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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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— Tu n’es pas au courant ? Toutes les cités ont été déclarées franches il y a six jours, par ordre de l’envahisseur. Maintenant, les portes ne sont plus jamais closes. La moitié des Sentinelles est sans travail.

— Je croyais que les envahisseurs recherchaient leurs ennemis, les ci-devant nobles.

— Ils ont des postes de contrôle ailleurs et on ne fait pas appel aux services des Sentinelles. La cité est libre. Entrez.

Nous avançâmes donc. Je demandai à l’ex-gardien pourquoi, dans ce cas, il était là.

— Cela fait quarante ans que je monte la garde ici, me répondit-il. Où pourrais-je aller ?

Je fis un signe indiquant que je prenais part à son chagrin et nous entrâmes dans Perris, le prince et moi.

— Je suis entré cinq fois dans Perris par la porte du sud, fit mon compagnon. Toujours en carrosse et précédé par mes Elfons faisant de la musique avec leur gorge. Nous longions les édifices et les monuments antiques jusqu’au fleuve pour rejoindre le palais du comte de Perris. La nuit, on dansait au-dessus de la cité sur des plates-formes antigravité, il y avait des ballets de Volants et une aurore jaillissait en notre honneur de la tour de Perris. Et le vin ! Le vin rouge de Perris, les femmes aux robes impudiques, leurs seins fardés de carmin, leurs cuisses douces ! Nous nous baignions dans le vin, Guetteur. (Il tendit le doigt dans une direction incertaine :) Est-ce là la tour de Perris ?

— Je pense que ce sont les ruines de la machine météorologique.

— Une machine météo serait une colonne verticale. Ce que je distingue a une base large et une forme effilée comme la tour de Perris.

— Je vois un pilier vertical d’au moins trente hauteurs d’homme déchiqueté au sommet. La tour ne serait pas si près de la porte du sud, n’est-ce pas ?

— En effet. (Le prince marmonna un juron.) C’est donc bien la machine météo. Les yeux de Bordo ne me font pas voir très clair, n’est-il pas vrai ? Je me leurre, Guetteur, je me leurre. Cherche un bonnet à pensées et demande si le comte s’est enfui.

Je restai quelques instants encore à contempler le pilastre décapité de la machine météo, cc prodigieux instrument qui avait apporté tant de calamités au monde au cours du second cycle, m’efforçant de percer du regard ses parois de marbre lisse, presque onctueuses, eût-on dit, pour voir les replis de ses viscères, les mystérieux engins capables de submerger des continents entiers qui, en ces temps lointains, avaient transformé les montagnes occidentales, ma patrie, en un archipel. Enfin, je m’arrachai à ce spectacle, enfilai un bonnet à pensées public, m’informai du sort du comte, obtins la réponse que je prévoyais et demandai où nous pourrions trouver à nous loger.

— Alors ? s’enquit le prince.

— Le comte de Perris a été massacré avec tous ses fils lors de la conquête. Sa dynastie est éteinte, son titre aboli et les envahisseurs ont transformé son palais en musée. Toute l’aristocratie perrisienne a péri ou pris la fuite. Je vous aurai une place à la loge des Pèlerins.

— Non. Emmène-moi avec toi chez les Souvenants.

— C’est cette confrérie que vous cherchez à joindre, maintenant ?

Il fit un geste impatient.

— Non, imbécile ! Mais que veux-tu que je fasse seul et sans amis dans une cité étrangère ? Que raconterais-je aux vrais Pèlerins dans leur hôtellerie ? Je reste avec toi. Les Souvenants ne chasseront sûrement pas un Pèlerin aveugle.

Il ne me laissait pas le choix. Et ce fut ainsi qu’il m’accompagna à la maison des Souvenants.

