L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
Ce sont les paupières qui donnent l’expression et non les yeux eux-mêmes, se dit-il. Les miennes sont déformées parce que j’ai vécu trop longtemps sous le casque respiratoire. Cela va s’arranger. J’ai passé des mois difficiles, mais maintenant tout ira bien.
Le vaisseau absorba de la puissance débitée par l’étoile-nourrice la plus proche et les rotors du vaisseau l’emportèrent vertigineusement sur les axes de la trame temporelle. Muller, protégé par la carapace de plastique et de métal, fut lancé sur un raccourci à travers le cosmos. Même en hyperpropulsion, une certaine quantité de temps absolu s’écoule pendant que le vaisseau glisse le long de la trame du continuum. Muller lut, dormit, écouta de la musique et brancha un cube érotique quand il en eut un trop grand désir. Il se disait que la rigidité de son expression faciale disparaîtrait et que cela ne lui ferait pas de mal de s’offrir un léger remodelage après son arrivée. Cette expédition l’avait un peu marqué physiquement.
Il n’avait aucune tâche à exécuter. Le vaisseau cosmique émergea de la trame temporelle dans les limites prescrites, à 100 000 kilomètres de la Terre, et des lumières colorées sillonnèrent le tableau de communication. C’était la plus proche station de contrôle qui lui signalait sa position. Muller se brancha en phonie.
— Mettez-vous à la même vitesse que nous, M. Muller, et nous vous enverrons un pilote à bord qui vous guidera jusqu’à la Terre, lui dit le contrôleur du trafic.
Le vaisseau obéit aux instructions. Muller aperçut bientôt le dôme cuivré de la station de contrôle. Elle flotta un instant juste au-dessus de lui, lentement, il reprit de la hauteur et s’approcha de la station pour s’accoler à elle.
— Nous avons un appel de la Terre pour vous, M. Muller, dit le contrôleur. C’est de M. Charles Boardman.
— Passez-le-moi, dit Muller.
Le visage de Boardman remplit l’écran. Il semblait rose, frais, bien reposé et en parfaite santé. Il sourit et tendit la main.
— Dick, dit-il. Mon Dieu, c’est formidable de vous voir !
Muller brancha le système tactile et posa sa main sur le poignet de Boardman, à travers l’écran :
— Salut, Charles. Une sur soixante-cinq, hein ? Eh bien, me voilà.
— Dois-je l’annoncer à Marta ?
— Marta ? répéta Muller.
Il dut fouiller sa mémoire. Ah ! oui. Celle qui avait une si belle chevelure bleue et une démarche si ondulante sur ses talons pointus :
— Oui. Dites-le à Marta. J’aimerais qu’elle soit à l’atterrissage. Les cubes érotiques ne le sont pas autant qu’elle.
Boardman eut un rire égrillard. Puis, subitement, il changea d’expression et redevint sérieux :
— Comment cela a-t-il marché ?
— Comme ci, comme ça.
— Vous avez établi un contact, non ?
— J’ai trouvé les Hydriens, oui. Et ils ne m’ont pas tué.
— Étaient-ils hostiles ?
— Ils ne m’ont pas tué.
— Oui, mais…
— Je suis vivant, Charles. (Muller sentait que son tic le reprenait.) Je n’ai pas appris leur langage. Je ne peux pas vous dire s’ils m’appréciaient. Ils semblaient très intéressés. Ils m’ont étudié de près pendant très longtemps. Ils n’ont jamais dit un mot.
— Sont-ils télépathes ?
— Je ne peux pas vous répondre, Charles. Je ne sais pas.
Boardman resta silencieux un assez long moment :
— Que vous ont-ils fait, Dick ?
— Rien.
— Ce n’est pas vrai.
