Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
» Ceux-ci avaient fait sécession de l’Empire séleucide. En l’an 209 avant l’ère chrétienne, le roi Antiochos III a traversé l’Asie centrale pour reconquérir ces riches territoires. Il a battu son rival Euthydème Ier et assiégé Bactres, sa capitale, malheureusement sans succès. Au bout de deux ans, il a levé le siège, fait la paix avec le rebelle puis est parti vers le sud afin d’imposer sa puissance à l’Inde – quoique, là encore, sa campagne se soit conclue par un traité plutôt que par des conquêtes. Bien que le siège de Bactres ait été aussi célèbre en son temps que celui de Belfort l’a été dans ma France chérie, aucun récit détaillé n’en a survécu par la suite.
» Eh bien, le coffret trouvé par notre soldat russe contenait un papyrus dont le texte était encore en grande partie déchiffrable. La datation au carbone 14 a permis d’établir son authenticité. Il est rapidement apparu que nous avions affaire à une lettre adressée par Antiochos à un subordonné en poste au sud-ouest de la région. Le messager et son escorte ont sans doute été victimes de bandits des grands chemins. Le coffret s’est retrouvé enfoui sous la terre, après que les brigands l’eurent jeté en constatant qu’il ne contenait rien de précieux, et l’aridité du climat a contribué à sa bonne conservation. »
Shalten acheva son thé aromatisé et se dirigea vers la cuisine pour s’en préparer un autre. Everard s’exerça à la patience.
« Que disait cette dépêche ?
— Vous aurez l’occasion d’en examiner une copie. En résumé, Antiochos y raconte comment, alors qu’il arrivait aux portes de Bactres, Euthydème et son fils, le courageux Démétrios, ont tenté une sortie. Leur escadron a ouvert une brèche dans l’armée syrienne, mais celle-ci l’a repoussé et les Bactriens sont retournés à l’abri de leurs remparts. Si cette manœuvre avait réussi, peut-être auraient-ils gagné la guerre sur-le-champ. Mais le coup était risqué. À en croire la lettre, Euthydème et Démétrios menaient eux-mêmes la charge, et ils ont failli être occis lorsque Antiochos a contre-attaque. Un fait de guerre des plus hardis, dont vous apprécierez sûrement la relation. »
Everard, qui avait vu des hommes se vider de leur sang et de leurs tripes sur le champ de bataille, se contenta de demander : « À qui était destinée cette dépêche ?
— Le texte ne permet pas de le dire avec certitude. Sans doute à un général, chargé de gouverner le royaume « allié » de Gédrosie situé sur le golfe Persique, ou bien à un satrape placé à la tête d’une province orientale… Quoi qu’il en soit, Antiochos conclut de cet incident que la guerre ne pourra pas être gagnée rapidement et retarde son projet de marche sur l’Inde. Un projet auquel il a fini par renoncer, du reste.
— Je vois. » La pipe d’Everard s’était éteinte. Il vida le fourneau de ses cendres et craqua une allumette. « Cette sortie et l’escarmouche qui a suivi… ce n’était pas un incident ordinaire, je présume.
— Précisément. Le professeur Soloviev développe cette idée dans son article de la Literaturnaya Gazeta, et c’est cela qui a enflammé les imaginations. »
Il aspira une bouffée de tabac, avala une gorgée de thé et poursuivit : « Antiochos III est connu sous le sobriquet d’Antiochos le Grand. Après avoir hérité d’un empire en déréliction, il l’a remis sur pied et lui a restitué toute la puissance qu’il avait perdue ou quasiment. Ptolémée IV l’a battu à Raphia, ce qui lui a valu de perdre la Phénicie et la Palestine, mais il a reconquis ces territoires par la suite. Il a soumis les Parthes. Ses campagnes l’ont conduit jusqu’en Grèce. Hannibal a trouvé refuge auprès de lui à l’issue de la Deuxième Guerre punique. Les Romains ont fini par le vaincre et il a légué à son fils un domaine bien diminué, mais qui demeurait néanmoins considérable. Ses innovations en matière culturelle et judiciaire ne furent pas moins importantes. Son règne fut très fertile. »
Everard faillit évoquer la vie amoureuse d’Antiochos, mais se retint. « Vous voulez dire que s’il avait été tué devant Bactres…
— La dépêche ne permet pas de conclure qu’il a couru un quelconque danger. On ne peut en dire autant de ses ennemis, à savoir Euthydème et Démétrios. Et bien que leur pays soit destiné à sombrer dans une relative obscurité, leur résistance a changé le cours de la carrière d’Antiochos. »
Shalten vida sa pipe de ses cendres, la posa dans un coin, joignit les mains derrière le dos et poursuivit sa conférence improvisée ; Everard sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine.
