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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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— On a fait un nœud, n’est-ce pas ? demande-t-elle enfin.

— Un nœud…?

— Oui, la conversation s’est un peu épuisée…

— Bah, c’est pas très facile…, dit-il enfin. Quand on trouve un sujet de conversation, ça va, on suit sa pente, mais quand on ne trouve rien… On était bien partis, au début, il aurait pas fallu que le serveur arrive à ce moment-là.

Sophie ne peut s’empêcher de sourire.

Maintenant, ce n’est plus de la fatigue. Plus du mépris non plus. C’est quoi ? Quelque chose de vain. De vide. C’est peut-être lui qui exhale ce vide, au fond.

— Bon, alors, vous faites quoi, déjà ?

— Transmissions.

— Nous voilà bien…

— Quoi ?

— C’est quoi les transmissions ? Expliquez-moi.

Le sergent-chef se lance. Une fois dans son élément, il a de la conversation. Elle n’écoute pas. Elle jette discrètement un regard sur l’horloge. Mais est-ce que ça aurait pu être autre chose ? Qu’espérait-elle ? Un nouveau Vincent ? Elle se revoit dans leur maison, tout au début. Le jour où elle a commencé la peinture du salon. Vincent est arrivé derrière elle, simplement. Il a seulement posé sa main, comme ça, sur sa nuque et Sophie s’est remplie de toute cette force…

— Vous vous en foutez, hein, des transmissions ?

— Pas du tout, au contraire !

— Au contraire ? Ça vous passionne ?

— Non, ça je ne dirais pas.

— Je sais ce que vous pensez, vous savez…

— Vous croyez ?

— Oui. Vous vous dites : « Il est gentil ce gars-là, avec ses histoires de transmissions, mais il est chiant comme la mort », excusez l’expression. Vous regardez l’heure, vous pensez à autre chose. Vous avez envie d’être ailleurs. Il vaut mieux que je vous le dise : moi aussi. Vous me mettez mal à l’aise, vous savez. Vous essayez d’être gentille parce qu’on ne peut pas faire autrement, on est là… alors on parle. On n’a pas grand-chose à se dire. Je me demande…

— Je vous demande pardon, j’étais ailleurs, c’est vrai… C’est que c’est drôlement technique, votre affaire…

— C’est pas seulement technique. C’est surtout que je ne vous plais pas. Je me demande…

— Oui.

— Je me demande pourquoi vous m’avez rappelé. Hein ? Qu’est-ce que vous voulez, au fond ? C’est quoi votre histoire, à vous ?

— Bah, ça peut prendre un an, deux ans, trois ans. Il y en a même qui ne l’obtiennent jamais. Mon copain, pour ça, il a eu plutôt de la chance.

À un moment, ils rient. À la fin du repas, elle ne sait plus de quoi. Ils marchent le long du fleuve. Un froid piquant. Après quelques dizaines de pas, elle a passé son bras sous le sien. Une courte connivence les a rapprochés. C’est que finalement, il n’a pas si mal manœuvré que cela : il a renoncé à briller. Il a dit des choses simples : « De toute façon, il vaut mieux rester soi-même. Parce que tôt ou tard, ce qu’on est, ça va se voir. Autant le savoir tout de suite, pas ? »

— Vous parlez des DOM-TOM…

— Ah, pas seulement ! On peut être muté à l’étranger aussi. Bon, c’est plus rare, c’est vrai.

Sophie fait ses calculs. Rencontre, mariage, départ, travail, séparation. Il y a peut-être une illusion à penser qu’elle sera plus à l’abri à quelques milliers de kilomètres. Mais intuitivement, elle pense qu’elle sera mieux cachée. Pendant qu’elle réfléchit, le sergent-chef énumère les amis qui ont été mutés, ceux qui ont demandé, ceux qui espèrent encore. Dieu que cet homme est ennuyeux et prévisible.

