Un lieu incertain
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #6
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions 84
- ISBN: 978-2290023501
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Un lieu incertain». Краткое содержание книги:
— J’ai remis la main sur Émile Feuillant, commandant Deux balles dans le corps, il est à l’hôpital. L’agression a eu lieu avant vingt-trois heures à vingt kilomètres de Châteaudun, en pleine campagne. Localisez-moi Pierre Vaudel, vérifiez s’il est rentré.
— Normalement oui, commissaire. Il a dû arriver à Avignon vers dix-neuf heures ce soir.
— Mais nous n’en sommes pas sûrs, ou je ne vous demanderais pas de vérifier. Faites-le maintenant, avant qu’il n’ait le temps de se rapatrier. Pas par appel téléphonique, il a pu faire basculer sa ligne. Envoyez les flics d’Avignon sur place.
— Sous quel motif ?
— Vaudel est toujours sous contrôle, avec interdiction de quitter le territoire.
— Il n’a rien à gagner à tuer Émile. Selon le testament, la part d’Émile échoit à la mère s’il décède.
— Mordent, je vous demande de vérifier et de me retourner l’information. Appelez-moi dès que c’est fait.
Adamsberg sortit les habits d’Émile, extirpa le pantalon collé de sang, attrapa le papier dans la poche arrière droite, intact. Plié en huit et calé tout au fond. L’écriture était aiguë et bien formée, celle de Vaudel père. Une adresse à Cologne, Kirchstrasse 34, pour Mme Abster. Puis : Bewahre unser Reich, widerstehe, auf dass es unantastbar bleibe. Suivi d’un mot incompréhensible noté en lettres majuscules : КИСЕЉЕВО. Vaudel aimait une dame allemande. Ils avaient un mot à eux, comme en créent les adolescents.
Adamsberg fourra le papier dans sa propre poche, déçu, s’allongea sur la banquette et s’endormit dans l’instant, à peine le temps de sentir que Cupidon s’était installé contre son ventre, la tête posée sur sa main.
XIV
On frappait des coups contre la vitre. Un gars en blouse blanche criait des trucs au-dehors en lui faisant des signes. Adamsberg se redressa sur un coude, abruti, les genoux douloureux.
— Un problème ? demandait l’homme, tendu. Elle est à vous cette bagnole ?
À la lumière du jour — Adamsberg le constata d’un coup d’œil —, la voiture présentait en effet tous les aspects d’un véritable problème. Lui tout d’abord, ses mains couvertes de sang séché, ses habits terreux et chiffonnés. Le chien ensuite, le museau barbouillé d’avoir léché les blessures, les poils collés. Le siège avant droit souillé, les habits d’Émile en paquet sanglant et, éparpillés, des boîtes de conserve, des morceaux de biscuits, le cendrier vide, le couteau. Au sol, le pack de vin écrasé et son revolver. Une porcherie de criminel en fuite. Un autre homme rejoignit le gars en blouse blanche, très grand, très brun et sur l’offensive.
— Désolé, dit-il, mais on est obligés d’intervenir. Mon collègue appelle la police.
Adamsberg tendit la main vers la portière pour en baisser la vitre, consultant ses montres au passage. À peu près neuf heures du matin, nom de Dieu, et rien ne l’avait réveillé, pas même l’appel de Mordent.
— N’essayez pas de sortir, prévint le plus grand en s’appuyant contre la portière.
Adamsberg sortit sa carte et la colla contre la fenêtre, attendant que le doute gagne les deux infirmiers. Puis il abaissa la vitre et leur mit sa carte en main.
— Police, dit-il. Commissaire Adamsberg, Brigade criminelle. J’ai amené un homme blessé par halles vers une heure quinze du matin. Émile Feuillant, vérifiez.
Le plus petit composa un numéro à trois chiffres et s’éloigna pour parler.
— OK, dit-il, ils confirment. Vous pouvez sortir.
Adamsberg fit jouer ses genoux et ses épaules sur le parking, frotta sommairement sa veste.
