L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
Les deux hommes obéirent mot pour mot à l’ordinateur. Ils continuaient à avancer droit devant eux, là où leurs propres yeux leur montraient des abîmes vertigineux s’ouvrant sous leurs pieds. Ils s’accroupirent pour se faufiler dans un tunnel dont le plafond semblait uniquement constitué de brillants couperets de guillotine suspendus au-dessus de leur tête. Le tunnel n’existait pas. « Je m’attends chaque instant à ce qu’une de ces lames tombe et me coupe en deux », dit Petrocelli. Il n’y avait pas de lames. Au bout du tunnel ils obéirent à une injonction de tourner à gauche, vers un énorme fléau acéré qui fouettait horriblement le sol. Là non plus, rien n’existait. À contrecœur, ils n’empruntèrent pas un trottoir roulant moelleusement capitonné qui semblait conduire directement à l’extérieur de la zone dangereuse. Le trottoir était imaginaire, par contre la fosse d’acide qu’ils ne pouvaient voir était bien réelle.
— Il serait bien plus simple qu’ils se contentent de fermer les yeux, dit Boardman. Comme nous avons fait passer les robots. En les aveuglant.
— Ils prétendent que c’est beaucoup trop effrayant. Ils ne peuvent pas, répondit Hosteen.
— Quel est le mieux : n’avoir aucune information visuelle ou en recevoir de fausses ? demanda Boardman. Ils pourraient très bien suivre les ordres de l’ordinateur les yeux fermés. Ainsi, il n’y aurait pas de risque qu’ils…
Petrocelli poussa un cri. Sur l’écran témoin, rapportant la configuration réelle, Boardman vit un bout de rue, plat et inoffensif ; sur l’écran relayant les caméras portées par les deux hommes, il vit un gigantesque geyser de flammes jaillissant soudainement sous leurs pieds.
— Restez où vous êtes ! hurla Hosteen. Ce n’est pas vrai !
Petrocelli, par un effort surhumain de volonté, reposa par terre son pied levé. Marshall fut plus lent à réagir. Pour échapper à l’éruption, il avait fait un bond de côté sur la gauche, avant même que Hosteen n’ait eu le temps de le reprendre en main. Il s’était écarté d’une douzaine de centimètres du passage protégé. Un filin métallique jaillit subitement d’un bloc de pierre et vint s’enrouler autour de ses chevilles mordant et déchiquetant les os sans aucune difficulté. Marshall s’écroula sur un pieu doré qui sorti du pavement pour clouer la pauvre dépouille sur un mur.
Évitant de regarder derrière lui, Petrocelli passa sans dommage à travers la colonne de flammes, continua encore dix pas en titubant et s’arrêta enfin. Il était à l’abri, ayant dépassé la limite du champ de distorsion.
— Dave ? appela-t-il, d’une voix brisée. Dave, tu vas bien ?
— Il a quitté le passage sûr, dit Boardman. Ç’a été très rapide.
— Que dois-je faire ?
— Restez où vous êtes, Petrocelli. Calmez-vous et ne bougez pas de là. J’envoie Chesterfield et Walker. Attendez-les et ne bougez pas.
Petrocelli tremblait. L’ordinateur prescrivit une piqûre calmante qui fut aussitôt effectuée grâce à l’équipement médical portatif individuel. Toujours figé, n’osant pas se retourner vers son compagnon empalé, Petrocelli se détendit et son tremblement disparut presque instantanément. Il attendit les autres.
Il fallut presque une heure à Chesterfield et Walker pour atteindre l’endroit où commençait à agir le champ de distorsion et quinze minutes pour traverser les quelques mètres carrés hallucinatoires. Ils effectuèrent le parcours les yeux fermés, bien que cela leur fût très désagréable ; mais les mirages du labyrinthe ne pouvaient effrayer des aveugles. Ils rejoignirent Petrocelli qui était à présent apaisé et, prudemment, ils continuèrent tous les trois leur cheminement vers le cœur de la cité. Boardman songea qu’il faudrait penser à récupérer le corps de Marshall. Plus tard.
