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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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Pour réflexion. Sexe en monade urbaine.

Accessibilité sex. universelle.

Déclin sentiment propriété dans mariage, désuétude concept adultère. Promenade nocturne : quand a-t-elle été acceptée socialement ? Limite tolérance frustration : comment est-elle déterminée ? Sexe-panacée. Sexe – compensation à appauvrissement qualité vie. (Danger ! Attention chute !) Séparation sexe-procréation. Intérêt des échanges partenaires max. en société haute densité. In ter. : qu’est-ce qui est encore interdit (rien ? tout ?). Examiner tabou échanges sex. extracités. Est-il puissant ? Largement respecté ? Vérifier effets liberté sex. univ. sur créativité artistique. Chute tension dramatique ? Manque matériaux émotionnels par suppression conflits ? Ouest : struct. éthique monadiale est-elle amorale, postmorale, pré-, im- ?

Il arrive à Jason de dicter des mémorandums tels que celui-ci n’importe où et à n’importe quel moment, dès qu’une nouvelle hypothèse structurale lui passe par la tête. Ce soir, sa quête l’a amené dans Tokyo, au 155e étage. Il est avec une jeune brunette assez corpulente, du nom de Gretl. Il s’est arrêté en plein préambule érotique, et elle reste là, haletante, prête, bouche ouverte, les yeux presque fermés.

— Excuse-moi, dit-il, se penchant par-dessus deux seins lourds et tremblotants, pour attraper un style. Je dois noter quelque chose.

Il programme le pupitre électronique – l’ordinateur transmettra un exemplaire dactylographié de son mémorandum à son box d’études de Pittsburgh – et, ses lèvres pincées ruminant nerveusement les mots au fil de sa pensée, il commence à écrire.

Il part souvent en promenades nocturnes, mais jamais dans sa cité de Shangai. C’est sa seule audace. Violer la tradition qui veut que l’on reste près de chez soi pour partir en chasse. C’est une coutume généralement acceptée, mais pas une loi urbaine, et personne ne le punira jamais pour sa conduite non conventionnelle. Personne ne le critiquerait en face non plus pour cela. Toutefois, ses vagabondages lui procurent l’agréable frisson de commettre ce qui est interdit. Il explique sa conduite en prétendant que l’enrichissement transculturel est plus fort quand on couche avec des femmes d’autres cités. En lui-même, il soupçonne que c’est surtout parce qu’il n’est pas à l’aise avec les femmes de sa connaissance, comme Mamelon Kluver par exemple. Mamelon Kluver spécialement.

C’est pourquoi la nuit il emprunte les descenseurs dans lesquels il s’enfonce dans les profondeurs du bâtiment, vers des cités telles que Pittsburgh, Tokyo, ou bien Prague la pauvre, ou même Reykjavik la crasseuse. Il pousse d’étranges portes toujours ouvertes et prend place à côté de femmes inconnues, exhalant de mystérieux effluves particuliers aux classes inférieures. La loi veut qu’elles l’étreignent de leur plein gré.

— Je suis de Shangai, leur dit-il, et elles poussent des cris de respect mêlé de crainte.

— Ooooh ! Ooooh !

Alors il les enfourche comme un cavalier intrépide, dédaigneusement, tout gonflé de son statut.

Gretl, à la grosse poitrine, attend patiemment tandis qu’il enregistre ses notes. Puis il se tourne vers elle. Son époux soûlé d’un équivalent local quelconque du piquant ou du déconsciant les ignore. Il est couché, le ventre en l’air, à l’autre bout de la plate-forme de repos. Gretl considère Jason de ses grands yeux noirs, luisants d’admiration.

— Qu’est-ce que vous en avez dans la tête, vous de Shangai ! dit-elle, juste avant qu’il ne s’abatte sur elle.

Il la prend d’une violente poussée rapide.

