Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Un lieu incertain - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Un lieu incertain

Электронная книга - «Un lieu incertain». Краткое содержание книги:

Le commissaire Adamsberg pensait que ces trois jours à Londres se résumeraient à ce colloque de flics auquel on l'avait convié. Il se trompait. Dix-huit chaussures sont retrouvées soigneusement alignées en face des portes du cimetière de Highgate. À l’intérieur, dix-huit pieds coupés. Une question demeure : à qui appartiennent-ils ? De retour en France, un terrible massacre ébranle la banlieue parisienne et fait travailler les méninges d’Adamsberg. Il ne se doutait pas que ces deux affaires l’emmèneraient si loin…
1 ... 23 24 25 26 27 28 29 30 31 ... 79
Перейти на страницу:

Adamsberg n’avait pas le temps de tout saisir et il leva une main inutile pour suspendre le flot du rapport. Concentré, Danglard poursuivait.

— Le rachis a subi un traitement différencié, les sacrées et les cervicales sont nettement plus attaquées que les lombaires et dorsales. Parmi les cervicales, il ne reste pratiquement rien de l’atlas et de l’axis. L’hyoïde est préservé, les clavicules à peine touchées.

— Suspension, Danglard, interrompit Adamsberg, observant de l’égarement sur les visages, certains ayant déjà abandonné la partie. On va dessiner cela, ce sera plus clair pour tout le monde.

Adamsberg excellait en dessin, capable de tout faire surgir de sa main en quelques traits désinvoltes et accomplis. Il passait de longs moments à griffonner, debout, sur un carnet ou sur un papier plaqué sur sa cuisse, à la mine de plomb, à l’encre ou au fusain. Ses esquisses et crayonnés traînaient un peu partout dans les bureaux, le commissaire les abandonnant au fil de ses allées et venues. Certains, admiratifs, s’en emparaient discrètement — ainsi Froissy, Danglard ou Mercadet, mais aussi Noël, qui ne l’aurait jamais avoué. Adamsberg traça rapidement sur le tableau blanc les contours d’un corps et de son squelette, un de face, un de dos, et passa deux feutres à Danglard.

— Marquez en rouge les parties les plus massacrées, en vert les moins abîmées.

Danglard illustra ce qu’il venait d’exposer, puis ajouta du rouge sur le crâne et sur les organes génitaux, du vert sur les clavicules, les oreilles, les fessiers. Une fois le dessin coloré, il exprimait une logique aberrante mais certaine, démontrant que le tueur avait choisi de détruire ou d’épargner de manière non aléatoire. Et le sens de cette extravagance n’était pas accessible.

— Du côté des organes, on retrouve aussi une sélection, reprit Danglard. Les intestins, l’estomac, la rate n’ont pas intéressé le tueur, pas plus que les poumons ni les reins. Il s’est focalisé sur le foie, le cœur et la cervelle, dont une partie a été brûlée dans la cheminée.

Danglard dessina trois flèches partant du cerveau, du cœur et du foie, les sortant hors du corps.

— C’est une destruction de son esprit, hasarda Mercadet, rompant le silence un peu hébété des agents, dont les regards étaient accrochés aux dessins.

— Le foie ? dit Voisenet. Pour toi, le foie, c’est de l’esprit ?

— Mercadet n’a pas tort, dit Danglard. Avant la chrétienté, mais plus tard aussi, on concevait plusieurs âmes dans le corps, le spiritus, Vanimus et l’anima. Esprit, âme et mouvement, qui pouvaient loger dans différentes parties du corps comme, justement, le foie et le cœur, sièges de la crainte et de l’émotion.

— Ah bon, concéda Voisenet, tant il était admis que le savoir de Danglard n’était pas contestable.

— Pour la destruction des articulations, dit Lamarre avec sa raideur habituelle, ce serait pour que le corps ne fonctionne plus ? Comme on casserait des rouages ?

— Et les pieds ? Pourquoi les pieds et pas les mains ?

— Pareil, dit Lamarre. Pour qu’il ne marche pas ?

— Non, dit Froissy. Ça n’explique pas le pouce du pied. Pourquoi détruit-il surtout le pouce ?

