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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— D’accord, dit le jeune garçon d’une voix maussade.

Sue Li éprouva un certain soulagement lorsqu’elle entendit le déclic qui coupait l’interphone. Jimmy devenait un peu trop imprévisible. Ils l’avaient décidément trop gâté. Plus effronté chaque année, plus turbulent. À la dernière réunion, il avait caché les vêtements de Halden pendant toute une matinée. Elle commençait à craindre le blâme collectif au fur et à mesure que les farces innocentes dégénéraient en actes de vandalisme. Naturellement, James était aussi aveugle aux défauts de son fils – et homonyme – qu’aux dons de son fils aîné. Sue Li eut un soupir résigné.

Alors que la boîte de préservatifs sortait de la cuisine en flottant dans les airs, Sue Li s’approcha du fauteuil vert placé près de la porte du sous-sol et s’y enfonça en goûtant la volupté des coussins d’eau qui épousaient ses formes. Elle éprouvait une envie irrésistible de rire et de pleurer à la fois. Michael n’était plus vraiment un enfant, mais avait-elle besoin d’une preuve aussi tangible ? Elle entreprit de réciter les psaumes de la sérénité. Mais bien qu’elle en usât fréquemment les jours de grande agitation, elle ne réussit pas cette fois-là à retrouver la sensation familière de calme et d’isolement.

Il y avait des joints dans le bar. À l’occasion, quand James travaillait tard, elle en fumait un. Il y avait aussi de la Valédrine dans l’armoire à pharmacie. Un instant, elle fut tentée. La porte d’entrée claqua.

— James ?

— Non, maman, c’est moi, dit simplement Mélanie. Elle entra dans la cuisine, en tunique bleue et collant vert, ouvrit le réfrigérateur et resta plantée devant. Sue Li en profita pour en sortir un sachet de calmars lyophilisés. Mélanie finit par se choisir une poignée de gaufrettes aux kiwis et referma la porte du réfrigérateur tout en commençant à croquer dedans négligemment. Sue Li approuva de la tête. Les mutants, pour préserver leur équilibre métabolique, avaient besoin de prendre plusieurs petits repas par jour.

— Comment s’est passée la journée ?

— Très bien.

— Le dîner ne sera pas prêt tout de suite. Mélanie haussa les épaules et se dirigea vers le salon ; puis soudain elle se retourna, comme si elle venait de se souvenir de quelque chose.

— Maman ?

Sue Li ouvrit le sachet de calmars et attendit que les reconstituants chimiques réagissent au contact de l’air. Elle ne prit pas la peine de lever les yeux.

— Oui ?

— La cousine Evra donne une fête le vendredi de la remise des diplômes, une fête qui dure toute la nuit. Elle veut préparer un sketch pour le rassemblement du clan. Est-ce que je peux y aller ?

— Qui d’autre est invité ?

— Tela, Marit, Meri. Rien que des filles.

— Je croyais que tu ne t’entendais pas avec Tela. Sue Li avait un air concentré, occupée qu’elle était à débiter les calmars en fines rondelles. Elle enviait Zenora et sa technique télékinésique parfaitement au point qui lui permettait de couper le sushi à cinquante mètres de distance.

— Oh, elle est sympa.

Sue Li se tourna vers le four à convection. Si Michael avait été à la maison, elle lui aurait demandé de faire cuire les calmars en un tournemain, par télékinésie ; Jimmy, lui, se débrouillait toujours pour calciner la nourriture. Michael savait beaucoup mieux contrôler ses dons. Sue Li revint à sa fille.

— Très bien, si tu as envie d’y aller. Ton père sera ravi de voir que tu t’intéresses aux activités du clan.

— Tu parles !

— Ne fais pas la maligne, Mel.

Sue Li plongea les calmars dans la mie de maikon parfumée et les glissa dans le four où ils se mirent à flotter doucement.

— On peut t’y amener si tu attends que je sois rentrée.

— N-non, ça va. Michael a dit qu’il m’y déposerait.