Jusqu’à présent, les quatre jours de voyage qui l’avaient amené sur Rigel pour prendre possession du corps de son père mort avaient été les plus longs de la courte vie de Ned Rawlins. Maintenant, les jours qu’il était en train de vivre lui semblaient encore plus longs. Rester devant un écran à regarder mourir des hommes courageux et sentir tous ses nerfs se tendre à craquer sans pouvoir se détendre.
Mais ils gagnaient la bataille du labyrinthe. Quatorze hommes étaient déjà entrés. Quatre d’entre eux étaient morts. Walker et Petrocelli avaient établi un camp à l’intérieur de la zone E ; cinq autres équipaient une base de repos dans F ; et trois autres étaient juste sur le point de sortir du champ de distorsion et allaient bientôt les rejoindre. Ceux-là avaient surmonté le plus dur. L’emploi intensif des renseignements fournis par les robots avait permis de constater que, une fois passée la zone F, les risques diminuaient sensiblement. Les trois zones internes étaient pratiquement saines. E et F virtuellement conquises, il ne serait pas très difficile d’atteindre le centre où Muller, impassible et muet, se cachait en les attendant.
Rawlins pensait bien connaître le labyrinthe maintenant. Par procuration, il avait fait le trajet plus d’une centaine de fois ; d’abord à travers les relais des robots, puis grâce aux caméras portées par les hommes de l’équipe. La nuit, dans ses rêves fiévreux, il voyait des formes sombres, des murs courbes et des tours sinueuses. En esprit, il parcourait interminablement les galeries, frôlant mille fois la mort. Lui et Boardman, quand leur tour viendrait de pénétrer dans le labyrinthe, seraient les bénéficiaires d’une expérience chèrement acquise.
Leur tour approchait.
Un froid matin, sous un ciel ferreux, il se trouva avec Boardman devant l’entrée du labyrinthe à côté des remblais de terre qui en constituaient la limite périphérique. En l’espace de quelques courtes semaines, depuis leur arrivée, la planète était passée de l’automne à l’hiver local. Sur des journées de vingt heures, le soleil ne brillait faiblement que pendant six courtes heures, suivies d’un pâle crépuscule de deux heures ; les autres étaient blafardes et interminables. Les petites lunes tourbillonnaient constamment dans le ciel, dessinant d’étranges jeux d’ombres mouvantes.
Rawlins en était arrivé à désirer se confronter aux dangers du labyrinthe. Un sentiment fait d’impatience et de crainte lui tenaillait les tripes. Il était resté à attendre devant les récepteurs pendant que d’autres hommes, certains à peine plus âgés que lui, jouaient leur vie pour déjouer les pièges. Il lui semblait avoir attendu toute sa vie l’instant où il pénétrerait dans le réseau mortel.
Sur l’écran, ils voyaient Muller se déplacer au cœur de la cité. Les robots continuaient à le surveiller, marquant ses déplacements sur la carte centrale. Muller n’avait pas quitté la zone A depuis qu’il avait rencontré le premier robot, mais il changeait chaque jour de position, déménageant d’un bâtiment à l’autre comme s’il craignait de dormir deux fois au même endroit. Boardman prenait garde à ce qu’il n’ait aucun contact avec les robots depuis la première rencontre. Souvent, il semblait à Rawlins que Boardman traquait un gibier rare et fragile, ou du moins qu’il agissait comme tel.
— Cet après-midi, dit Boardman, désignant l’écran, nous pénétrerons à l’intérieur, Ned. Nous passerons la nuit au camp de base. Demain, vous rejoindrez Walker et Petrocelli dans la zone E. Puis, le jour suivant vous partirez seul vers la cité proprement dite pour trouver Muller.
— Pourquoi entrez-vous dans le labyrinthe, Charles ?
— Pour vous aider.
— Vous pourriez rester en contact avec moi d’ici, dit Rawlins. Il est inutile que vous preniez des risques.