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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Hresh essaya d’imaginer à quoi ils pourraient ressembler. Certains auraient peut-être les yeux jaunes, ou une fourrure verte. Peut-être y aurait-il des hommes plus grands qu’Harruel, et leur chef pourrait être un jeune garçon, au lieu d’une femme. Pourquoi pas, puisque ce serait une tribu différente ? Ils feraient tout differemment. Au lieu d’un vieillard, ce seraient trois vieilles femmes qui tiendraient les chroniques sur des feuilles brillantes de verre végétal et parleraient à l’unisson. A cette idée, Hresh étouffa un petit rire. Ils auraient aussi des noms différents. Ils pourraient s’appeler Migg-wungus, Kik-kik-kik, ou bien Pinnipoppim, des noms que personne n’avait jamais entendus dans la tribu de Koshmar. Une autre tribu ! C’était proprement incroyable !

Hresh avançait avec beaucoup moins de prudence. Poussé par son impatience à découvrir la source des voix qu’il percevait devant lui, il se mit à trottiner dans l’obscurité.

Oui, c’était bien une autre tribu ! Les voix se faisaient de plus en plus distinctes.

Il se les représenta assis autour d’un feu de camp, juste derrière le groupe de rochers qui se profilaient devant lui et s’imagina avançant bravement au milieu du groupe stupéfait. « Je suis Hresh, du cocon de Koshmar, allait-il leur dire, et ma tribu est tout près d’ici. Nous sommes partis pour reconstruire le monde, car le Printemps Nouveau est arrivé ! » Ils l’étreindraient, lui offriraient du vin de la vigne-velours et ils lui diraient : « Nous aussi, nous voulons reconstruire le monde. Conduis-nous auprès de ton chef ! » Il repartirait à toutes jambes vers le camp, en riant et en poussant des cris de joie, et il leur annoncerait qu’il avait découvert d’autres humains, une tribu entière, des hommes et des femmes, des garçons et des filles, aux noms bizarres tels que Miggwungus, Kik-kik-kik, ou encore…

Il s’arrêta brusquement, les narines dilatées, son organe sensoriel raide et frémissant. Il y avait quelque chose qui clochait.

Dans le silence de la nuit il percevait maintenant très distinctement les bruits de l’autre tribu. Des sons extrêmement bizarres : des sortes de couinements mêlés de nasillements gras. Des sons qu’il ne connaissait pas, très désagréables…

Non, ce n’était pas une autre tribu.

Ce n’étaient pas des sons humains.

Hresh projeta sa seconde vue comme Thaggoran le lui avait enseigné. Pendant quelques instants, tout fut flou, indistinct, puis il régla sa perception jusqu’à ce que l’image intérieure soit au point. Il y avait une douzaine de créatures de l’autre côté des rochers. Leur corps était à peu près de la taille d’un homme, mais elles se déplaçaient à quatre pattes et leurs membres puissamment musclés semblaient dotés d’une grande vivacité. Elles avaient de petits yeux rouges, brillants et féroces, de grandes dents pointues dépassant de leur museau aux longues moustaches et une peau couverte d’une dense fourrure grise. Leur organe sensoriel, rosâtre et dépourvu de poils, frétillait derrière eux comme la mèche d’un fouet.

Non, ces créatures n’étaient pas humaines. Loin de là.

Elles marchaient en rond, à petits pas rasant le sol, relevant de temps en temps le museau pour humer l’air. Hresh ne comprenait pas leur langage, mais, grâce à sa seconde vue, la signification de leurs paroles était parfaitement claire.

Chair — chair — chair — manger — manger — manger — manger chair…

« Les rats-loups se rassemblent dans la vallée, avait dit le hjjk. Ils se nourriront de votre chair, car vous êtes des êtres de chair et ils sont affamés. » Cela n’avait pas semblé particulièrement inquiéter Koshmar. Peut-être avait-elle cru que le hjjk mentait ; peut-être s’imaginait-elle que les rats-loups n’existaient pas. Mais que pouvaient être ces animaux à la voix nasillarde et aux courtes pattes, aux yeux vifs et aux dents pointues, sinon les rats-loups contre lesquels le hjjk avait essayé de les mettre en garde ?

