La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Quant au déluge, les critiques y voient un des cataclysmes naturels des premiers âges du monde, et ils prétendent qu’il y eut plusieurs cataclysmes régionaux de ce genre; car les Grecs ont le déluge de Deucalion, qui ne ressemble pas à celui de Noé; les Egyptiens ont la submersion de l’Ile Atlantide, différente aussi du déluge juif; chez les Chaldéens, la grande catastrophe est l’inondation du Pont-Euxin, avec un sauvetage opéré par le roi Xissutre. Si le déluge avait été universel, osent dire les critiques, le nom de Noé aurait été universel aussi, et ce sont les noms de Deucalion et du roi Xissutre qui ne se trouveraient nulle part. Et rien n’est plus extraordinaire qu’Hésiode et Homère, qui parlent de tout, n’aient pas dit un mot d’Adam et de Noé, l’un, père du genre humain, l’autre, tige de toutes les races.
Il faut avouer qu’une telle réticence est sans exemple; car on ne peut, décemment, accuser le divin pigeon d’avoir poussé la fumisterie jusqu’à donner au premier homme et au sauveur de l’espèce humaine noyée des noms de pure fantaisie, dépourvus de toute authenticité.
5. Heureuse vie d’un patriarche bien-aimé
On se rappelle, sans doute, que Jéhovah avait arrêté que la vie des hommes ne dépasserait plus six fois vingt ans (6:3). En dépit de ce décret, Sem s’obstina à vivre six cents ans (11:11); Arphaxad, quatre cent trente-huit ans (v. 13); Salé, quatre cent trente-trois ans (v. 15); Héber, quatre cent soixante-quatre ans (v. 17); Phaleg et Réhu, chacun deux cent trente-neuf ans (v. 19-21); Saroug, deux cent trente ans (v. 23); Nachor, cent quarante-huit ans (v. 25); Tharé, deux cent cinq ans (v. 32). Ces huit descendants de Sem nous mènent à Abraham, qui allait jouer un rôle considérable dans la légende du peuple juif.
La Genèse ne dit pas pourquoi papa Bon Dieu s’enticha de cet Abraham, nommé d’abord Abram, fils de Tharé. Il vivait en un pays nommé Caran, lorsque Jéhovah parut devant lui un beau matin et lui ordonna brusquement, mais amicalement, de faire ses malles.
«L’Éternel dit à Abram: Sors de ton pays et de ton parentage, et de la maison de ton père, et viens au pays que je te montrerai. — Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je magnifierai ton nom, et tu seras bénédiction. — Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai ceux qui te maudiront, et, toutes les familles de la terre seront bénies en toi.» (12:1-3)
Abram, alors âgé de soixante-quinze ans, ne demanda aucune explication, réalisa les biens qu’il avait acquis, et se mit en voyage, sans savoir au juste où il allait, emmenant sa femme Saraï, son neveu Loth et sa femme Édith, et quelques domestiques.
La caravane eut d’abord deux cents lieues à faire pour rechercher le pays de Canaan, que Dieu tenait à montrer à Abram, afin de le régaler d’une prophétie; il lui promit, en effet, que ce territoire appartiendrait un jour à sa postérité. Nos voyageurs marchaient, marchaient toujours, à travers des plaines sablonneuses où n’existait aucune végétation. Pour ranimer sa foi et son courage, le patriarche nomade élevait un autel dans le désert et priait le Très-Haut de le faire arriver au plus tôt à destination; car cette longue excursion lui usait par trop la plante des pieds, ainsi qu’à toute sa famille.
Après avoir traversé le pays de Canaan, ceux de Béthel et d’Haï, la caravane s’avança vers le midi; enfin, on arriva en Egypte.