— Ce que vous voyez est la fatigue du voyage, répondit Muller. Je suis en bonne forme, simplement les nerfs un peu tendus. Je veux respirer de l’air réel, boire de la vraie bière et manger de la vraie viande et avoir un peu de compagnie dans mon lit. Après, je serai parfaitement bien. Alors peut-être pourrai-je vous suggérer quelques moyens d’établir un contact avec les Hydriens.
— Dick, comment est réglé votre système de communication ?
— Hein ?
— Je vous reçois trop fort, dit Boardman.
— C’est la faute des relais. Franchement, Charles, je ne vois pas ce que notre transmission a à voir là-dedans.
— Je n’en suis pas sûr, dit Boardman. Je veux seulement comprendre pourquoi vous hurlez.
— Je ne hurle pas ! cria Muller.
Peu après ils coupèrent le contact. Muller avait été averti par la station de contrôle que le pilote était prêt à monter à bord. Il déclencha l’ouverture de la trappe d’accès et le pilote pénétra dans son vaisseau. C’était un jeune homme très blond, avec un visage pâle qui évoquait la tête d’un rapace. Il ôta son casque et se présenta :
— Je m’appelle Les Christiansen. Mr Muller, je tiens à vous dire que c’est un grand honneur et un privilège pour moi de piloter le premier homme qui ait visité une espèce autre que la nôtre. J’espère ne pas violer les règles de sécurité, mais j’aimerais tellement que vous me parliez un peu d’eux pendant notre voyage jusqu’à la Terre. Voyez-vous, je ne peux m’empêcher de penser que je vis un moment historique. Moi, le premier à vous voir en chair et en os depuis votre retour. Vous voudrez bien me… me raconter un petit peu à propos des…
— Oui, je crois qu’il m’est permis de vous dire quelques petites choses, dit Muller d’un ton affable. D’abord, avez-vous vu les cubes sur les Hydriens ? Ils devaient être montrés et…
— Vous permettez que je m’asseye, Mr Muller ?
— Naturellement. Donc vous les avez vues, ces créatures longues et maigres avec tous leurs bras…
Christiansen l’interrompit :
— Je me sens très mal. Je ne sais pas ce qui m’arrive.
Tout à coup, son visage s’était empourpré et des gouttes de sueur coulaient sur son front :
— Je crois que je vais être malade. Je… Vous savez, cela ne devrait pas arriver.
Le pilote se leva et se laissa péniblement tomber sur une couchette en mousse plastique. Frissonnant, il se roula en boule, cachant sa tête entre ses mains. Muller, rouillé par les longs mois de silence, hésitait, ne sachant pas quoi faire. Finalement, il prit le poignet du jeune homme pour le guider vers la pièce de thérapeutique. Christiansen se dégagea brutalement et bondit comme s’il avait été touché par une décharge brûlante. Ce mouvement brusque lui fit perdre son équilibre et il alla s’affaler sur le sol de la cabine. Il se redressa péniblement et rampa sur les genoux pour s’éloigner le plus possible de Muller. D’une voix étranglée, il demanda où se trouvaient les toilettes.
— Là, montra Muller.
Christiansen se précipita, ferma la porte derrière lui et la verrouilla. Muller, complètement désorienté, entendit des bruits de vomissement, suivis par ce qui semblait être des sanglots. Il allait signaler la maladie du pilote à la station de contrôle quand la porte s’ouvrit et Christiansen apparut.
— Pouvez-vous me passer mon casque, M. Muller ? demanda-t-il d’une voix enrouée.
Muller le lui tendit.
— Je vais devoir retourner à ma station, M. Muller.
— Je suis navré que vous ayez réagi ainsi. Mon Dieu, j’espère que je ne suis pas contagieux.
— Je ne suis pas malade. Je me sens simplement… comment dire… Je me dégoûte. (Christiansen ajusta son casque :) Je ne comprends pas. Mais j’ai envie de m’effondrer en pleurs. S’il vous plaît, laissez-moi partir, M. Muller. C’est… je… c’est… c’est terrible. Voilà ce que je ressens !