L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
À son époque, il pouvait espérer vivre à peu près deux cents ans. Il voulait profiter au maximum de ces années. Je n’ai pas encore assez vécu pour mourir maintenant, pensa-t-il.
Il dansa sur le rythme scandé par l’ordinateur et passa le lac de feu et les murs écraseurs.
Sur le linteau de l’ouverture, devant Rawlins, était perchée une créature pourvue de longues dents. Avec beaucoup de précautions, Charles Boardman sortit le revolver de son équipement et enclencha le viseur automatique. Il programma la charge pour une masse de trente kilos située à une distance d’une cinquantaine de mètres.
— Je l’ai, dit-il à Rawlins — et il tira.
La boule d’énergie s’écrasa contre le mur, formant une auréole pourpre dont les bords étaient frangés d’un vert électrique. La bête, les membres raidis dans une dernière agonie, fut projetée en l’air et retomba lourdement sur le sol. D’on ne sait où, apparurent trois petits charognards qui entreprirent de la déchirer en pièces.
Boardman gloussa. Il reconnaissait qu’il ne fallait pas beaucoup d’adresse pour chasser avec une arme dotée d’un viseur automatique, mais il y avait très longtemps qu’il n’avait pas tiré un coup de feu. Cela remontait bien en arrière. Il avait trente ans et il avait passé une longue semaine dans une réserve saharienne avec un groupe de huit hommes d’affaires et conseillers gouvernementaux. Il était de loin le plus jeune et il l’avait fait par intérêt politique.
Tout lui avait été détestable ; les dépouilles des bêtes fauves étendues sur le sable, tout ce carnage gratuit pour satisfaire la gloriole de quelques hommes mûrs et repus. À trente ans on n’est pas très tolérant avec ses aînés et leurs distractions idiotes, et pourtant il était resté parce qu’il pensait que l’amitié de ces hommes influents pourrait lui être utile. Cela avait été utile. Il n’avait plus jamais chassé. Mais cette fois-ci, tuer n’avait pas le même sens, même avec une visée automatique. Ce n’était pas pour le sport.
Des images géométriques s’entrecroisaient de manière abstraite sur un écran doré enchâssé dans un mur proche de la limite intérieure de la zone H. Rawlins vit le visage de son père prendre forme sur cette toile de fond mouvante où dansaient des flammes colorées. Cet écran ne reflétait que des fantasmes : ce qu’il montrait était enfoui dans l’œil de celui qui le regardait. Les robots, passant devant, n’avaient vu qu’un écran vide. Rawlins aperçut l’image d’une jeune fille qui apparaissait maintenant. Maribeth Chambers, seize ans, étudiante de seconde année à l’université Notre-Dame de la Pitié, à Rockford dans l’Illinois. Maribeth Chambers lui souriait timidement, puis elle commença à se déshabiller. Ses cheveux étaient souples et doux, comme un nuage doré ; ses yeux étaient bleus et ses lèvres pleines et humides. Elle dégrafa son soutien-gorge, dévoilant deux splendides globes blancs et fermes, léchés par les flammes. Ils se tenaient hauts et très rapprochés l’un de l’autre, défiant les lois de la pesanteur malgré leur taille et leur volume. L’étroite vallée, entre eux, prometteuse de délices, mesurait bien quinze centimètres de profondeur. Maribeth Chambers rougit et dénuda le bas de son corps, puis pivota. Des petites pierres précieuses de couleur grenat étaient serties dans ses fossettes, juste au-dessus de ses fesses roses et rebondies. Un crucifix d’ivoire était pendu à une chaîne dorée qui enserrait sa taille. Rawlins essayait de détacher son regard de l’écran. L’ordinateur lui ordonna de reprendre sa marche ; il obéit et partit en traînant les pieds.
— Je suis la Résurrection et la Vie, dit Maribeth Chambers, d’une voix rauque et passionnée.
