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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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Il n’y a rien de neuf là-dedans. Jason a déjà vu de semblables scènes plusieurs fois, et pourtant sa fascination n’est pas émoussée. Tendu, transpirant par tous les pores de sa peau, il essaye de comprendre ce monde où chacun choisit de vivre où il veut, où les êtres se déplacent à pied ou en véhicule en plein air, où rien n’est planifié, où il n’existe ni ordre ni contrainte. Il doit doublement faire preuve d’imagination : d’abord voir ce monde disparu de l’intérieur comme s’il y vivait, et deuxièmement essayer de considérer la société monadiale avec les yeux d’un homme du XXe siècle. L’ampleur de sa tâche l’effraye. Il sait d’une façon approximative quels seraient les sentiments d’un voyageur venu du temps devant Monade Urbaine 116, par exemple : une sorte d’enfer où s’entassent des vies atrocement étriquées et barbares, où toute philosophie civilisée est irrémédiablement basculée, où la prolifération démographique est diaboliquement encouragée pour obéir à on ne sait quel incroyable concept d’une déité éternelle réclamant toujours plus d’adorateurs, où tout refus est formellement interdit et les dissidents impitoyablement détruits. Jason connaît les termes, les mots exacts qu’emploierait un Américain libéral intelligent de, mettons, 1958. Pourtant il ne peut pas vraiment se mettre à sa place. Il s’efforce de considérer son propre monde comme un enfer invivable, mais en vain – il ne le ressent pas véritablement. Logique avant tout, il sait pourquoi la vieille civilisation horizontale a dû évoluer vers la verticale, et pourquoi alors il devint obligatoire d’éliminer – de préférence avant qu’ils ne soient en âge de se reproduire – tous ceux qui refusent ou ne peuvent s’adapter à la nouvelle société. Comment tolérer des fauteurs de troubles à l’intérieur de structures aussi serrées, aussi subtiles, aussi soigneusement élaborées que celles d’une monade urbaine ? Il sait que deux siècles passés à jeter les anomos dans la chute ont créé un nouvel homme. Mais après cette sélection, ce nouvel homme, placide, adapté, parfaitement intégré, cet Homo urbmonadis existe-t-il réellement ? Ce sont ces questions qu’il a l’intention d’éclairer dans son livre. Mais la difficulté, l’absurde difficulté, est d’arriver à les appréhender selon l’angle de vue d’un homme de l’ancienne époque !

Jason lutte et s’acharne à comprendre la hantise de la surpopulation qui régnait autrefois. Il a découvert dans les archives des piles de textes plaidant contre la démographie galopante – tous puants de hargne, écrits à une époque où moins de quatre milliards peuplaient le monde. Il n’ignore pas, bien sûr, qu’en s’étalant horizontalement comme ils le faisaient, ils risquaient d’engorger la planète tout entière ; mais pourquoi craignaient-ils autant l’avenir ? Ils ne pouvaient manquer de présager les beautés de la civilisation verticale !

Eh bien, non ! Non ! C’est justement là que le raisonnement achoppe. Ils refusaient les perspectives. Au lieu de quoi, ils parlaient de limitation des naissances, en édictant, si nécessaire, des lois gouvernementales pour réduire le taux de natalité. Jason en frissonne.

— Ne vous rendez-vous pas compte, demande-t-il à ses cubes, que seul un régime totalitaire peut faire respecter de telles normes ? Vous prétendez que nous sommes une société répressive, mais quel genre de société auriez-vous édifié sans l’avènement des monades urbaines ?

— Nous préférons limiter les naissances et accorder une entière liberté sur les autres plans, lui répond la voix des anciens hommes. Vous avez accepté la liberté de vous multiplier, mais au détriment des autres libertés. Ne voyez-vous pas…

— C’est vous qui ne voyez rien, se fâche Jason. Une civilisation ne peut conserver son élan (et si elle n’accélère pas, elle meurt) qu’en exploitant la fertilité que dieu nous a donnée. Nous avons résolu le problème de la place pour tous. La terre porte une population dix ou vingt fois supérieure à ce que vous imaginiez comme le maximum absolu. Vous y voyez une répression et un autoritarisme. Mais que faites-vous des milliards de vies qui n’auraient jamais existé dans votre système ? N’est-ce pas cela la pire répression, interdire de vivre à des êtres humains ?

— Quel est l’intérêt de leur permettre d’exister si c’est pour les entasser dans une boîte à l’intérieur d’une autre boîte, elle-même à l’intérieur d’une autre boîte, et ainsi de suite ? Que faites-vous de la qualité de la vie ?

— Je ne vois pas ce qu’on peut reprocher à la qualité de la vie. Nous nous accomplissons dans le libre jeu des échanges et des relations humaines. Pourquoi irais-je en Chine ou en Afrique, si je peux les trouver dans un même bâtiment ? N’est-ce pas un signe de destruction interne que de se sentir contraint à rôder à travers la planète ? À votre époque, tout le monde voyageait, maintenant plus personne. Laquelle des deux sociétés est la plus stable ? Laquelle est la plus heureuse ?