« Dans son article, le professeur Soloviev spécule assez longuement sur ce point, fort de son autorité d’historien reconnu. Sa thèse a séduit l’imagination des rêveurs du monde entier. Une thèse des plus intriguante. Rendue plus populaire encore par les circonstances romantiques de cette découverte. Sans parler de la remise en question, certes subtile, du déterminisme marxiste à laquelle se livre le cher professeur. Il sous-entend qu’un banal accident – la mort d’un souverain au cours d’une bataille, par exemple – suffit à décider du futur. Que cet article puisse être publié, et dans une revue aussi connue, voilà qui est en soi-même sensationnel. L’un des premiers exemples de la glasnost tant vantée par monsieur Gorbatchev. Il est naturel que cela ait attiré l’attention du monde entier.
— Eh bien, il me tarde de lire cet article », commenta Everard, presque machinalement. Il avait l’impression que venait de se lever un vent violent porteur de l’odeur du tigre mangeur d’hommes. « Mais cette hypothèse tient-elle vraiment la route ?
— Supposons que la Bactriane tombe dans l’escarcelle d’Antiochos. Du coup, il dispose des ressources nécessaires pour partir en campagne dans l’ouest de l’Inde. S’il réussit à conquérir cette région, cela renforce sa position vis-à-vis de l’Égypte et surtout de Rome. On l’imagine sans peine reconquérant les territoires qu’il a perdus au nord du Taurus et aidant Carthage à survivre à la Troisième Guerre punique. Bien qu’il soit lui-même tolérant, l’un de ses descendants a tenté d’écraser le judaïsme en Palestine, comme on le lit dans les livres des Maccabées. Si ce roi avait disposé du pouvoir suprême en Asie Mineure, sa tentative aurait sans doute été couronnée de succès. Conséquence : jamais le christianisme ne serait né. Du coup, le monde qui nous a donné naissance, à vous et à moi, ne serait plus qu’un spectre, un potentiel non réalisé, dont une Patrouille du temps parallèle aurait pour mission de prévenir l’émergence. »
Everard laissa échapper un sifflement. « Ouais. Et des Exaltationnistes qui se seraient débrouillés pour être dans les bonnes grâces d’Antiochos – et pour réapparaître quelques générations plus tard chez les Séleucides – auraient tous les atouts nécessaires pour créer un monde à leur convenance, n’est-ce pas ?
— Une telle possibilité ne manquerait pas de leur venir à l’esprit, opina Shalten. Ainsi que nous le savons, ils commenceront par frapper en Phénicie. Après l’échec de cette opération, il y a des chances pour que les survivants se souviennent de la Bactriane. »
209 av. J.C.
Dans un fracas et un rugissement qui semblèrent durer des heures, l’armée du roi Euthydème entra dans la Cité du Cheval. Au sud, la terre disparaissait sous le nuage de poussière soulevé par les pieds et les sabots, agité par le tumulte du vent et des soldats. À l’horizon, on ne voyait rien de l’arrière-garde bactrienne qui tenait tête aux troupes syriennes. On entendait sonner les cornes, battre les tambours, gémir les chevaux et les bêtes de somme, grincer les voix des hommes.