Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]
Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique. Tandis que la guerre est sur le point de ravager l'Europe, Jacques tente désespérément de sauver la paix, mais l'assassinat de Jaurès précipite le monde dans l'horreur, horreur à laquelle le jeune homme se refuse. Antoine, lui, participe au conflit. En 1918, survivant condamné par les gaz des champs de bataille, il comprend enfin le sens de la vie de son frère et les limites de la sienne.
1 ... 20 21 22 23 24 25 26 27 28 ... 181
Перейти на страницу:

Jacques, les bras allongés sur le lit, la tête un peu renversée, les yeux brûlés par la lumière, n’avait pas fait un mouvement. La fenêtre était ouverte. Des moustiques, qu’il n’essayait pas de chasser, cornaient à ses oreilles. Il éprouvait cette faiblesse écœurante des gens qui ont perdu beaucoup de sang.

— « Chacun a droit de vivre ! » reprit farouchement l’Anglais. « Tu peux demander à quelqu’un qu’il se jette à l’eau pour sauver un homme : mais tu ne peux pas demander qu’il tienne encore et toujours la tête de l’homme au-dessus de l’eau, jusqu’à lui-même être suicidé !… Elle veut vivre. Eh bien ! moi, je suis là, et je l’emmène !… Hush ! »

— « Je ne vous reproche rien », murmura Jacques, sans bouger la tête. « Mais je pense à lui… »

— « You don’t know him ! He is capable of anything !… That man is a monster… — a perfect monster[4] ! »

— « Peut-être qu’il en mourra, Pat’. »

Les lèvres de Paterson s’entrouvrirent, et ses traits blêmes se contractèrent comme s’il eût reçu un coup. Jacques ne put supporter la vue de ce visage, qui, tout à coup, lui sembla hideux. « Un assassin », songea-t-il de nouveau. Il détourna les yeux, une seconde, puis il poursuivit, d’une voix sourde :

— « Je pense au Parti. Le Parti a besoin de ses chefs. Plus que jamais… C’est une trahison, Pat’. Une trahison double. Une trahison sur tous les plans. »

L’Anglais avait reculé jusqu’à la porte. Sa casquette de travers, son teint blafard, son œil traqué, le rictus de sa bouche, lui donnaient soudain une face de gouape. Il se baissa vivement, et saisit la valise. Il n’avait plus l’air d’un assassin, mais d’un cambrioleur.

— « Good night ! » fit-il. Il avait les paupières baissées. Il ne les releva pas, et s’enfuit.

À peine la porte fut-elle refermée, que la pensée de Jenny vint s’imposer à Jacques, avec une acuité insoutenable. Pourquoi Jenny ?… Il entendit, dans la rue silencieuse, une auto qui démarrait. Longtemps, la tête appuyée au bois, l’œil fixé sur la porte close, il demeura immobile. Tantôt il avait devant lui la jolie figure de Pat’, son regard frais, son sourire de boy blond ; et tantôt ce masque cafard de domestique congédié, de voleur pris sur le fait, ce masque effronté et honteux… Un masque hideusement dénaturé par la passion… Celui qu’il avait, sans doute, lui-même, dans le couloir du métro, à la poursuite de Jenny… Et, ce jour-là, n’était-il pas capable, lui aussi, de vilenies, de trahisons ?

Dès six heures et demie, Jacques, qui n’avait pu se rendormir, courait chez Meynestrel.

Tout sommeillait encore dans la pension. Seule, une vieille femme lavait le carrelage du vestibule. Jacques, une minute, balança : devait-il repartir, ou monter ? S’il voulait prendre le train à huit heures, il n’avait pas le temps de retarder sa visite ; et, après la scène de la nuit, il ne pouvait se résoudre à quitter Bruxelles sans avoir revu son ami.

Il frappa, une première fois, à la chambre du Pilote. Pas de réponse. S’était-il trompé ? Non, c’était bien là, n° 19, qu’il était venu hier. Meynestrel, après une nuit de vaine attente, s’était peut-être endormi ?… Il allait frapper de nouveau, lorsqu’il crut percevoir, contre la porte, un rapide glissement de pieds nus, le frôlement d’une main sur la serrure. Une pensée folle, terrible, lui traversa l’esprit. Instinctivement, il saisit le bouton, et le tourna. La porte s’ouvrit et heurta Meynestrel, juste au moment où celui-ci allait donner un tour de clef.