20

J’ai peur. Tous les morts remontent. La nuit. Je peux les compter, un à un. La nuit, je les vois assis à une table, côte à côte. La nuit. En bout de table, Léo, avec son lacet autour du cou. Il me regarde avec un air de reproche. Il demande : « Tu es folle, Sophie ? Pourquoi m’as-tu étranglé ? Tu es folle, c’est vrai ? » et son regard m’interroge et me transperce. Je connais son air dubitatif, il penche la tête un peu sur la droite avec l’air de réfléchir. « Oui, mais ce n’est pas nouveau, elle a toujours été folle », dit la mère de Vincent. Elle se veut rassurante. Je retrouve son air mauvais, ce regard de hyène, sa voix pointue. « Avant de commencer à tuer tout le monde, à détruire tout ce qu’il y a autour d’elle, elle était déjà folle, je l’avais dit à Vincent, cette fille est folle… » Pour dire ça, elle prend son air pénétré, elle ferme les yeux longuement en parlant, on se demande si elle va les rouvrir ou non quand elle parle, elle passe la moitié du temps les paupières fermées à regarder au-dedans d’elle-même. « Tu me hais, Sophie, tu m’as toujours haïe, mais maintenant que tu m’as tuée… » Vincent ne dit rien. Il secoue sa tête décharnée comme s’il demandait pitié. Et tous me regardent fixement. Ils ne parlent plus.

Je me réveille en sursaut. Quand c’est comme ça, je ne veux plus me rendormir. Je vais à la fenêtre et je reste des heures à pleurer et à fumer des cigarettes.

J’ai même tué mon bébé.

21

Un peu plus de deux semaines qu’ils se voient. Sophie a trouvé le mode d’emploi du sergent-chef en quelques heures. Elle se contente maintenant de gérer son acquis en fonction de son intérêt, mais elle reste vigilante.

Il s’est laissé traîner à Vingt-Quatre Heures de la vie d’une femme en simulant l’enthousiasme.

— Dans le livre, il n’y avait que deux générations de femmes…, dit Sophie en allumant une cigarette.

— Je ne l’ai pas lu, mais ça devait être pas mal non plus.

— Non, dit Sophie, le livre n’était pas mal…

Elle a dû se refaire une biographie complète à partir de l’extrait d’acte de naissance : des parents, des études, une histoire qu’elle a nimbée de mystère pour ne pas en dire trop. Le sergent s’est montré discret. Par prudence, elle le fait beaucoup parler. Le soir, au retour, elle prend des notes, tient un carnet avec tout ce qu’elle sait de lui. Rien de compliqué dans son histoire. Rien d’intéressant non plus, d’ailleurs. Né le 13 octobre 1973 à Aubervilliers. École moyenne, collège moyen, BEP d’électromécanique, engagement dans l’armée, versé aux transmissions, BT de télécommunications, sergent-chef, accessible au grade d’adjudant.

— Les encornets, euh…?

— On dit aussi « calamars »…

Il sourit.

— Je vais plutôt prendre une entrecôte.

Sophie sourit à son tour.

— Vous me faites rire…

— Quand les femmes disent ça, généralement, c’est pas bon signe…

L’avantage avec les militaires, c’est leur transparence. Il ressemble terriblement à l’idée que Sophie s’est faite de lui dès leurs premières rencontres. Elle lui a découvert des finesses insoupçonnées, le garçon n’est pas idiot, il est simple. Il veut se marier, avoir des enfants, il est gentil. Et Sophie n’a pas de temps à perdre. Elle n’a guère eu de mal à le séduire : il était déjà séduit et Sophie ne fait pas mieux que n’importe quelle autre fille à sa place. Elle fait même mieux parce qu’elle est plutôt jolie. Depuis qu’elle sort avec lui, elle a racheté des produits de maquillage, elle fait de nouveau un peu plus attention à ce qu’elle porte, sans en faire trop. De temps à autre, le sergent-chef rêve visiblement à des choses. Il y a des années que Sophie n’a pas vu sur elle un regard d’homme désirant. Ça lui fait drôle.

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