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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Le 5 mars, devant les critiques, Louis remplit son contrat. Parfois, il serre les dents, mais personne ne le remarque. Les jours suivants, il scrute les journaux et il faut bien se rendre à l’évidence : les échotiers n’ont pas aimé. Certains parlent d’une « erreur », d’autres jugent odieux le portrait de cette famille italienne et fustigent la mise en scène de Pierre Valde. Seul Louis de Funès tire son épingle de ce jeu de massacre. « Sans lui, écrit Claude Baignières dans Le Figaro[97], sans sa finesse, sans son humour, son habileté à nous faire pardonner une grossièreté abusive par une mimique attendrie ou un soupir enfantin, le spectacle deviendrait vite révoltant.  » De son côté, Max Favalelli, dans Paris-Presse — L’Intransigeant[98], souligne que « la grande attraction de Poppi est la création effectuée par Louis de Funès qui, après avoir excellé dans des silhouettes, déploie toute sa fantaisie dans un rôle de premier plan. […] Il est d’un comique dont la force serait encore plus grande si son metteur en scène, M. Pierre Valde, ne l’avait inexplicablement contraint à être le seul à adopter l’accent napolitain au milieu de ses partenaires qui conservent le “bec parigot” ». Ces verdicts sont sans appel et Poppi tire sa révérence le 21 avril. De quoi décourager Louis de Funès, mais ce serait mal le connaître. Il n’entend pas en rester là, d’autant, et alors qu’il ne s’y attend pas, qu’il est contacté par Simone Berriau, la directrice du Théâtre Antoine, laquelle met en chantier Nekrassov, la dernière pièce de Jean-Paul Sartre. L’auteur des Mouches vient d’écrire une « farce » en sept tableaux.

L’argument tient en quelques lignes. Georges de Valera, un escroc international, se trouve contraint par un journaliste de se faire passer pour Nekrassov, un ministre soviétique ayant mystérieusement disparu. Le texte de Sartre joue sur l’ambiguïté de l’interprétation des thèses anticommunistes de l’époque. Sous les aspects d’une critique virulente de la grande presse, cette « farce » n’est pas une attaque sur l’affairisme mais une satire portant sur la structure de notre société. En filigrane, Sartre attaque, sans le nommer, le tout-puissant Pierre Lazareff[99], alors directeur de France-Soir, qui met plus facilement à la « une » les faits divers que les événements politiques. Après d’âpres négociations, Louis accepte d’être Jules Palotin, le directeur du journal faisant chanter Nekrassov. Il tient en particulier à obtenir de Simone Berriau une clause précisant qu’en cas de rupture de contrat, le théâtre devra lui verser la somme de 250 000 francs, l’équivalent de quatre jours de tournage. La directrice du Théâtre Antoine signe bien volontiers, assurant Louis qu’il n’y a aucune raison pour que cela se passe mal. En présence de Michel Vitold, de Jean Parédès, de Jean Le Poulain et de Marie Olivier, Louis commence à répéter dès les premiers jours de mai afin d’être au point pour la générale fixée au 8 juin 1955.

Louis a eu raison de faire inclure cette clause. Sage clairvoyance en effet, car très rapidement le torchon brûle entre de Funès et le metteur en scène Jean Meyer. Élève de Louis Jouvet, sociétaire de la Comédie-Française depuis 1942, Meyer n’est pas homme à s’en laisser conter. Quand il décide qu’un comédien n’est pas à sa place, il le dit sans ménagement. Et il ne cesse de reprendre Louis sur chaque mot. Souvent, il l’injurie, voire le ridiculise devant ses futurs partenaires. Prises de bec, engueulades… rien n’y fait, Jean Meyer ne veut plus voir ce « sinistre sire » sur le plateau. Un après-midi, Jeanne est assise au fond de la salle. Excédée par l’attitude de Meyer, elle lui lance : « Monsieur, dites tout de suite que mon mari est un mauvais comédien !  » Réplique immédiate de Meyer : « Je ne vous le fais pas dire, madame ! » Cette fois, c’en est trop. Louis claque la porte et s’en va trouver Lucien Brulé, le conseiller de Simone Berriau, exigeant des explications. Pour toute réponse, il obtient qu’on déchire tout simplement son contrat. Louis est bien d’accord, mais il y a le fameux dédit ! Il accepte de résilier ce contrat contre un chèque de 250 000 francs. Simone Berriau finit par capituler, mais elle ne se décide pas à lui donner le chèque signé. Louis parvient à l’attraper au vol en même temps qu’il lui lâche : « Madame, vous ruinez ma carrière[100] ! »

