La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
Exceptionnel ? Il hocha la tête avant de répondre.
— Je dirais plutôt excentrique.
Kelly le prit par l’épaule et l’attira à elle pour qu’il la regarde en face.
— Écoute, Michael, toute ma vie je me suis sentie comme une étrangère. Décalée. Je ne crois pas avoir jamais passé plus d’un an dans la même école. Avec un père dans l’armée de l’Air, tu es amenée à déménager constamment. Tu vois, l’idée d’avoir autour de toi un groupe de personnes que tu connais bien, qui t’aiment et communiquent avec toi, cela me plaît beaucoup.
— C’est parce que tu ne le vis pas.
— Peut-être.
Elle avait l’air blessée. Il regretta sa phrase, mais c’était tellement difficile à expliquer, ce qu’il ressentait en tant que mutant. Il avait vu des gens regarder les mutants avec une espèce de fascination béate, comme si ceux-ci étaient… effectivement exceptionnels. Ça le mettait mal à l’aise. Il ne voulait pas que Kelly le traite de cette façon. Il se rapprocha et l’entoura de ses bras, la serrant contre lui dans une étreinte possessive.
— Je suis incapable d’en parler à qui que ce soit comme j’en parle avec toi, dit-il d’une voix basse et tendue. À personne, dans le clan ou en dehors. Qu’à toi seule.
— C’est vrai ?
Il prit son visage dans le creux de sa main et caressa sa joue veloutée.
— Les réunions du clan te paraissent peut-être une bonne chose, mais en un sens c’est comme si tu vivais dans une petite ville où tout le monde te connaît et où personne ne te comprend. Aucune vie privée. Et je ne m’en sens pas moins seul pour autant. (Il posa son front contre le sien.) Par contre, je ne suis pas seul quand je suis avec toi. Lorsque j’étais à Washington, je pensais à toi tout le temps. Je pensais à ce moment et je me demandais si tu en avais envie, toi aussi.
— Mon Dieu, je ne pensais qu’à ça ! dit-elle. J’avais tellement hâte que tu reviennes !
Il se pencha sur son sein droit et prit le mamelon entre ses lèvres, le taquinant de sa langue jusqu’à ce qu’il se dresse. Kelly gémit doucement et sa main descendit entre les jambes du garçon. Très vite, il sentit son membre durcir et palpiter dans sa paume. Il prit une profonde inspiration et se laissa aller dans un long soupir.
— Tu veux qu’on le refasse ? souffla-t-elle.
Ce fut à peine s’il l’entendit.
— À ton avis ?
6
Andie traversa d’un bon pas le hall désert de l’hôtel du Parc César et agita son badge devant le détecteur qui commandait le déverrouillage de la porte d’entrée. Les portes s’ouvrirent et Andie sortit dans l’avenue. Elle avait juste le temps d’aller jeter un coup d’œil sur la plage avant la réunion prévue pour dix heures.
Elle fut étonnée du silence qui l’entourait. Il est vrai que les purges de Nunca Mais en 97 avaient contribué à raser les favelas, ces villages faits de bric et de broc qui s’entassaient à flanc de colline. Le nouveau régime avait été d’une efficacité aussi prompte que brutale, en dépit du tollé général. Où étaient les favelitos à présent ? À peiner sans doute dans les plantations de canne à sucre, sous la chaleur tropicale des vertes contrées de l’intérieur. S’ils étaient toujours vivants.
On aurait pu s’attendre à rencontrer quelques fêtards rentrant chez eux après une nuit dans les boîtes disco, des amoureux prolongeant leur rêve d’un soir dans une promenade, bras dessus, bras dessous, le long de la plage. Mais peut-être n’y avait-il rien de tout cela en semaine. Andie avait été nourrie des légendes de Rio. Maintenant, il était temps d’apprendre ce qu’était la réalité.