— Mais qu’est-ce qu’on fabrique ? demanda Noël en se levant. Qu’est-ce qu’on fabrique à chercher de bonnes raisons plausibles à ce merdier ? Il n’y a pas de bonne raison. Il y a celle du tueur et on ne peut pas en avoir la moindre idée, pas la moindre sensation.

Noël se rassit et Adamsberg acquiesça.

— C’est comme le type qui a mangé son armoire.

— Oui, approuva Danglard.

— Pour quoi faire ? demanda Gardon.

— Justement. On ne sait pas.

Danglard revint vers le tableau et dégagea une nouvelle feuille de papier vierge.

— Pire, reprit-il, le tueur n’a pas disposé les éléments n’importe comment. Le Dr Romain avait raison, il les a dispersés. Ce serait fastidieux de tout dessiner, vous verrez la répartition spatiale dans le rapport. Mais pour vous donner un exemple, une fois les cinq métatarsiens du pied disjoints et écrasés, le tueur les a jetés aux quatre coins de la pièce. De même pour chaque partie du corps, deux bouts ici, un bout là, un autre ailleurs, deux autres sous le piano.

— C’est peut-être un tic, dit Justin. Ou un toc. Le gars jette en rond tout autour de lui.

— Il n’y a pas de bonne raison, répéta Noël en grondant. On perd notre temps, ça ne sert à rien d’interpréter. Le tueur est en rage, il démolit tout, il s’acharne ici ou là, on ne sait pas pourquoi et on s’en tient là. À l’ignorance.

— Une rage capable de brûler pendant des heures, précisa Adamsberg.

— Justement, dit Justin. Si sa colère ne s’éteint pas, c’est peut-être la raison du carnage. Le tueur ne sait pas s’arrêter, il veut poursuivre et poursuivre, alors ça finit en purée. C’est comme un gars qui boit jusqu’à tomber par terre.

Qui gratte sa piqûre d’araignée, pensa Adamsberg.

— On va passer au matériel, dit Danglard.

Un appel l’interrompit, le commandant s’éloigna presque vivement, écrasant le téléphone contre son oreille. Abstract, diagnostiqua Adamsberg.

— On l’attend ? demanda Voisenet.

Froissy remua sur sa chaise. Le lieutenant s’alarmait pour l’heure du déjeuner — quatorze heures trente-cinq déjà —, elle se recroquevillait sur son siège. Chacun savait que l’idée de manquer un repas déclenchait chez elle une réaction de panique, et Adamsberg avait demandé aux agents d’être vigilants sur ce point car, trois fois au cours de missions, Froissy s’était évanouie de peur.

XVI

On se regroupa dans le petit bar crasseux au bout de la rue, Le Cornet à dés, car à cette heure-ci l’élégante Brasserie des Philosophes qui lui faisait face ne servait plus, ne fonctionnant qu’aux heures conventionnelles. Selon son humeur et son fric, on pouvait, rien qu’en traversant la rue, opter pour la vie bourgeoise ou ouvrière, se penser riche ou pauvre, choisir le thé ou le ballon de rouge.

Le patron distribua quatorze sandwiches — il ne restait que du gruyère, on n’avait pas le choix — et autant de cafés. Il posa d’office trois carafes de rouge sur la table, il n’aimait pas les clients qui refusaient son vin, dont l’origine était par ailleurs inconnue. Danglard disait que c’était un mauvais côtes-du-rhône, et on le croyait.

— Le peintre qui s’est tué en prison ? Vous avez avancé ? demanda Adamsberg.

— Pas eu le temps, dit Mordent, qui repoussait son sandwich. Mercadet s’y met cet après-midi.

— Le crottin, les poils, le mouchoir, les empreintes, qu’est-ce qu’ils ont dit ?

— Ce sont deux crottins différents, c’est exact, dit Justin. Celui d’Émile ne correspond pas aux boulettes de la pièce.

— On prélèvera sur le chien pour comparaisons, dit Adamsberg. Neuf chances sur dix qu’Émile ait rapporté ce crottin de la ferme.

1 ... 23 24 25 26 27 28 29 30 31 ... 79
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)