Après, il rentre chez lui au 761e. Des ombres sillonnent comme lui les couloirs faiblement éclairés. Ce sont d’autres citoyens de sa cité, rentrant de leur promenade nocturne. Jason pousse sa porte. Il habite dans un appartement de quarante-cinq mètres carrés ; ce n’est pas vraiment suffisant pour un couple avec cinq enfants, mais il ne se plaint pas. Suffisez-vous de ce que vous avez, dieu soit loué ; d’autres ont moins. Micaela dort, ou, du moins, fait semblant. C’est une femme de vingt-trois ans, longue de jambes, basanée de peau, encore très attirante, en dépit des rides qui commencent à se creuser sur son visage. Ceci parce qu’elle plisse trop souvent le front. Elle est étendue, nue et découverte, ses longs cheveux noirs et brillants étalés autour d’elle. Ses seins sont menus mais parfaits ; Jason les compare mentalement aux grosses mamelles de Gretl. Micaela et lui sont mariés depuis neuf ans. Il l’a beaucoup aimée avant de découvrir le lourd dépôt d’amertume et de hargne qu’elle emmagasine au fond de son cœur.

Elle se sourit dans son sommeil, s’étire et écarte les cheveux qui lui tombent sur les yeux. Son expression dénote une femme qui vient de vivre une expérience sexuelle particulièrement satisfaisante. Il est impossible à Jason de savoir si Micaela a eu de la visite pendant son absence et, bien sûr, il ne peut pas le lui demander. (Chercher des preuves ? Des froissements sur la plate-forme, par exemple ? Ou des traces sur ses cuisses ? Non ! Quelle vulgarité !) Il sait très bien que même si personne n’est venu, elle essayera de le lui faire croire – et si quelqu’un est venu, et lui a donné ne serait-ce qu’un modeste plaisir, elle lui adressera un sourire comme si elle avait été étreinte par Zeus lui-même. Il connaît Micaela.

Les enfants semblent calmes. Ils s’échelonnent de deux à huit ans. Il faudra bientôt qu’ils songent à en avoir un autre. Cinq enfants constituent déjà une assez belle famille, mais Jason est conscient de son devoir. Créer la vie est un devoir sacré. Quand on cesse de croître, on commence à périr ; ce qui est vrai d’une seule personne l’est tout autant de la population d’une monade urbaine, ou d’une constellation urbaine – d’un continent – d’un univers.

Dieu est la vie et la vie est dieu.

Il s’allonge à côté de son épouse.

Il dort.

Il rêve que Micaela a été condamnée à la chute pour conduite antisociale.

Et hop, dans le gouffre !

— Pauvre Jason, murmure Mamelon Kluver, venue lui présenter ses condoléances.

Sa peau si blanche le fait frissonner. Son parfum musqué. L’élégance de ses traits. L’emprise totale qu’elle possède sur elle-même. Même pas dix-sept ans et déjà totalement et impérieusement entière.

— Aidez-moi à me débarrasser de Siegmund, et nous serons l’un à l’autre, dit-elle. (Ses yeux brillent diaboliquement, le conviant à devenir sa créature, son esclave.) Jason, chuchote-t-elle. Jason, Jason, Jason.

Sa voix est une caresse. Sa main vient frôler le sexe viril. Il se réveille, tremblant, en sueur, horrifié et proche de l’orgasme. Il s’assied et pratique une des anciennes méthodes oubliées pour chasser les idées impures. Dieu soit loué, pense-t-il, dieu soit loué, dieu soit loué, dieu soit loué. Je ne pensais pas réellement cela. C’était inconscient. Mon esprit monstrueux libéré de ses chaînes. Il termine l’exercice spirituel et se recouche. Cette fois-ci ses rêves sont plus inoffensifs.

Le lendemain matin, après la ruée tumultueuse et bruyante des enfants vers l’école, Jason se prépare à partir à son bureau quand soudain Micaela lui dit :

— Cela ne t’a jamais frappé que tu doives descendre 600 étages pour aller travailler, alors que Siegmund Kluver, lui, grimpe jusqu’au sommet, à Louisville ?

— Dieu soit loué, que veux-tu dire par là ?

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