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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Mais les bonnes gens du pays de Sartène, en Corse, savent bien à quoi s’en tenir à cet égard. En 1807, le colonel Bozzo, qui avait déjà les cheveux blancs, vint prendre ses quartiers dans les souterrains du fameux couvent de la Merci, où les chefs des Camorre avaient fait tant de belles et bonnes orgies. On l’appelait Il Padre d’ogni et Fra Diavolo comme devant.

Et il est avéré qu’en 1842, année où, pour la dernière fois, l’association donna signe de vie, le couvent de la Merci, sous Sartène, était encore le refuge des Habits Noirs de France et des Black Coats d’Angleterre.

Par quelle filière cependant et selon quelle métamorphose les sauvages bandits de l’Apennin étaient-ils devenus chez nous ces malfaiteurs cauteleux, ces diplomatiques coquins, liant une affaire avec des habiletés miraculeuses et faisant servir le Code lui-même à la réussite de leurs desseins?

Les choses changent selon les lieux; les hommes font comme les choses. La géographie a des lois absolues. Dans les sentiers ouverts de la montagne, la violence; dans les rues encombrées des villes, l’adresse.

C’est ainsi, prétend un philosophe, que les loups tombèrent au rang des chiens par l’éducation et la culture.

Mais dans le principe même de l’association, et lorsque les veste nere de la 2e camorra n’étaient que de rudes brigands, leur dogme avait déjà quelque chose de raffiné. Ils disaient, et c’était le seul commandement de leur catéchisme: Payer la loi.

Payer la loi, c’était pour eux, se mettre sous la sauvegarde du droit romain qui n’a jamais cessé d’être en vigueur au-delà des Alpes et qui régit encore la France sous l’autorité du Code Napoléon.

Payer la loi, c’était se faire un bouclier de l’axiome vénérable: «Non bis in idem.» On ne peut pas punir deux coupables pour le même fait.

La loi tient ses comptes en partie double comme toute honnête personne qui a un doit et un avoir. Pour la loi, le problème se pose toujours ainsi, le lendemain du crime: – Doit X, l’inconnu, à tel meurtre ou à tel vol.

Il s’agit de dégager X, de mettre la main sur l’inconnu pour balancer la faute par le châtiment.

Le compte est alors réglé, le bilan a repris son solennel équilibre: on n’y peut plus revenir.

Payer la loi, c’était fournir un coupable à la justice pour chaque crime commis.

La justice avait son dû, et cela ne coûtait aux Habits Noirs qu’un crime commis en plus. Tout le monde était content, sauf les morts.

Ceci étant dit ou rappelé, nous reprenons notre histoire.

Le vieil homme assis au fauteuil de la présidence s’appelait le colonel Bozzo. Il était le Père-à-tous des Habits Noirs. Il avait été pendu à Naples.

L’homme assis sur le canapé était son ancien secrétaire, Toulonnais l’Amitié, un déterminé malfaiteur, qui avait dans Paris une position et une célébrité, sous le nom de M. Lecoq de La Perrière, agent d’affaires.

Le beau cavalier un peu ruiné de santé à qui le Père avait parlé de «sa petite Fanchette» était le comte Bozzo-Corona, petit-gendre du colonel. Sa femme, la malheureuse et belle comtesse Corona avec qui il avait engagé un duel à mort, était le seul côté humain par où pût être touché le cœur de caillou du vieux Maître.

Il y avait encore l’abbé X…, prêtre renégat; le docteur Samuel, grande science avilie dans le vice; et Jouan, le prêteur sur gages, qui n’avait jamais eu la peine de déchoir.

Quant à la femme élégante et charmante assise sur le canapé auprès de M. Lecoq, elle a été l’héroïne de notre second récit (Cœur d’Acier). Il ne restait rien, en apparence du moins, à cette fière comtesse de Clare, de l’ancienne Marguerite de Bourgogne, amour de tous les Buridan du quartier des écoles.

Nous n’avons plus qu’un seul mot à ajouter: quel que soit l’effet produit par les lignes qui précèdent, le lecteur est ici en face des plus dangereux bandits qui aient effrayé jamais les veillées parisiennes.

Au moment où le vieillard reprenait son cahier, M. Lecoq éleva la voix:

– Je dois mentionner, dit-il, que Mme la comtesse de Clare est ici pour une communication très importante.

– Mes enfants, répondit le Père-à-tous, je vais vous lire mon rapport, et je vous prie d’en remarquer la rédaction. J’y ai mis tous mes soins. Ce sera peut-être le dernier, vu mon grand âge. Quand j’aurai achevé, nous nous occuperons de la communication très importante de notre belle Marguerite. Je commence, mes mignons; taisez-vous.

«Le général comte de Champmas est un brave militaire qui nous a été désigné, il y a un an, par notre excellent collègue Nicolas, comme pouvant donner matière à spéculation. Il est très riche, et ce sont de bons biens qu’il a, au soleil. Sa famille se compose de deux filles: l’aînée, illégitime, mère inconnue; la seconde, née dans le mariage. Mme la comtesse de Champmas est morte.

«La fille légitime est maladive et ne vivra pas. Notre premier dessein à Nicolas et à moi était de porter le général à réaliser sa fortune, sous prétexte politique. Une fois ses biens vendus et payés, on aurait saisi le moment pour liquider le général.

«La fillette ne comptait pas; Toulonnais avait un jeune homme tout prêt pour payer la loi: le nommé Paul Labre qu’il a employé ultérieurement à un autre usage.

– Celui-là ne vaut plus rien, dit Lecoq; je le donne à qui voudra le prendre. Il est brûlé.

– Sur ces entrefaites, reprit le vieillard, le général comte de Champmas ayant appelé près de lui sa fille aînée, l’idée d’une autre combinaison moins grossière naquit en nous.

«C’est l’exécution de ce plan, mis en œuvre avec le concours de l’association, que je vais avoir l’honneur de rapporter au conseil.

X Gautron à la craie jaune

Le colonel Bozzo avait tout un côté de sa vie qu’il pouvait montrer et qu’il montrait, en effet, sans orgueil ni faste. Paris entier connaissait son hôtel de la rue Thérèse, véritable atelier de bienfaisance. Là, il n’y avait point de luxe, mais bien une sorte de grandeur austère. On y voyait souvent de hauts personnages.

En France et en Europe le colonel Bozzo possédait d’illustres amitiés. Sous le règne de Louis-Philippe, les journaux railleurs avaient jeté beaucoup de discrédit sur la profession de philanthrope. Et il est de fait qu’on vit à cette époque des exemples assez curieux d’hypocrisie effrontée. Le mot philanthrope en était venu à être pris en mauvaise part: on l’appliquait presque comme une injure.

Mais le colonel restait en dehors et au-dessus de cette réaction. Personne n’eût osé soupçonner ou railler le colonel. Il vivait de rien; à quoi lui eût servi de spéculer sur la part des pauvres?

Sa fortune passait pour être immense. Tout un district de la Corse lui appartenait.

À lui tout seul, il relevait la philanthropie dégradée. Son existence était un noble modèle, offert à son siècle, et ceux qui citent volontiers les hémistiches célèbres ne manquaient pas de dire, en parlant de sa sereine vieillesse: «C’est le soir d’un beau jour!»

Ceux-là, les faux apôtres, sont la ruine de tout ce qui est bon.

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