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Ce genre de choses

Электронная книга - «Ce genre de choses». Краткое содержание книги:

« Longtemps j’ai joué avec les mots des autres.
J’ai voulu jouer avec les miens et puis, tardivement, j’ai constaté que mes mots les uns derrière les autres racontaient des histoires.
Alors pourquoi pas ? »
JEAN ROCHEFORT
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C’est rien, c’est simple, c’est magnifique.

Seul « vivre » était possible devant Schœn-dœrffer, nous sommes avec lui, ivre de son œuvre et de ses tempêtes.

L’océan, ses colères, le silence des icebergs, l’étonnement des pingouins, on ne pouvait « jouer », nous le vivions, et notre chef opérateur, Raoul Coutard, à bon escient assombrissait les brouillards.

Schœndœrffer Pierre est mort, Dufilho Jacques est mort.

Coutard, Perrin, Rich et Rochefort ont des cheveux blancs.

« Où t’as mis le DVD ?

— Quel DVD ? »

« Ton père aussi était costaud. Les Guillot aussi du côté de ta mère, mais du côté de ton père — ton père le premier —, ils étaient gourmands de tout, de tout ! Tu vois ce que je veux dire ?

Et ton arrière-grand-mère, ça je l’ai lu dans le journal de Dinan, savait, à la veillée, raconter de belles histoires. Les voisins venaient la voir et l’entendre, rien que pour ça, pour ses souvenirs et les histoires qu’elle inventait, ça t’a peut-être aidé, toi, qui sait ?… »

Oscar crache dans le caniveau. Un crachat conséquent.

« Excuse-moi mais, maintenant, je chique. On t’a raconté l’histoire de Guillot, qui était là, juste en face ?

— Quelle histoire ?

— L’histoire de ton grand-oncle Guillot, pas feignant lui non plus.

— Non.

— Ah bon ? Eh bien, il s’était marié avec une fille de Plancoët qui avait vingt ans de moins que lui. Il travaillait en haut, à l’atelier, c’est là qu’il réparait les chaussures. Sa femme, bien gentille, vendait les chaussures dans le magasin en dessous. Heureusement, il y avait un escalier en colimaçon qui reliait les deux, le magasin et l’atelier.

Été comme hiver, il gardait les fenêtres ouvertes et, trois, quatre fois par jour — tous les anciens te le diront —, toute la rue entendait ton grand-oncle Guillot, qui aurait quand même pu parler moins fort, crier : “Sélénie, monte en hhhaut, la nature me commande !” »

Un temps ici pour le rire et le silence.

« Et sinon, t’es là pour longtemps ?

— Non, je rentre à la fin du mois d’août. »

Dans le nord de la France, nous allons chercher un chiot basset artésien en Rolls Royce. Depuis qu’elle est acquise, Noiret Philippe est toujours en haillons, adieu liquettes de chez Charvet et leurs écharpes évanescentes !

Jean effiloché, cheveux peace and love, méconnaissable. Leçon d’élégance de cet homme amoureux des cuirs, des matières, des fleurs, et des bottines. Heures de loisir à regarder travailler les artisans et leurs manières, amitié avec Balthus, peintre des petites filles sages derrière des rideaux de brume, amour perpétuel pour sa femme Monique Chaumette, reine du théâtre national populaire, perpétuel puisque, de quarante-sept ans, qui eurent été de cinquante-quatre à ce jour sans la bête immonde qui souvent se complaît à détruire les amants. De ma part, stupéfaction admirative de voir M. Noiret père, choisir ses cigarettes en fonction de ses apéritifs.

Cent kilos et mains onctueuses, à pieds, à cheval, au volant, homme de violence, de tendresse et de pudeur, le voici en haillons car la Rolls est splendide mais elle est d’occase.

Il peut arriver, dans le nord de la France, qu’un tracteur subitement traverse une nationale.