— Laquelle est la plus humaine ? Laquelle exploite le mieux et le plus totalement la potentialité humaine ? N’est-ce pas dans notre nature de chercher, de lutter, d’atteindre l’inaccessible ?

— Et la recherche intérieure ? L’exploration de la vie profonde ?

— Mais ne voyez-vous pas ?

— Mais ne voyez-vous pas ?

— Si seulement vous vouliez écouter…

— Si seulement vous vouliez écouter…

Jason et son interlocuteur se taisent, à bout d’arguments. Aucun des deux ne veut écouter. Ils n’arrivent pas à communiquer. Jason continue ainsi tout le reste de la journée à examiner, analyser et annoter. Ce n’est qu’au moment de partir qu’il se rappelle le mémorandum de la veille au soir. L’étude des anciennes coutumes sexuelles lui permettra peut-être de pénétrer plus intimement dans cette civilisation disparue. Il compose sa demande d’archives ; les cubes seront sur son bureau quand il arrivera demain matin.

Il rentre à Shangai ; vers Micaela.

Ce soir, les Quevedo ont des invités à dîner : Micael, le frère jumeau de Micaela, et son épouse Stacion. Micael est un analo-électronicien ; il vit à Edimbourg avec son épouse, au 704e étage. Jason apprécie sa compagnie, tonique et vivifiante, bien que la ressemblance physique entre Micaela et son frère – qui dans le passé l’avait amusé – l’inquiète et le dérange à présent. Micael porte les cheveux longs, tombant aux épaules, et il ne mesure guère qu’un centimètre de plus que sa sœur si longue et si élancée. Ce sont, bien sûr, de faux jumeaux, et pourtant leurs traits sont presque copiés. L’identité est encore plus frappante dans les expressions quand ils sourient ou se renfrognent. S’ils lui tournent le dos, Jason éprouve les pires difficultés à les distinguer, à moins qu’ils ne soient côte à côte – le même maintien, les poings sur les hanches, la tête rejetée en arrière. On peut même les confondre de profil, étant donné la poitrine menue de Micaela. Il est souvent arrivé à Jason de rester un court instant interloqué, ne sachant s’il se trouvait devant Micael ou Micaela. Si seulement Micael se laissait pousser la barbe ! Mais ses joues sont douces et glabres.

Impossible de le nier, Jason éprouve une sorte d’attirance physique pour son beau-frère. C’est tout à fait naturel, considérant le désir que lui a toujours inspiré son épouse. Rien que la voir là, à l’autre bout de la pièce, tournée de trois quarts, penchée sur le pupitre électronique, son dos nu et lisse, le petit globe d’un sein pointant sous l’arc de son bras, il ressent le besoin d’aller vers elle et de la caresser. Et si c’était Micael ? Ses mains se poseraient sur une poitrine, et la découvriraient plate et musclée. Et s’ils se liaient en une étreinte passionnée ? Sa main remonterait le long de la cuisse et rencontrerait, non pas le doux nid chaud, mais le lourd membre de chair. Qu’il la/le retourne ? Toucher ces fesses dures et nerveuses ! Oh, l’étrange et brutale bouffée ! Non. Jason repousse les images qui l’assaillent. Depuis les tendres années de l’enfance, il n’a plus connu charnellement de personnes de son sexe. Et il ne se le permettra pas. Ces relations ne sont pas interdites évidemment dans la société monadiale, où tous les adultes sont également accessibles. Beaucoup en profitent. Micael, lui-même, d’après ce qu’il a entendu dire. Si Jason le veut, Micael ne se refusera pas. Se refuser est un péché. Il suffit de demander. Mais Jason ne demande pas. Il lutte contre la tentation. Le caractère morbide de la situation ne lui échappe pas. L’homme que je désire est le sosie de mon épouse. Pourquoi est-ce que je résiste ? Si je le veux, pourquoi ne pas le prendre ? Non. Je ne le veux pas vraiment. C’est une échappatoire ; c’est mon désir de Micaela que je transfère sur lui. Mais la vision érotique réapparaît dans son esprit. Il se voit avec Micael leurs bouches ouvertes et soudées l’une à l’autre. L’image de ce baiser est trop précise, trop crue ; Jason se lève brusquement, bousculant la fiasque de vin, cadeau de Stacion, que celle-ci rattrape d’extrême justesse. En quelques enjambées rapides il se précipite vers Micael, essayant de cacher l’érection qui gonfle ses chausses vert et or, et enferme un des seins dans sa main. Le téton est doux et mou sous ses doigts. Il se colle contre elle, lui mordillant la nuque. Elle se laisse faire, sans arrêter pour autant de programmer le dîner. Il continue – sa main glisse dans l’ouverture du sarong, caresse le ventre avant de glisser sur les reins. Micaela se dégage d’un brusque mouvement des hanches.

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