— On dirait qu’il y a eu du grabuge, dit le grand, soudain curieux. Vous êtes dans un sale état. On ne pouvait pas deviner.
— Désolé. Je me suis endormi sans m’en rendre compte.
— On a des douches et de quoi se restaurer, si vous le souhaitez. En revanche, continua-t-il en considérant son allure et peut-être Adamsberg lui-même, pour le reste, on ne peut rien faire.
— Merci, j’accepte l’offre.
— Mais le chien ne peut pas entrer.
— Je ne peux pas l’emporter pour le laver ?
— Désolé.
— Très bien. Je me gare à l’ombre et je vous rejoins.
En contraste avec l’air extérieur, la puanteur de la voiture était saisissante. Adamsberg remplit le cendrier d’eau, sortit des biscuits, expliqua à Cupidon qu’il allait revenir, reprit son arme et son holster. C’était une des voitures préférées de Justin le méticuleux, et il avait intérêt à la récurer jusqu’à l’os avant de la remettre en service.
— Ce n’est pas de ta faute mais tu pues, dit-il au chien. Cependant tout pue ici, et moi aussi. Donc ne t’en fais pas.
Sous la douche, Adamsberg réalisa qu’il n’avait pas intérêt à laver Cupidon. Il sentait le chien mais il sentait aussi la boue de la ferme et, subtilement, le crottin. Il y en avait peut-être des parcelles accrochées à ses poils. Il enfila ses vêtements sales mais frottés au mieux, et rejoignit la salle des infirmiers. Le café attendait dans le thermos, il y avait de la confiture et du pain.
— On a pris de ses nouvelles, dit le grand infirmier brun, qui s’appelait André, d’après le badge épinglé à son revers. Un solide apparemment, il avait perdu beaucoup de sang. Estomac perforé, psoas iliaque déchiré mais la balle a rasé l’os sans le casser. Tout s’est bien passé, pas de problème en vue. On a voulu le tuer ?
— Oui.
— Bien, dit l’infirmier avec une sorte de satisfaction.
— Dans combien de temps pourra-t-on le transporter ? Je dois le faire transférer.
— Quelque chose qui ne va pas avec notre hôpital ?
— Au contraire, dit Adamsberg en finissant son café. Mais celui qui a voulu le tuer, c’est ici qu’il va le chercher.
— Pigé, dit André.
— Et personne n’est autorisé à lui rendre visite. Pas de fleurs non plus, pas de cadeaux. Rien ne rentre dans sa chambre.
— Pigé, comptez sur moi. Le stomaco-intestinal, c’est mon couloir. Je suppose que le médecin autorisera un transfert d’ici deux jours. Demandez le Dr Lavoisier.
— Lavoisier comme Lavoisier ?
— Vous le connaissez ?
— S’il était à Dourdan il y a trois mois, oui. Il a sorti un de mes lieutenants du coma.
— Il vient d’être muté chirurgien-chef ici. Vous ne pourrez pas le voir aujourd’hui, il a eu quatre opérations cette nuit, il est au repos.
— Parlez-lui de moi — de Violette Retancourt surtout, vous vous souviendrez ? — et dites-lui de veiller sur cet Émile et de lui trouver un point de chute en toute discrétion.
— Pigé, répéta l’infirmier. On va vous le garder, cet Émile. Mais il a sacrément l’air d’un emmerdeur.
— Il l’est, confirma Adamsberg en lui serrant la main.
Adamsberg ralluma son portable sur le parking. Plus de batterie. Il revint vers l’hôpital, composa le numéro de la Brigade depuis l’appareil public. Le brigadier Gardon était à l’accueil, un peu sot, toujours zélé, le cœur sur la main, pas constitué pour le métier.
— Mordent est dans les locaux ? Passez-le-moi, Gardon.
— Si je puis me permettre, commissaire, allez-y doucement. Sa fille s’est cogné la tête contre le mur jusqu’au sang cette nuit. Rien de grave mais le commandant est comme un zombie.
— À quelle heure ça s’est passé ?
— Vers quatre heures, je crois. C’est Noël qui me l’a dit. Je vous passe le commandant.