Elle lui fit un signe vulgaire pour l’appeler et cligna de l’œil langoureusement. D’une voix basse et érotique elle lui murmurait de douces obscénités :
— Eh, beau gosse, viens par ici ! Tu verras, je te montrerai des trucs…
Elle gloussa et se contorsionna lascivement. Avec ses muscles, elle fit bouger ses seins qui s’entrechoquèrent et sonnèrent comme des cloches à la volée.
Sa peau vira au vert sombre. Ses yeux glissèrent sur son visage. Sa lèvre inférieure se poussa en avant et devint une pelle grotesque et molle. Ses cuisses commencèrent à fondre. Les flammes dansaient de plus en plus haut sur l’écran. Rawlins entendit un chœur de longs et lourds sanglots qui semblaient venir d’un orgue invisible. Il se força à écouter le chuchotement impérieux de l’ordinateur. Il se laissa guider et passa.
L’écran exhibait des formes abstraites et géométriques : des lignes droites et courbes se croisant et se déplaçant suivant un schéma incompréhensible mais parfaitement rigoureux. Charles Boardman s’arrêta un instant pour admirer ces figures. Puis il continua sa progression.
À proximité de la limite intérieure de la zone H : une forêt de poignards tourbillonnants.
La chaleur devenait tout à coup intense. On en était réduit à marcher en sautillant sur la pointe des pieds. Ce changement était étrange parce que aucun de ceux qui étaient déjà passés ne l’avait signalé. Se pouvait-il qu’il y ait des variations ? La cité était-elle capable de modifier ses défenses ? Jusqu’à quel degré la chaleur monterait-elle ? Où s’arrêterait cette zone de chaleur ? Cette progression thermique aurait-elle une fin ? Vivraient-ils assez longtemps pour atteindre la zone E ? Était-ce une idée de Richard Muller pour les prévenir des dangers auxquels ils s’exposaient ?
Peut-être a-t-il reconnu Boardman et essaye-t-il de le tuer ? C’est une autre possibilité. Muller a toutes les raisons de le haïr et ici il ne risque aucune punition ni aucun châtiment. Peut-être devrais-je marcher plus vite et laisser un plus grand espace entre Boardman et moi ? Il semble que la chaleur augmente encore. D’un autre côté, il m’accusera d’avoir été lâche. Et déloyal.
Maribeth Chambers n’aurait jamais fait une chose pareille.
Les nonnes se rasent-elles encore la tête ?
Boardman trouva l’écran de distorsion bien à l’intérieur de la zone G. C’était peut-être le piège le plus dangereux. Il n’avait pas peur : un seul homme, Marshall, avait péri en le traversant. Il craignait surtout de pénétrer dans un endroit où les évidences transmises par ses sens ne correspondaient pas à la réalité. Boardman accordait un grand crédit à ses sens et se fiait énormément à ses perceptions. Il en était à son troisième jeu de rétines. Il est impossible de concevoir sainement l’univers sans faire confiance à ce que l’on voit.
Maintenant, il était à l’intérieur de l’écran de distorsion.
Ici, les lignes parallèles se rejoignaient. Les figures triangulaires en mosaïque sur les murs humides et vibrants étaient formées uniquement d’angles obtus. Une rivière coulait latéralement à travers la vallée. Les étoiles devenaient toutes proches et les lunes gravitaient les unes autour des autres.
À présent, il faut fermer les yeux et ne pas se laisser abuser.
Pied gauche. Pied droit. Pied gauche. Pied droit. Obliquez légèrement vers la gauche — glissez votre pied. Encore. Encore. Encore un tout petit peu. Revenez vers la droite. C’est cela. Recommencez à marcher.
Le fruit défendu l’attirait. Toute sa vie, il avait essayé de voir, de se rendre compte. La tentation était irrésistible. Boardman s’arrêta, plantant ses pieds fermement sur le sol. Si tu veux vraiment sortir entier de cet enfer, se raisonna-t-il, tu dois garder les yeux fermés. Si tu les ouvres, tu seras victime des illusions et tu courras à ta mort. Tu n’as pas le droit de te tuer bêtement alors que tant d’hommes ont lutté si longtemps et si durement pour t’apprendre comment survivre.