Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
– Si le comte de Champmas n’était pas corps et âme à Votre Altesse royale, s’écria Ysole enthousiaste, je le renierais pour mon père!
– Vous êtes une loyale sujette et je vous remercie, répliqua le prince toujours gaiement. Parlons affaires. Vous avez éloigné vos gens?
– La maison est complètement vide.
– Je viens de voir une voiture stationnant au coin de la rue du Harlay, je suppose que c’est la vôtre?
– C’est la mienne.
– Nous n’en aurons pas pour longtemps et vous reviendrez ce soir veiller votre intéressante petite poitrinaire, quand le général sera en sûreté. C’est vous qui devez le sauver: je vous ai réservé cette joie.
– Oh! prince! s’écria Ysole, comment payer jamais?…
– Un peu de votre amour, et je serai trop généreusement récompensé!
Il ferma vivement la bouche d’Ysole, qui allait répliquer.
– Regardez, dit-il.
Ils étaient sur la terrasse. La nuit était tout à fait tombée. Le prince montra du doigt le balcon du deuxième étage, où une lueur s’alluma pour s’éteindre aussitôt.
– On a enlevé le foulard rouge, prononça-t-il tout bas, votre père est libre!
Les genoux d’Ysole fléchirent.
– Mon roi! balbutia-t-elle, mon Dieu! je suis à vous corps et âme! Il la regarda galamment et dit:
– Votre voiture vous attend, chère adorée. À demain, et mille compliments au général!
Ysole s’élançait déjà au-dehors. Le prince l’arrêta pour lui montrer Suavita endormie.
– Prenez la clef, dit-il en sortant le premier.
Ysole obéit. Après avoir fermé la porte, elle murmura en rougissant et comme pour s’excuser:
– Votre excellent cœur pense à tout…, moi, je suis folle; mais je n’ai pas d’inquiétude pour cette chère enfant, dont le sommeil va durer jusqu’à demain… à moins que je ne l’éveille pour lui dire: Suavita, voici notre père, que le plus noble des hommes nous a rendu!
Ses doigts charmants envoyèrent un baiser. Elle disparut.
Le prince descendit quelques marches derrière elle comme si son dessein eût été de gagner la rue.
Mais quand le pas d’Ysole cessa de se faire entendre, il rebroussa chemin et monta lestement l’escalier qui conduisait au second étage.
Le palier du deuxième étage n’était pas éclairé; le prince frappa à la porte du milieu six coups ainsi espacés: trois, deux, un.
– Que voulez-vous? lui demanda-t-on à travers le battant fermé.
– Acheter du drap noir, répondit le prince.
La porte s’ouvrit et la voix, qui avait déjà parlé dit:
– Entrez avec le voile.
IX Les Habits Noirs
Toutes choses avaient été ainsi convenues à l’avance entre Ysole et le prince libérateur.
Ysole aimait sincèrement son père à qui elle devait une double reconnaissance; elle était follement éprise de cet invraisemblable héros de roman qui lui promettait une couronne – et elle avait un rôle.
Il ne faut pas mépriser ce dernier point. Les jeunes filles du genre d’Ysole et même quelques femmes d’un certain âge, foncièrement respectables, donneraient leur petit doigt pour avoir un rôle.
Un rôle pour les filles d’Ève, c’est le bonheur.
Ysole était heureuse, émue, ivre d’espoir et d’orgueil.
Son rôle consistait à occuper cette voiture qui l’attendait au coin de la rue Harlay-du-Palais, et à attendre son père, dirigé de ce côté par les instructions de ses mystérieux sauveurs.
C’était là, du moins, ce qu’on avait dit à Ysole. Nous verrons tout à l’heure si on lui avait dit la vérité.
Le général devait monter dans la voiture, dont le cocher avait ordre de prendre aussitôt le galop, au cas où l’ombre d’un danger se présenterait. Dans le cas contraire, le général devait s’introduire dans la maison du quai des Orfèvres, embrasser la plus jeune de ses filles, cette chère petite malade qu’il avait si grand peur de perdre, et revêtir un déguisement complet. L’absence concertée de tous les gens de service assurait le secret.
Si le lecteur trouve quelque chose de défectueux dans ce plan, nous confesserons qu’il n’avait pas le sens commun; mais nous ajouterons que cela importait peu: le plan était uniquement destiné à tromper, pour quelques instants, notre belle Ysole. Un stratagème plus naïf encore l’eût pareillement satisfaite. Elle était subjuguée, et c’était elle-même qui serrait le bandeau sur ses yeux.
Et si le lecteur, devant cet aveu, juge notre Ysole par trop crédule, nous le renverrons aux histoires authentiques d’imposture et d’amour. N’essayez jamais d’assigner une limite aux aveuglements d’une fille ambitieuse, aux crédulités d’une femme qui aime.
Volontiers dirions-nous la même chose des hommes les plus mûrs et les plus sages, dès que la passion est en jeu.
Le prince d’Ysole n’était pas, d’ailleurs, le premier venu. Au début du règne de Louis-Philippe, on croyait encore et beaucoup, dans certains coins, à l’existence de Louis XVII.
Nous avons eu entre les mains des pièces volumineuses et originales se rapportant à deux des quatre personnages qui, précisément, se firent passer pour Louis XVII.
Avec ces dossiers, nous comptons bien élever quelque jour un monument à l’audace des charlatans et à l’éternelle splendeur de la bêtise humaine.
Ici, l’âge du comédien voulait qu’il fût, non point Louis XVII lui-même, qui aurait été un homme de plus de cinquante ans, mais son fils.
– Si les circonstances politiques y prêtent par hasard, soyez certains que la race de ces hardis menteurs n’est pas éteinte. Vous verrez les petits-fils de Louis XVII et aussi ses arrière-petits-fils.
Nous laissons notre Ysole à la fiévreuse attente de «son rôle» et nous rentrons dans la maison du quai des Orfèvres pour monter, comme le prince, l’escalier du second étage, non pas sur ses traces, mais une heure avant lui.
Il nous tarde de voir enfin ce qu’il y avait en deçà de ce romanesque balcon, et quels étaient les personnages que nous avons surpris, correspondant, à l’aide d’une lueur télégraphique et du fameux foulard rouge, avec le charpentier, le maçon et l’assassin, réunis au dernier étage de la tour Tardieu, dans la chambre n° 9.
C’était la pièce située immédiatement au-dessus de celle où la plus jeune des filles du général languissait sur sa chaise longue. Comme le jour baissait déjà et que les persiennes closes interceptaient la lumière, on avait allumé deux lampes qui, coiffées de leurs abat-jour verts, répandaient dans l’appartement de parcimonieuses clartés.
Il y avait en fait de meubles un canapé, recouvert de drap brun, des fauteuils et des chaises de même nuance, le tout forme Empire, une grande pendule d’albâtre, à colonnes, sur la cheminée, une table carrée, avec tapis de drap, pareillement brun, et une vaste armoire à coins de cuivre.
Sur la table, quelques papiers étaient épars, avec tout ce qu’il faut pour écrire.