Dictionnaire amoureux de la France
- Автор: Tillinac Denis
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Plon
- ISBN: 978-2259214889
- Жанр: Путеводители
Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de la France». Краткое содержание книги:
Propriétaire terrien, Jean Gabin l’était dans le Perche, avec sur son domaine des vaches et des chevaux. Un film n’a jamais été tourné, l’histoire vraie de ce saltimbanque, enfant de saltimbanque, patriote farouche (forces navales françaises libres comme chef de char dans un régiment blindé appartenant à la IIe DB, poche de Royan, campagne d’Allemagne jusqu’à Berchtesgaden, croix de guerre, médaille militaire). Il a désiré s’enraciner dans la paysannerie française, comme propriétaire bien sûr, et fut très affecté lorsque des agriculteurs en colère vinrent manifester dans sa propriété. Riche, célèbre, couvert d’honneurs et « propriétaire », c’était trop. Peu importe cette encoche sur une bio fastueuse où ont comparu pêle-mêle Renoir, Carné et Sacha Guitry, Marlene Dietrich, Arletty, Brigitte Bardot, Joséphine Baker et Ginger Rogers, Frenay, Vanel, Ventura, Blier, Bourvil, de Funès, Brasseur et Fernandel. Sans oublier Blondin et Simenon : d’une certaine façon, Gabin fait la synthèse de leurs univers respectifs. Il incarne l’orgueil français, jusqu’à l’arrogance en temps ordinaire, jusqu’à l’héroïsme quand l’exige le destin. Sa face de bouledogue, son timbre de voix rogue, son sourire plein d’illusions perdues, sa rage de vivre malgré tout, sont d’un irrégulier qui aurait médité Pascal et La Rochefoucauld avant de prendre pour modèle le d’Artagnan de Dumas, le Cyrano de Rostand et le Lupin de Leblanc. Entre-temps il aurait fait escale dans la Légion étrangère, loin de Mériel, le patelin de son enfance, allégorie d’un enracinement qui était dans ses goûts, mais pas dans sa nature. D’ailleurs, selon ses dernières volontés, les cendres de Gabin ont été immergées depuis la Jeanne en mer d’Iroise, au large de Brest. Rien ne le résume mieux que cet hommage posthume de la Marine nationale.
Gares
Des gares ont poussé au XIXe siècle sur la carte de France comme des pâquerettes sur un pré, on en débusque dans des patelins perdus dans la nature et qui n’ont pas d’autre titre à la notoriété. Six gares parisiennes ont arrosé les grandes villes de province sises aux frontières de l’Hexagone, ou sur ses rivages. Même intention centralisatrice que pour notre réseau routier et nos lignes aériennes. Elle remonte à nos rois ; les Jacobins, Napoléon, les rad-soc de la IIIe République en ont rajouté. Tant mieux. Aux alentours de ces six gares, pour peu qu’on ait quelque flair, on hume un petit air de la région qu’elles desservent — le nom des rues, la tête des voyageurs, l’accent des serveurs dans les hôtels et les restaurants. Des Auvergnats ont proliféré autour d’Austerlitz, des Bretons à Montparnasse, et, en déjeunant au Train bleu de la gare de Lyon, ou en face à L’Européen, on sent, à des détails, que les gens sont en partance vers le Midi. Au Terminus Nord on est déjà à Calais, presque en Angleterre. Ces invitations au voyage, j’y ai souvent succombé, je connais bibliquement les brasseries des gares parisiennes et je regrette qu’on ait détruit celle de Montparnasse pour construire à sa place un bâtiment informe, d’une laideur irrémédiable. Je regrette aussi de n’avoir pas connu la gare d’Orsay du temps où Thérèse Desqueyroux y arrivait, en quête d’une liberté qu’on ne respire qu’à Paris. Du moins c’est ce que croient les provinciaux dont l’âme en surchauffe tourne en rond dans un terroir comme une guêpe dans un bocal. Car on lit sur les visages de ceux qui débarquent cette convoitise mûrie dans les pénombres de la province. Elle n’est pas incompatible avec une certaine angoisse ; les gens qui rentrent au « pays » pour les week-ends, pour les vacances ou pour toujours ont l’air plus sereins que les Rastignac. Dans le sens province-Paris, la gamberge est solitaire, personne n’adresse la parole à son voisin ; dans l’autre sens, on se raconte plus volontiers.
Les gares bocagères ayant essaimé sous la IIIe République sont aiguillées vers le réseau majeur par la grâce de Vierzon, de Culmont-Chalindrey, de Saincaize, de Sainte-Germain-des-Fossés et autres localités qui doivent leur existence ou leur survie à la SNCF.