Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Ainsi s’achève cette année 1954, plutôt bien remplie. La prochaine s’annonce sous le signe d’un bref voyage en Allemagne dès le mois de janvier. Louis et Jeanne prennent soin de ne pas laisser seuls leurs enfants. Ils organisent leur absence avec minutie afin que ni Patrick ni Olivier n’en profitent pour faire l’école buissonnière. Émilienne est chargée de les surveiller. Quant à l’instituteur d’Olivier, Louis lui demande… de venir habiter chez eux ! C’est la première fois qu’ils « abandonnent » leurs enfants. Émilienne comme le maître d’école sont prévenus, Louis les appellera plusieurs fois par jour afin de s’assurer que tout va bien et que… les devoirs sont faits !
Ce court séjour à Hambourg, où Louis est le seul comédien français à se placer sous les ordres de Géza Radványi en couturier muet dans Ingrid : Die Geschichte eines Fotomodells, lui donne l’occasion de se promener et de découvrir la ville avec Jeanne. Il n’attend rien de particulier de ce film, songeant de plus en plus à faire son « trou » dans les milieux théâtraux. Dès son retour, il s’enquiert de la bonne tenue des enfants. Il écoute aussi ce maître d’école lui assurant que si Patrick travaille mal, c’est à cause de l’incurie de ses professeurs. « Je me sentis déculpabilisé, raconte Patrick de Funès[93], et mes résultats commencèrent à s’améliorer. À Noël, le tableau d’honneur me valut une mobylette. » Louis n’est pas fâché de pouvoir déguster à nouveau ses plats préférés que sont les pigeons aux petits pois, les escargots de Bourgogne ou les rognons au madère.
Du théâtre, Louis ferait bien son royaume, en attendant de décrocher des rôles plus importants et surtout plus valorisants au cinéma. Pendant quelques semaines, il répète On purge bébé de Feydeau sous la direction de Michel Vitold avec, face à lui, la jeune Loleh Bellon. Il n’a pas beaucoup d’espoir de jouer cette pièce — il ne la jouera d’ailleurs pas —, mais il veut continuer à apprendre son métier. Il se lance aussi dans le doublage de quelques célébrités italiennes. Après avoir passé des essais pour la Fox, il devient la voix officielle des comiques Totò et Renato Rascel. Il caresse également le souhait, ses finances étant devenues plus stables, d’acquérir une résidence à la campagne, histoire de s’y reposer en famille. Une résidence secondaire de préférence pas trop éloignée de Paris. Il laisse à Jeanne le soin de trouver cette thébaïde. Louis réfléchit aussi en ce début d’année à ce que Maurice Chevalier lui a suggéré en venant l’applaudir au Daunou. « Momo », avec son franc-parler habituel, ne lui a pas caché qu’il perdait son temps en France : « Mais qu’est-ce que vous foutez ici ? Allez aux États-Unis ! » Louis promet d’y songer un jour[94].
