Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
�Mais je n'ai point observ� que le prince f�t inf�rieur au d�bardeur ni le g�n�ral au sergent, ni le chef aux man�uvres quoi qu'ils fussent plus amples dans l'usage des biens. Et ceux qui b�tissent des remparts de bronze, je ne les ai point trouv�s inf�rieurs � ceux qui alignent leurs murs de boue. Je ne refuse point l'escalier des conqu�tes qui permet � l'homme de monter plus haut. Mais je n'ai point confondu le moyen et le but, l'escalier et le temple. Il est urgent qu'un escalier permette d'acc�der au temple sinon il restera d�sert. Mais le temple est seul important. Il est urgent que l'homme subsiste et trouve autour de soi les moyens de grandir. Mais il ne s'agit l� que de l'escalier qui m�ne � l'homme. L'�me que je lui b�tirai sera basilique car elle seule est importante.
�Alors je vous condamne non de favoriser l'usuel. Mais de le prendre comme fin. Car, certes, sont urgentes les cuisines du palais mais en fin de compte le palais compte seul que les cuisines doivent servir. Et je vous convoque pour vous demander:
�Montrez-moi la part importante de votre travail?� Et vous demeurez devant moi muets.
�Et vous me dites: �Nous r�pondons aux besoins des hommes. Nous les abritons.� Oui, comme l'on r�pond aux besoins du b�tail que l'on installe dans l'�table sur sa liti�re. Et l'homme, certes, a besoin de murs pour s'y enterrer et devenir comme la semence. Mais il a besoin aussi de la grande Voie Lact�e et de l'�tendue de la mer, malgr� que ni les constellations ni l'oc�an ne lui servent de rien dans l'instant. Car qu'est-ce que servir? Et j'en connais qui ont longuement et durement gravi la montagne, s'�corchant aux genoux et aux paumes, s'usant dans leur ascension, pour gagner avant l'aube la cime et s'abreuver de la profondeur de la plaine bleue encore, comme l'on cherche l'eau d'un lac pour y boire. Et ils s'asseyent et ils regardent une fois l�, et ils respirent. Et le c�ur leur bat joyeusement, et ils y trouvent un rem�de souverain � leurs d�go�ts.
�Et j'en connais qui cherchent la mer au pas lent de leur caravane et qui ont besoin de la mer. Et qui, lorsqu'ils arrivent sur le promontoire et dominent cette �tendue pleine de silence et d'�paisseur et qui interdit � leurs regards ses provisions d'algues ou de coraux, respirent l'�cret� du sel et s'�merveillent d'un spectacle qui ne leur sert de rien dans l'instant, car on ne saisit point la mer. Mais ils sont lav�s dans leur c�ur de l'esclavage des petites choses. Peut-�tre assistaient-ils avec �c�urement, comme de derri�re les barreaux d'une prison, � la bouilloire, aux ustensiles de m�nage, aux plaintes de leurs femmes, � la gangue journali�re, laquelle peut �tre visage lu � travers et sens des choses, mais parfois devenir tombeau et s'�paissir et enfermer.
�Alors ils prennent des provisions d'�tendue et rapportent chez eux la b�atitude qu'ils y ont trouv�e. Et la maison est chang�e de ce qu'il existe quelque part la plaine au lever du jour et la mer. Car tout s'ouvre sur plus vaste que soi. Tout devient chemin, route et fen�tre sur autre chose que soi-m�me.
�Alors ne me pr�tendez pas que vos murs usuels lui suffisent, car si l'homme n'avait jamais vu les �toiles et s'il �tait en votre pouvoir de lui b�tir une Voie Lact�e aux trav�es g�antes � condition d'engloutir une fortune dans l'�tablissement d'une telle coupole, iriez-vous me dire que cette fortune serait g�ch�e dans son usage?
�Et c'est pourquoi je vous le dis: Si vous b�tissez le temple inutile puisqu'il ne sert ni � la cuisson, ni au repos, ni � l'assembl�e des notables, ni aux r�serves d'eau, mais simplement � l'agrandissement du c�ur de l'homme, et au calme des sens, et au temps qui m�rit, car il est tout semblable � un cellier du c�ur o� l'on s'installe pour baigner quelques heures dans la paix �quitable et l'apaisement des passions et la justice sans d�sh�rit�s, si donc vous b�tissez un temple o� la douleur due aux ulc�res devient cantique et offrande, o� la menace de mort devient port entrevu dans les eaux enfin calmes, croiriez-vous avoir g�ch� vos efforts?