Prudemment, elle traversa l’avenue Atlantica, pleine d’animation. Elle se souvint des avertissements de sa mémoire implantée : les chauffeurs de Rio pratiquaient une conduite totalement imprévisible. Elle mit le pied sur le trottoir pavé de mosaïque qui longeait la plage, fit valser ses chaussures et enfouit ses pieds nus dans le sable blanc d’Ipanema. Des vagues vert-bleu roulaient jusqu’à elle et se brisaient sur le sable humide. À part quelques adeptes du bronzage installés sur des chaises longues, le regard fixé sur la mer, la plage était pratiquement déserte. Andie arpenta l’étendue sablonneuse, regrettant de ne pas avoir apporté de chapeau. Même à cette heure matinale, le soleil était ardent. Elle commençait à avoir soif, quand bien même elle venait de vider un grand verre de jus de mangue à l’hôtel. Elle avait la bouche sèche, la langue en coton. Dans sa tête, surgit l’image d’un verre d’eau où se dessinaient des gouttelettes de condensation et elle fut saisie d’une envie irrésistible de déguster un bâton de crème glacée. Sur la plage, à sa gauche, arrivait un vendeur de sorbets, un garçon d’environ quatorze ans, au teint hâlé, portant lunettes de soleil et jean blanc. Elle décida de faire une folie et s’offrit un sorbet. Au moment de compter la monnaie, l’adolescent releva ses lunettes sur le sommet de sa tête. Et lorsqu’il la regarda, Andie ne fut pas peu surprise de découvrir deux yeux dorés, brillants comme des pièces d’or, plongés dans les siens. Elle faillit en lâcher sa monnaie. Le vendeur sourit.
— Obrigado, dit-il.
Puis il s’éloigna tranquillement et disparut.
Avait-elle été le jouet de son imagination ? Andie fourra le sorbet dans sa bouche. Il avait un goût sucré et une consistance gluante. Finalement, elle n’en avait pas vraiment envie. Elle chercha une boîte à ordures et y jeta cette chose écœurante. Ce garçon avait-il réellement les yeux dorés ?
En proie à un certain trouble, elle quitta la plage, remit ses chaussures et traversa l’avenue en jouant de toute son adresse pour éviter les chauffeurs de taxi hystériques. Elle passa devant plusieurs cafés, rideaux baissés et chaises renversées sur les tables. Où était donc cette légendaire culture hédoniste ? Jusqu’aux boutiques qui étaient fermées. Au coin de l’avenue Rio Branco, elle aperçut un petit café ouvert ; le serveur était derrière le bar, nonchalamment occupé à polir ses verres. Lorsqu’elle passa à hauteur de l’établissement, elle attira son attention. Il lui adressa un gentil sourire et elle répondit par un signe de tête. Avait-elle vu de l’or briller dans ses yeux ? Peut-être n’était-ce qu’un reflet, se dit-elle en pénétrant dans le Parc César. Quoi qu’il en soit, ce problème devrait attendre. C’était l’heure du briefing.
Eleanor Jacobsen entra immédiatement dans le vif du sujet, comme à son habitude.
— Comme vous le savez, nous sommes ici, à titre non officiel, pour enquêter sur les rumeurs qui font état d’une nouvelle génération de mutants. Personnellement, je ne crois pas à ces rumeurs. Cependant, je ne veux rien sous-estimer tant que ce voyage n’aura pas touché à sa fin. Nous commencerons avec la visite ce matin des laboratoires d’épissage génétique du Dr Ribeiros. Il va de soi qu’officiellement nous représentons les intérêts de la recherche médicale américano-japonaise, qui prospecte pour agrandir son espace expérimental. Après le déjeuner, M. Craddick, le révérend M. Horner et moi-même rencontrerons le Dr Ribeiros pour nous informer des capacités de son laboratoire à effectuer pour nous des travaux à forfait. Entretemps, je ne saurais trop recommander aux autres de mettre ces instants à profit pour explorer la bibliothèque et les salles de recherche du laboratoire. Rappelez-vous, nous ne pouvons nous permettre de froisser les Brésiliens. Soyez prudents. Nous nous reverrons à quatre heures pour comparer nos observations. Des questions ?
En voulant retenir la pile de disquettes qu’elle transportait dans ses bras, Mélanie se pencha un peu trop de côté, et les dix premiers volumes de l’Histoire de la civilisation tombèrent bruyamment sur le sol de la bibliothèque universitaire, aussitôt rejoints par son sac, son manteau et la cartouche. Elle regarda le tas à ses pieds et lâcha un soupir sonore.