Sans engagements au théâtre, Louis décide de prendre les choses en main. Il vient de refuser de reprendre une pièce d’Henry Bernstein au Théâtre de Paris au motif qu’Elvire Popesco ne veut pas la programmer dans la grande salle[95] alors qu’il se pense capable de porter sur ses frêles épaules et sur son seul nom le haut d’une affiche. Il s’en ouvre à la directrice du Théâtre des Arts, 66, rue de Rochechouart. Alexandra Roubé-Janski vient de recevoir Poppi, la seconde pièce du romancier Georges Sonnier. Une tranche de vie d’une famille napolitaine, les Girgenti, dont les revenus proviennent essentiellement de l’argent gagné sur le trottoir par Pola, la fille de la maison. Se passant en 1943, l’action aborde aussi les petits trafics avec les Allemands et les Américains. Le père ne sait plus combien il a d’enfants, et depuis le jour de son mariage il ne s’est plus levé de son lit. L’argument est loin de déplaire à un Louis de Funès qui croit en sa bonne étoile, d’autant qu’Alexandra Roubé-Janski compte beaucoup sur le succès de cette pièce pour redonner de l’éclat à son petit théâtre qui vient de connaître un début de saison difficile. Pour l’entourer, on va à la recherche de jeunes comédiens et comédiennes capables de tenir plusieurs rôles. Il y a douze personnages secondaires. Sous l’œil attentif de Louis, le metteur en scène Pierre Valde retient Maryse Paillet, Maurice Vallier, Roger Saltel, Serge Netter et Marie-Blanche Vergne[96], à peine âgée de 21 ans, pour incarner Pola. Chacun travaille d’arrache-pied lors des répétitions afin d’être prêt pour le 23 février. On confie au dessinateur Dubout de croquer de Funès dans le programme riche d’un texte de Boris Vian, et à Paul Colin, le prestigieux créateur du placard de la Revue nègre qui fit connaître Joséphine Baker, de styliser l’affiche avec un Louis de Funès au sourire de travers et le visage cerné d’un collier de barbe. Tout semble au point pour le soir de la première. Au lever de rideau, chacun retient son souffle. Louis et ses partenaires se donnent sans retenue et… soudain, alors qu’il sort de son lit, il ressent comme un coup de poignard au genou gauche et se retrouve incapable de faire le moindre pas. Il faut interrompre le spectacle. En coulisses, livide, Louis hurle de douleur. Pour calmer sa souffrance, on appelle un médecin qui constate que Louis vient de se rompre un ménisque. Les représentations sont provisoirement suspendues, en attendant qu’il soit opéré. Ne sachant d’où provient cet accident, Louis accuse son automobile, sa DS 19 violette. « Mes enfants, affirme-t-il, si je veux continuer à jouer, il ne faut plus que je débraie ! » Pendant qu’il est au repos chez lui, la responsable est remplacée par une DS noire semi-automatique. Conscient que s’il ne reprend pas rapidement le chemin de la scène, Poppi passera aux oubliettes, Louis demande à Pierre Valde d’adapter sa mise en scène afin qu’il demeure allongé. Et, chaque soir, avant d’être le père Girgenti, il se douche le genou à l’eau glacée pendant une heure, puis il s’applique un bandage.
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Patrick de Funès in Louis de Funès. Ne parlez pas trop de moi, les enfants ! op. cit., p. 47.
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Maurice Chevalier lui fera la même suggestion quand Louis de Funès sera à l’affiche de La Grosse Valse en 1962. Louis de Funès ne franchira pas le cap, s’expliquant ainsi : « Je ne suis pas allé à Broadway parce qu’on me proposait alors un contrat minimal de trois ans et je n’ai pas voulu changer les enfants d’habitudes. J’ai eu tort. Aujourd’hui, ils seraient parfaitement bilingues et je n’aurais pas du tout fait la même carrière. J’ai préféré avancer pas à pas dans ce métier mais chez moi, en France, même si cela n’a pas été facile. » Louis de Funès, cité par Éric Leguèbe, op. cit., p. 44.
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Selon Patrick et Olivier de Funès, les pourparlers tournèrent vite « au vinaigre ». Présente à ses côtés, Jeanne ne se priva pas de défendre son comédien de mari en ces termes : « “Mais madame, mon mari mérite la grande salle ! s’insurgea notre mère, apprenant qu’elle lui réservait l’annexe, le petit Théâtre de Paris. — De quoi vous mêlez-vous ? Et pour qui vous prenez-vous ? Ce sera le petit”, lui répondit la dame, métamorphosée en dragon. Voyant que notre mère, nullement impressionnée par son numéro, ne lâchait pas prise, elle ajouta : “Et prenez-vous même le temps de faire l’amour ? — Tout va pour le mieux sur ce point, rassurez-vous !” » Sans un mot, la directrice tourna les talons. Ma mère attendit quelques minutes, puis, ne la voyant pas revenir, s’esquiva à nouveau. Op. cit., pp. 51–52.
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Future épouse de Jean-Christophe Averty.