�Si pour ceux-l� qui se d�chirent les mains � man�uvrer les voiles les jours de temp�te, et qui bourlinguent durement nuit et jour et ne sont plus que chair vive durement gratt�e par le sel, s'il �tait possible de les recevoir de temps � autre dans les eaux calmes et lumineuses d'un port, l� o� il n'est plus ni mouvement, ni heurt, ni effort, ni �pret� du combat, mais silence des eaux que froisse � peine l'arriv�e quand le grand vaisseau court sur son erre, croirais-tu avoir g�ch� ton travail? Car elle leur est douce, cette eau de citerne, apr�s toutes ces chevelures qui courent sur le poitrail des vagues, toutes ces crini�res de la mer.
�Et voil� ce qu'il t'est possible d'offrir � l'homme et qui ne d�pend que de ton g�nie. Car tu construis le go�t de l'eau du port et du silence et des esp�rances merveilleuses par le seul arrangement de tes pierres.
�Alors ainsi ton temple les sollicite et ils vont s'essayer dans son silence. Et ils s'y d�couvrent. Car autrement il ne serait pour les solliciter que les boutiques. Rien d'autre ne serait appel� en eux que l'acheteur par les marchands. Et ils ne na�traient point dans leur grandeur. Et ils ne conna�traient point leur �tendue.
�Certes, me diras-tu, ces boutiquiers gras sont combl�s et ils ne demandent rien d'autre. Mais il est facile de combler celui-l� qui n'a point d'espace dans le c�ur.
�Et certes, vos travaux, un stupide langage les pr�sente comme inutiles. Mais que le comportement des hommes d�ment donc bien avec s�ret� ces raisonnements! Vous les voyez, les hommes, de toutes les contr�es du monde, courir � la recherche de ces r�ussites de pierre que vous ne fabriquez plus. Ces greniers pour l'�me et le c�ur. O� avez-vous vu l'homme �prouver le besoin de courir le monde pour visiter des entrep�ts? L'homme use, certes, des marchandises, mais il en use pour subsister et il se trompe sur lui-m�me s'il croit qu'il les souhaite d'abord. Car leurs voyages ont d'autres buts. Tu les as vus se d�placer, les hommes. As-tu consid�r� leurs buts? Sans doute parfois une baie bienheureuse ou quelque montagne v�tue de neige ou ce volcan qui s'�paissit de sa fiente, mais avant tout ces navires ensevelis qui seuls conduisaient quelque part.
�Ils en font le tour et la visite, r�vant, sans bien le savoir, d'y �tre embarqu�s. Car ils ne sont en route vers rien. Et ces temples ne re�oivent plus les foules et ne les emportent plus et ne les changent plus en race plus noble comme une chrysalide. Tous ces �migrants n'ont plus de navire et ils ne peuvent plus muer et, d'�mes d'abord pauvres et d�biles, se faire, au cours de cette travers�e � bord de navires de pierre, des �mes riches et g�n�reuses. C'est pourquoi tous ces visiteurs tournent autour du temple enseveli et visitent et cherchent et marchent sur les grandes dalles rayonnantes que l'usure des pas a lustr�es, �coutant retentir leurs seules voix dans le silence monumental, perdus dans la for�t des piliers de granit et croyant simplement comme des historiens, s'instruire, quand, aux battements de leurs c�urs ils pourraient comprendre que de pilier en pilier, de salle en salle, de nef en nef, ce qu'ils cherchent, c'est le capitaine et qu'ils sont tous l� grelottants de c�ur mais sans le conna�tre, appelant une aide qui ne vient pas, attendant une mue qui se refuse, renfonc�s comme ils sont en eux-m�mes parce qu'il n'est plus que des temples morts, � demi ensabl�s, parce qu'il n'est plus que des navires �chou�s dont la provision de silence et d'ombre est mal prot�g�e et qui font eau de toutes parts avec ces grandes trav�es de ciel bleu qui se montrent � travers les vo�tes �boul�es ou ce gr�sillement de sable � travers les br�ches des murs. Et ils ont faim d'une faim qui ne sera point rassasi�e�
�Ainsi, je vous le dis, vous b�tirez parce que la for�t profonde est bonne � l'homme et la Voie Lact�e et la plaine bleue domin�e du haut des montagnes. Mais qu'est-ce que l'�tendue de la Voie Lact�e et des plaines bleues et de la mer � c�t� de celle qu'offre la nuit au c�ur des pierres quand l'architecte a su les remplir de silence? Et vous-m�mes, vous les architectes, vous grandirez de perdre le go�t de l'usuel. Vous ne na�trez que de l'�uvre v�ritable � r�aliser, car celle-l� vous drainera puisqu'elle ne vous servira plus et vous contraindra de la servir. Et vous tirera hors de vous-m�mes. Car, comment na�trait-il de grands architectes � l'occasion d'ouvrages sans grandeur?