Ce genre de choses
- Автор: Rochefort Jean
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Stock
- ISBN: 978-2234070134
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Ce genre de choses». Краткое содержание книги:
J’ai voulu jouer avec les miens et puis, tardivement, j’ai constaté que mes mots les uns derrière les autres racontaient des histoires.
Alors pourquoi pas ? »
JEAN ROCHEFORT
Les Américains du sud sont tabassés ou assassinés afin de laisser pousser le soja qui servira de litière à notre élevage industriel immonde où l’on créa le poulet du pauvre. Pour les désosser, vous soufflez dessus, bon dimanche !
Puis l’Antarctique et les bagnoles, le réchauffement, tout ça, et puis les dieux qui en ont rien à foutre des autres espèces, je vous vois venir, vous me direz : « Et l’Arche de Noé ? » Il y avait une girafe mais pas Porcinet, les classes sociales, déjà.
Allez, je suis obligé d’arrêter, j’ai plus de papier, plus de crayon, plus de taille-crayon, plus rien. D’un autre côté si j’arrête là mes employeurs vont dire : « Eh minute ! Votre affaire là, c’est plutôt pessimiste, c’est pas très commercial. » Oh j’en ai marre ! J’aurais peut-être pas dû, mais d’un autre côté j’avais rien d’autre à faire.
Merde plus de papier, plus de Signpen, plus de crayon, plus rien.
Ah ! J’ai retrouvé un crayon, je vais pouvoir finir plus gai, plus « commercial ».
Le fond est bon. Il faut espérer ! Le caporal qui, à Ravensbrück, balançait toute la journée des petits gars et des petites filles dans les fours paniquait quand il apprenait que sa fille avait une angine. Le fond est bon.
Et Eichmann qui, selon Hanna Arendt, n’en revenait pas d’être considéré comme un monstre, lui ! Lui monstre ? Lui persuadé et satisfait d’avoir bien fait son travail.
Le fond est bon. Courage !
Et si Hitler avait été reçu aux Beaux-Arts ?
Quelques obligations : raconter à des enfants que leurs arrières-grand-mères avaient des socquettes, des genoux écorchés, et qu’elles pouffaient en voyant passer les garçons.
Belmondo encore ! Normal, trop célèbre pour être connu.
Au milieu des années 1950, il avait l’air d’un soixante-huitard. Il aurait eu un pavé dans la poche, il n’en aurait pas été surpris, nous non plus. Car personne dans les années 1950 ne s’habillait comme lui et le plus stupéfiant était que lui ne semblait pas s’apercevoir qu’il ne s’habillait comme personne. Nous fûmes donc quelques-uns (dont moi, et je n’en suis pas peu fier) à constater qu’un extraterrestre venait d’être reçu au Conservatoire. Sa façon même de bouger, son « élasticité » renforçaient nos espoirs. Nous n’avions pas 20 ans et tout était alors possible. Ses détracteurs les plus engagés n’hésitaient pas à évoquer chez lui une démarche simiesque. Pour ceux-ci, il était le passé, pour d’autres, il était le futur.
Il existe des femmes et des hommes-étoiles. D’où viennent-ils ? Ils sont autour de nous, rares, et, dans les premières rencontres, dérangeants, intrigants. Ne sont-ils pas ceux que nous ne rêvons pas encore d’être ? Et voilà que sous nos yeux ils éclosent : Brando revêt un marcel et fait d’Éros un pantouflard ; Marilyn, d’un coup d’air chaud soulevant sa jupe, fait imploser nos libidos ; Jean Seberg et Belmondo s’entre-regardent un instant, et d’une petite chambre de Montparnasse, font le centre du monde.
Plus tard, Jeanne Moreau se donne au cinéma à celui dont on parle, comme Jeanne Moreau se donne au cinéma. Plus tard encore, les séminaires débordés sont obligés de refuser des vocations sincères, après Léon Morin, prêtre de Melville, des centaines de jeunes gens rêvent de se trimbaler en soutane, ignorant que lui seul pouvait le faire comme ça. Mon ami est donc un homme-étoile, je n’en reviens toujours pas !
Mais soyons lucides, les hommes et les femmes-étoiles sont des œuvres d’art contemporain pour toujours.
Quand Belmondo au Conservatoire « passait » une scène, les avertis se précipitaient. Les mots qui sortaient de sa bouche ne pouvaient avoir été écrits auparavant. On ne réchauffe pas les galettes ! Non, les mots parvenaient vivants, évidents, tout neufs.
« Montre-moi tes mains.
— Les voilà !
— Les autres !
— Les autres ?
— Oui.
— Les voilà. »