repos. Elle faisait de son mieux pour le cacher, mais elle était aussi effrayée que Minbain. Nul ne pouvait avoir l’assurance que le Temps du Départ était bien venu. Torlyri avait la conviction que les dieux étaient bien disposés envers eux, mais leurs voies étaient impénétrables et il se pouvait fort bien que, dans leur grande sagesse, ils eussent entraîné la tribu dans une erreur fatale. Qui pouvait savoir de quoi le lendemain serait fait ? Ils pouvaient d’un jour à l’autre voir se dessiner dans le ciel l’horrible sillage de feu d’une étoile de mort, après quoi toute la planète tremblerait sous l’impact, le ciel s’obscurcirait, le soleil se cacherait, sa chaleur ne leur parviendrait plus et toutes les créatures auxquelles elle était indispensable et qui ne pourraient trouver un abri à temps périraient à coup sûr. Cela s’était déjà produit si souvent dans le courant des sept cent mille années du Long Hiver. Comment pouvaient-ils avoir la certitude que cela ne se reproduirait pas ? La tribu devait à l’humanité de se préserver jusqu’à ce que l’interminable cauchemar prenne réellement fin.

Il est possible que nous soyons les seuls survivants sur toute la surface de la planète, songea Torlyri.

C’était une idée effrayante. Un tout petit groupe d’une soixantaine d’individus pour sauver l’humanité de l’extinction ! Pouvons-nous courir le risque de disparaître si nous sommes les derniers représentants de notre race ? C’était comme s’il leur fallait supporter tout le poids des millions d’années de présence de l’humanité sur la terre, comme si tout se résumait maintenant à leur unique petit groupe, à cette bande égarée et vulnérable, errant dans les plaines arides. C’était absolument terrifiant.

Mais il était hors de doute que l’atmosphère se réchauffait et c’eût été pure folie pour le Peuple de rester tapi dans son cocon et d’attendre d’avoir la certitude absolue de pouvoir en sortir sans le moindre risque. Jamais les dieux ne permettaient à l’homme d’atteindre à une telle certitude. Il fallait prendre des risques et avoir confiance. Koshmar était sûre que le Temps du Départ était venu ; elle était le chef et tous les présages allaient dans le même sens. Torlyri savait qu’elle ne verrait jamais les choses avec autant de clarté et de détermination que Koshmar et c’est pourquoi Koshmar était le chef et elle n’était que prêtresse.

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