Il nous fallut traverser la moitié de la ville et cela nous prit presque toute la journée. Le désordre régnait dans Perris. L’arrivée des envahisseurs avait bouleversé les structures de la société, libérant de leurs tâches de vastes secteurs de la population quand ce n’étaient pas des confréries entières. Nous croisâmes des dizaines d’autres Guetteurs dans les rues, les uns traînant encore leur coffre à instruments, les autres ayant abandonné comme moi leur lourd équipement et ne sachant que faire de leurs mains. Mes frères avaient l’air sombre et déprimé. Toute discipline était désormais oubliée et beaucoup avaient l’œil hagard d’avoir trop fait bombance. Il y avait aussi des Sentinelles désœuvrées et mélancoliques qui n’avaient plus de garde à monter, des Défenseurs à la mine de chien battu, que le fait qu’il n’y eût plus rien à défendre plongeait dans le désarroi. Je ne vis pas de Maîtres ni, bien entendu, de Dominateurs, mais nombre de Clowns, de Musiciens, de Scribes et autres fonctionnaires palatins sans emploi déambulaient à l’aventure, sans compter des hordes de neutres abrutis et avachis qui n’avaient pas l’habitude que chôme leur corps presque totalement démuni d’intelligence. Seuls les Vendeurs et les Somnambules semblaient vaquer à leurs affaires comme de coutume.

Les envahisseurs étaient partout. On les voyait se promener dans toutes les rues par groupes de deux ou trois, créatures aux membres démesurés dont les mains se balançaient à la hauteur des genoux ou presque, la paupière lourde, les narines enfouies dans des ballons-filtres, les lèvres épaisses que l’on aurait cru soudées lorsqu’ils n’ouvraient pas la bouche. Ils portaient quasiment tous la même robe au chaud coloris vert foncé qui était peut-être l’uniforme des forces d’occupation. Quelques-uns avaient des armes d’aspect curieusement primitif, de grands et lourds instruments accrochés en bandoulière qui étaient peut-être plus destinés à la parade qu’à la défense. Ils allaient et venaient au milieu de nous avec insouciance en conquérants bienveillants, sûrs d’eux et fiers, qui ne craignent pas d’être molestés par les vaincus. Toutefois, ils ne circulaient jamais seuls ce qui révélait une méfiance secrète. Ni leur présence ni même l’arrogance implicite que dénotait la façon possessive avec laquelle ils regardaient les antiques monuments perrisiens ne parvenaient à m’irriter mais le prince de Roum, pour qui toutes les silhouettes se réduisaient à des barres verticales gris sombre sur fond gris clair, les devinaient instinctivement quand ils approchaient de lui et la colère hachait aussitôt sa respiration.

En outre, les visiteurs d’outre-ciel étaient beaucoup plus nombreux que d’habitude. Des multitudes de races se mêlaient. Certains de ces extra-terrestres pouvaient respirer notre atmosphère, d’autres étaient à l’abri à l’intérieur de globes hermétiques, munis de boîtes respiratoires pyramidales ou revêtus de combinaisons étanches. Certes, rencontrer des étrangers n’était pas une nouveauté sur Terre mais un tel afflux était étonnant. On marchait presque dessus ; ils rôdaient dans les anciens lieux de culte, achetaient des modèles réduits de la tour de Perris aux Vendeurs installés aux coins des rues, se hissaient en état d’équilibre précaire jusqu’au niveau supérieur des contre-rues, épiaient ce qui se passait dans les logements occupés, enregistraient des images, changeaient de l’argent auprès de trafiquants à l’allure furtive, papillonnaient autour des Volants et des Somnambules, mangeaient dans nos restaurants au péril de leur vie. A perte de vue, ce n’étaient que groupes accompagnés qu’on pilotait. A croire que nos vainqueurs avaient lancé le mot d’ordre d’un bout à l’autre de la galaxie : VENEZ VISITER LA TERRE. CHANGEMENT DE PROPRIÉTAIRE.

Nos mendiants, au moins, étaient florissants. Les affaires n’étaient pas fameuses pour les mendiants non terrestres mais les autochtones s’en tiraient tout à leur avantage sauf les Elfons en qui les étrangers se refusaient à voir des gens du cru. Je vis à plusieurs reprises quelques-uns de ces mutants, mécontents qu’on leur refusât l’aumône, se retourner contre leurs confrères et les rosser tandis que les touristes enregistraient la scène pour le plus grand délice des casaniers de la galaxie.

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