Était-ce l’imagination de Sue Li ou Mel ne se sentait-elle pas à son aise ? Michael était pourtant un bon conducteur. Sue Li lui était d’ailleurs reconnaissante de servir de chauffeur à ses frère et sœur. Et d’ici quelques semaines, quand Mélanie terminerait son université, elle aurait le droit elle aussi de passer le permis de conduire.

— Comme tu veux. Maintenant, si tu as fini ces biscuits, j’aurais besoin d’aide ici.

Il était minuit et demi d’après les chiffres jaune fluo de l’horloge qui brillaient au mur opposé de la chambre, près de la fenêtre masquée par un rideau. Michael roula sur le dos. Dans le lit, à côté de lui, Kelly bougea. Il avança la main et lui caressa doucement la hanche, goûtant le contact satiné de sa peau.

— Mmmm, fit-elle en se blottissant contre lui. Tu restes toute la nuit ?

Il lui embrassa la joue.

— Je ne peux pas. Je suis d’ailleurs déjà en retard. Mon père ne ferme pas l’œil tant qu’il n’a pas entendu la porte d’entrée se refermer.

— Pourquoi vis-tu chez tes parents ? Ça ne te plairait pas d’avoir ton propre appartement ?

— Si, bien sûr. Mais c’est la tradition dans le clan. On ne part pas avant d’être marié.

— Et tout le monde obéit à la règle ?

— Presque tout le monde.

— Ouaou ! Je la trouve curieuse, la tradition, chez les mutants. Dans la famille, la tradition la plus ancrée, c’est la visite chez la tante à Pâques. Et mes parents n’ont même pas rouspété quand je n’ai pas voulu y aller.

— Comment as-tu fait pour t’en dispenser ?

— Je leur ai raconté que j’avais un exposé à remettre. Nous ne sommes pas aussi liés que vous dans la famille. Ils savaient bien que je me serais ennuyée à mourir. (Elle se tourna vers lui et son doigt descendit lentement sur sa poitrine.) Chez vous, ça a l’air plutôt strict.

Il frissonna à ce contact qui lui titillait la peau et faisait naître en lui une sensation si agréable qu’il voulait à la fois qu’elle s’arrête et se prolonge.

— On est claustrophiles, c’est le mot qui convient. Je serais ravi de me passer des réunions annuelles du clan, pour ce que ça m’apporte.

— C’est comment ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Être un mutant. Aller aux réunions.

Il laissa échapper un soupir.

— Une plaie. Mon père m’en rebat les oreilles, surtout avec ses conseils du genre : « Tu ne fréquenteras pas les normaux. » Et je suis obligé d’écouter le rapport annuel : combien il y a eu de naissances, combien de décès. Puis on a droit à la lecture des Chroniques. Et il y a mes cousins, naturellement.

— Par douzaines ? fit Kelly en pouffant.

— Quasiment.

— Ça me semble intéressant.

Elle s’étendit sur le dos et s’étira. Elle était superbe, se profilant ainsi dans la lueur jaune que diffusait l’horloge.

— Peut-être. Pour un non-mutant.

— Dans ce cas, je suis qualifiée pour en juger. Parle-moi encore de la communion.

— Nous joignons nos mains autour de la table et lions nos esprits par télépathie. Grâce au cercle, même ceux qui n’ont pas le don peuvent y parvenir. Tu as l’impression de flotter. Tu te sens proche des autres, en quelque sorte. Tu leur communiques ton affection.

— Ton amour ?

— Oui, sans doute.

Il avait du mal à utiliser le mot, voire à l’accepter, quand il pensait au clan. Est-ce qu’il les aimait ? Et eux ? L’aimaient-ils ? Pouvait-on parler de sentiments dans une situation où ils n’avaient d’autre choix que d’être soudés les uns aux autres ?

— Ça ne me paraît pas si terrible. En fait, ça a l’air plutôt sympathique. (Un silence.) Tu ne te sens pas quelqu’un d’exceptionnel ?

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