Les deux hommes se dévisagèrent. Sur les traits glacés du Pilote, aucune expression traduisible : un éclair de dépit, peut-être… Il parut hésiter, l’espace d’une seconde. Allait-il repousser le visiteur, refermer le battant ? Jacques en eut le soupçon. Cédant à la même intuition qui lui avait fait tourner le pêne, il poussa la porte d’un coup d’épaule, et entra.

Du premier coup d’œil, il s’aperçut que la chambre était changée, comme agrandie. La table, les chaises, étaient poussées contre les murs, laissant, au centre, une place libre, devant la glace de l’armoire. Le lit était défait, mais recouvert. La pièce paraissait rangée, préparée pour quelque chose. Meynestrel aussi : il était vêtu d’un pyjama bleuté, sur lequel les plis du repassage se voyaient encore. Aucun vêtement ne pendait au portemanteau. Pas d’ustensiles de toilette sur le lavabo. Tout semblait déjà enfermé, pour un départ, dans les deux mallettes closes, posées devant la fenêtre. Pourtant, le Pilote ne pouvait sortir en pyjama, et pieds nus ?…

Les yeux de Jacques revinrent sur Meynestrel. Il était resté à la même place ; il regardait Jacques. Il était debout immobile, mais il n’avait pas l’air assuré sur ses jambes. Il faisait penser à un opéré qui sort de léthargie ; à un mort, qu’on vient de tirer du néant.

— « Qu’est-ce que vous alliez faire ? » balbutia Jacques.

— « Moi ? » fit Meynestrel. Ses paupières s’abaissèrent malgré lui. Chancelant, il recula jusqu’au mur, et balbutia, comme s’il avait mal entendu :

— « Ce que je vais faire ?… »

Puis, s’asseyant près de la table, il mit doucement son front entre ses mains.

Même sur la table régnait un ordre étrange. Deux lettres cachetées étaient posées, l’une à côté de l’autre, à l’envers ; et, sur un journal plié, s’alignaient des objets personnels : un stylo, un portefeuille, une montre, un trousseau de clefs, de la monnaie belge.

Jacques demeura quelques instants perplexe, sans oser faire un mouvement ; puis il s’approcha de Meynestrel, qui, aussitôt, redressa la tête :

— « Chut… »

Il se leva avec effort, fit quelques pas en boitant, revint vers Jacques, et répéta, une seconde fois, mais sur un ton tout différent :

— « Ce que je vais faire ?… Eh bien ! je vais m’habiller, mon petit… et puis je vais sortir d’ici, avec toi ! »

Sans regarder Jacques, il ouvrit une des mallettes, en tira ses effets, les déplia sur le lit, sortit d’un journal ses souliers poussiéreux, et commença à se vêtir, comme s’il eût été seul. Lorsqu’il fut prêt, il s’avança jusqu’à la table, et, toujours sans s’occuper de Jacques qui s’était assis et se taisait, il prit les deux lettres, et les déchira en petits morceaux qu’il alla jeter dans la cheminée.

À ce moment, Jacques, qui ne le quittait pas des yeux, vit que l’âtre était plein de cendres, de papiers fraîchement brûlés. « Avait-il donc avec lui tant de notes personnelles ? » se demanda-t-il. Et, tout à coup : « Les documents Stolbach ? » Il jeta un coup d’œil égaré vers la mallette ouverte : elle était peu remplie, et l’on n’y apercevait pas le paquet des papiers. « Il les aura mis dans l’autre mallette », se dit Jacques, sans vouloir s’arrêter à l’absurde soupçon qui venait de l’effleurer.

вернуться

4

« Tu ne le connais pas ! Il est capable de n’importe quoi !… Cet homme est un monstre… un véritable monstre ! »

1 ... 20 21 22 23 24 25 26 27 28 ... 181
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)