Hresh fit demi-tour et prit ses jambes à son cou.

Il contourna l’éperon rocheux, longea quelques tertres sablonneux et s’engagea dans le lit asséché du lac. Courant à perdre haleine vers le feu de la tribu, il perdit son panier dans sa précipitation et fut assailli par des présences inconnues de la nuit. Une grande créature ailée aux yeux saillants d’un vert doré tourna en vrombissant autour de sa tête. Il l’écarta d’un geste du bras sans s’arrêter de courir. Une centaine de mètres plus loin quelque chose se dressa devant lui. A la froide clarté des étoiles, Hresh discerna trois longues cordes noires qui se balançaient et se tortillaient dans l’obscurité. Il les évita d’un bond et poursuivit sa course folle sans se retourner.

Quand il déboucha au milieu du camp, il était hors d’haleine.

— Les rats-loups ! cria-t-il d’une voix haletante en tendant le bras vers les ténèbres d’où il venait de sortir. Je les ai vus !

Épuisé, il fit quelques pas en titubant et s’arrêta devant Koshmar.

Il redoutait qu’on ne le croie pas. Pour tout le monde il n’était qu’un gamin un peu farfelu et insupportable, il était Hresh-le-questionneur. Mais, pour une fois, on l’écouta avec attention.

— Où étaient-ils ? demanda Koshmar. Combien ? Étaient-ils gros ?

Harruel commença à distribuer des lances à tout le monde, sauf aux plus petits. Accroupi auprès du feu, Thaggoran dirigea son organe sensoriel vers l’extrémité du lac asséché afin de capter les émanations des rats-loups.

— Ils arrivent ! s’écria-t-il. Je les sens qui se dirigent vers nous !

La lance à la main, Koshmar, Torlyri et Harruel prirent position pour défendre le côté ouest du camp. Comme ils sont beaux, songea Hresh. Le chef, la prêtresse et le grand guerrier. Un premier rang composé de neuf membres de la tribu se forma derrière eux, puis un second. Les enfants et les femmes enceintes prirent place au milieu.

Hresh entendit Koshmar invoquer les Cinq Déités et il la vit faire les Cinq Signes et répéter à plusieurs reprises celui de Yissou le Protecteur. Il murmura lui aussi une prière à Yissou. Il était le seul de toute la tribu à avoir vu les rats-loups, leur museau allongé, leurs petits yeux féroces et leurs dents aiguisées comme des couteaux.

Un long, un interminable moment s’écoula, pendant lequel il ne se passa rien. Les guerriers défendant l’accès du camp tournaient nerveusement en rond. Hresh commençait à se demander s’il n’avait pas imaginé la présence des rats-loups dans l’obscurité et surtout quelle punition lui infligerait Koshmar si tout cela se révélait n’être qu’une fausse alerte.

Puis, brusquement, l’ennemi fondit sur eux. Hresh entendit des cris affreux et des couinements suraigus, il perçut une écœurante odeur musquée et, en quelques instants, le camp fut envahi.

— Yissou ! rugit Koshmar. Dawinno !

Les rats-loups surgissaient de tous les côtés à la fois. Ils bondissaient en poussant des cris stridents, les babines retroussées, les dents luisantes.

Les femmes se mirent aussitôt à hurler, imitées par quelques hommes. Personne n’avait jamais vu des animaux comme ceux-là, des animaux qui se nourrissaient de chair et utilisaient leurs dents pointues comme des armes. Et personne n’avait jamais eu à se battre, à livrer un véritable combat pour sa vie. Ce n’était plus une petite bagarre entre amis, dans le confort rassurant du cocon. Ils n’étaient plus dans le cocon maintenant.

La bande de rats-loups tournait autour de la tribu, comme pour en repérer les membres les plus faibles et les isoler des autres. De lourds relents de l’odeur âcre des assaillants flottaient dans l’air. A la lumière tremblotante des flammes, Hresh distinguait leurs petits yeux rouges et leurs longs organes sensoriels. Ils paraissaient encore plus répugnants que lorsqu’il les avait découverts quelques minutes plus tôt à l’aide de sa seconde vue. Quelle monstrueuse laideur !

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