Le clash ne passe pas inaperçu. Dès le lendemain, les journaux s’en font largement l’écho, en particulier France-Soir. Le journaliste anonyme en profite pour régler quelques comptes avec Jean-Paul Sartre et s’offusquer du traitement infligé à un Louis de Funès qui commence à se demander s’il va arriver à obtenir un peu de reconnaissance sur les planches. Si seulement quelqu’un songeait à lui pour le lancer dans une aventure aux lendemains fleurissants. Si seulement il pouvait se faire valoir aux côtés d’un « monstre sacré ». Si seulement… Il n’y croit guère, ne se doutant pas que l’un de ses amis pense à lui.

5.

Le sentier de la gloire

Louis est viré par Jean Meyer, mais accueilli à bras ouverts par Jules Borkon. Ancien imprésario de Django Reinhardt, découvreur du clown Grock, Borkon vient de fonder à presque soixante ans sa maison de production, Champs-Élysées Productions. Il a découvert de Funès lors du tournage de Papa, maman, la bonne et moi. Ils se retrouvent en ce début juin 1955 dans les studios de Neuilly-sur-Seine pour la suite des aventures de la famille Langlois. Après le premier opus salué par quelque quatre-vingt mille spectateurs parisiens, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un tel filon soit exploité. Robert (Robert Lamoureux) a épousé Catherine (Nicole Courcel) et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes s’il n’y avait la crise du logement. Le couple est parent de quatre bambins — deux fois des jumeaux — et, hélas, l’appartement des Langlois reste trop exigu. M. Calomel (Louis de Funès) continue de se charger de les aider en tentant de pousser les murs, quand il ne se met pas en tête de percer le plafond à l’aide d’un vilebrequin et d’une pioche, perché sur un tabouret particulièrement instable. De la comédie franchouillarde à l’état pur dans laquelle Louis s’en donne à cœur joie, jouant aussi les apprentis sourciers à la campagne. Ambiance bon enfant où Louis se détend avec ses partenaires et, surtout, s’entretient longuement avec Borkon qui l’invite à devenir la vedette de son prochain film. Il n’a qu’une vague idée du sujet, il n’a pas encore choisi de réalisateur, mais il est prêt à investir sur son seul nom. Et, si le premier essai s’avère concluant, Borkon promet d’envisager une collaboration plus suivie. Louis en accepte l’augure et donne son accord de principe en se gardant bien de signer le moindre contrat.

Pour l’heure, faisant son deuil du théâtre, il poursuit son bonhomme de chemin devant les caméras du jeune Claude Sautet qui vient d’hériter de la réalisation de Bonjour sourire à Courbevoie. À l’origine, ce petit film sans gros moyens financiers devait être mis en scène par Robert Dhéry, qui déclare forfait pour ne pas avoir obtenu la distribution qu’il souhaitait. On songe alors à Jean-Charles Tacchella, qui refuse tout net. Engagé comme assistant, Claude Sautet[101] se retrouve donc avec ce bébé sur les bras. Il est surtout question de mettre en valeur des artistes de music-hall comme Henri Salvador, Annie Cordy, Darry Cowl ou Christian Duvaleix. Une courte prestation pour un de Funès en flic de service et grognon.

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97

Le 7 mars 1955.

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98

Le 8 mars 1955.

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99

Jean-Paul Sartre appelait familièrement Pierre Lazareff « Pierrot les bretelles  » et il n’était à ses yeux qu’« un clown sans scrupules, grand maître de la désinformation, mégalomane, presque atypique, vendu au plus offrant et dernier enrichisseur, et prêt à toutes les infamies », comme l’écrit Jean Meyer dans ses Mémoires, Place au théâtre, Éditions de Fallois (1990), p. 203. On notera que, dans ce livre, Jean Meyer ne dit rien des raisons pour lesquelles lui-même congédia Louis de Funès.

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100

Objet de critiques tous azimuts, Nekrassov ne comptera que soixante représentations, Louis de Funès ayant été remplacé par Roland Armontel.

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101

Claude Sautet reniera ce film, « effectuant consciencieusement et uniquement un pur travail technique. C’est pourquoi on peut comprendre qu’il n’ait jamais considéré ce film comme faisant vraiment partie de sa filmographie. Il en laissera pourtant d’excellents souvenirs à l’une de ses vedettes, Henri Salvador  », souligne Gérard Langlois in Claude Sautet, Les choses de sa vie, Éditions NM7 (2002), p. 34.

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