Comme un conseil, je suggère à Noiret de freiner, puis impérativement je l’en prie, puis l’œil dilaté, je hurle : « Freine ! » La voix d’avalanche calmement me répond : « Mais je freine mon grand. »

Un sagace coup de volant et une cinquantaine de mètres dans l’herbe opulente du bas flanc de la route nous épargneront le pire. À l’arrière, très loin, Monique Chaumette, l’aimée confiante et discrète, continuera à contempler les champs de houblons, l’amour est aveugle.

Grâce à notre héros aux mains onctueuses, nous voilà entourés de chiots de la race basset artésien, pattes courtes qui, hors nature, choisissent individuellement des promenades différentes. Grosses têtes et grandes gueules, regards de commisération sur le reste du monde.

L’un de ces petits chiots échange un regard avec Philippe. Arraché au sol, le voilà dans les bras du géant. Troublé je constate que leurs regards sont cousins, Monique aussi, puisqu’elle est acquise. Il s’appelle Philippe, il s’appellera Nonogre, Nonogre aurait pu s’appeler Philippe. Phílippos, l’ami des chevaux.

Les années passent grâce au sagace pilote, quelques rides supplémentaires pour ceux qui revinrent du nord, beaucoup pour Nonogre, aucune pour Monique, vous pourrez vérifier.

Philippe et moi faisons un film d’après un roman de Jean-Marc Roberts, comme c’est bizarre, bizarre…

« Vous avez dit bizarre, bizarre ?

— Moi j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre. »

Le journal Libération, n’appréciant pas nos incarnations, piétine nos aïeux, nous voilà nommés par le vil torchon Noirot et Rochefaible, nous ne nous quitterons plus, jusqu’à ce que.

Dans nos cerveaux, le désir de l’autre ne passe jamais par le circuit de la réflexion, m’assène un jour, et un peu tard, le Dr Mamoudy, chirurgien et ami, ce qui n’est pas incompatible.

Il naît de l’olfactif, du tactile et aussi de la supposition du visible pour rassurer les fanas du SMS.

On peut ne pas être admis au concours de sortie du conservatoire municipal de Nantes.

On peut brusquement foncer à Paris, s’inscrire dans un cours, et conseiller à Annie Girardot qui me demande, inquiète, mon avis — à savoir doit-elle continuer à prendre des cours de théâtre, ou ne ferait-elle pas mieux de devenir assistante sociale puisqu’elle en a le diplôme —, et sans hésiter, lui conseiller l’assistance sociale : « Puisque tu te fagotes n’importe comment et en scène on ne comprend rien de ce que tu dis, crois-moi, sois raisonnable. »

On peut, au mois d’août en Bretagne, porter sur son dos des sacs d’oignons de glaïeuls, de cent ou deux cents livres au choix. Je choisis cent livres, bien que l’on soit payé au poids. On se croise, ceux qui descendent à vide, et ceux qui montent, sacs d’oignons sur le dos. Un rouquin, plus jeune du tout, moustache également rousse et celte, corps noueux comme un sarment, chaque fois qu’il me croise, murmure : « Un gars de 20 ans qui porte pas ses deux cents livres n’a pas de couilles. » Trente fois par jour, pendant trente jours.

On peut en septembre retourner à Paris, provincial transi, et déglingué encore plus.

On peut courageusement vouloir s’inscrire au concours d’entrée du Conservatoire national d’art dramatique.

On peut manquer d’audace et, figé, rester sur le trottoir d’en face, de 14 à 18 heures, sans traverser la rue.

On peut à 18 h 01 la traverser, impulsivement s’adresser à la préposée le cœur battant, pour s’entendre répondre : « Ah non, ici c’est le Conservatoire de musique, le Conservatoire d’art dramatique, c’est rue du Conservatoire, mais la cantine est la même, à l’Opéra. »

On peut, plus tard, être admis au Conservatoire national d’art dramatique et ne pas être admis au concours de sortie du Conservatoire national d’art dramatique.

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