«Et, comme Abram était près d’entrer en Égypte, il dit à Saraï, sa femme: Voici, je sais que tu es une belle femme; — et, quand les Égyptiens t’auront vue, ils me tueront et ils te garderont. — Dis donc, je te prie, que tu es ma sœur, afin que je sois bien traité à cause de toi et que mon âme vive à cause de ta grâce. — Il arriva donc, sitôt qu’Abram fut venu en Egypte, que les Égyptiens virent que cette femme était fort belle. — Les principaux de la cour du Pharaon la virent aussi, et, devant le roi, ils firent l’éloge de sa beauté; et elle fut enlevée dans le palais du Pharaon; — lequel fit du bien à Abram à cause d’elle; de sorte qu’il obtint des brebis, des bœufs, des ânes, des serviteurs, des servantes, des ânesses et des chameaux.» (12:11-16)
Cette aventure est édifiante. L’Écriture Sainte n’a pas un mot de blâme pour l’Alphonse patriarcal. Des commentateurs ont censuré sévèrement la conduite d’Abraham; mais saint Augustin l’a défendue dans son livre contre le mensonge. Notons, en passant, que Saraï avait alors soixante-cinq ans; ni l’âge ni les fatigues du long voyage à travers le désert ne parvinrent à diminuer sa beauté; c’est merveilleux! Plus tard, quand elle aura quatre-vingt-dix ans, nous la verrons enlevée encore par un autre roi, et toujours à cause de sa beauté.
Le Pharaon se payait donc la superbe vieille et ne croyait aucunement cornifier un mari. Patatrac! l’œil de Dieu aperçut ce qui se passait au sérail égyptien.
«Alors l’Éternel frappa de grandes plaies le Pharaon et les gens de sa maison, à cause de Saraï. — Le Pharaon appela donc Abram et lui dit: Pourquoi as-tu agi ainsi? pourquoi ne m’as-tu pas dit que c’était ta femme? — Tu m’as dit, au contraire: C’est ma sœur; et j’en avais fait ma femme. Mais maintenant, voici ta femme, reprends-la, et va-t’en. — Et le Pharaon donna des ordres à ses gens; et Abram, sa femme, et tout ce qui lui appartenait, furent reconduits.» (12:17-20)
Voilà notre Abram de nouveau en route. «Il était très riche en bétail, en argent et en or» (13:2); il n’avait rien rendu au Pharaon, parbleu! «Et il s’en retourna par le même chemin qu’il était venu, du midi jusqu’à Béthel» (13:3).
Au cours de cette nouvelle pérégrination, survint une querelle entre les bergers d’Abram et ceux de Loth. L’oncle et le neveu se séparèrent, tout en demeurant les meilleurs amis du monde. Abram décida de demeurer au pays de Canaan, tandis que Loth, se rendant dans la plaine du Jourdain, se fixa à Sodome, où il dressa ses tentes.
A quelque temps de là, une guerre éclata entre divers rois, parmi lesquels celui de Sodome, et, dans la bagarre, Loth fut fait prisonnier. L’oncle Abram, qui avait déménagé encore une fois, ayant transporté ses tentes en Hébron, apprit la triste nouvelle; une sainte indignation remplit son cœur; il résolut donc de délivrer Loth.
On vit alors ce que peut la vaillance d’un patriarche. Ce nomade, qui n’avait pas un pouce de terre dans le pays, tenait sous ses ordres un grand nombre de domestiques, paraît-il; car «il en choisit trois cent dix-huit, qu’il arma», et, avec cette poignée de valets, il tailla en pièces les armées des quatre rois les plus puissants de la contrée: «Amraphel, roi de Sennaar, Arioch, roi de Pont, Chodorlahomor, roi des Elamites, et Thadal, roi des nations»; excusez du peu!… La victoire fut telle, qu’il «poursuivit les quatre monarques jusqu’à Dan», qui n’était pas encore bâti;
«et, ayant partagé ses serviteurs, il se jeta encore sur les rois durant la nuit, les battit et les poursuivit jusqu’à Hobar, à la gauche de Damas; et il ramena tout un riche butin, il ramena même Loth, et les femmes, et tout le peuple.» (14:1-16)
Or, les années s’écoulaient, et Abram était navré; il se demandait comment il aurait une postérité, comment se réaliseraient les promesses divines, en vertu desquelles il devait être le père d’une grande nation.