L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
Songeur, Boardman se pinça le menton :
— Justement, je le fais pour que nous prenions le minimum de risques.
— Comment ?
— Si vous rencontrez des problèmes, dit Boardman, il faudra que je vous rejoigne pour vous aider. Il est préférable que j’attende dans la zone F si je deviens nécessaire, plutôt que de me précipiter d’ici et d’avoir à traverser la portion la plus dangereuse du labyrinthe. Vous me comprenez ? Je peux arriver très vite jusqu’à vous sans grands dangers si je me trouve dans la zone F. Mais pas d’ici.
— Quel genre de problèmes ?
— L’entêtement de Muller, par exemple. Il n’a aucune raison d’accepter de coopérer avec nous et ce n’est pas un homme avec qui il est facile de traiter. Je me souviens de lui pendant les mois qui ont suivi son retour de Bêta Hydri IV. Il était infernal. Il n’était déjà pas souple avant, mais après, il était devenu un vrai volcan. Ne vous méprenez pas, Ned, je ne le juge et ne le critique pas. Il a le droit d’être furieux contre l’univers. Mais il est malcommode. C’est un oiseau de mauvais augure. Rien que le fait de l’approcher peut être dangereux et peut porter malheur. Vous n’aurez pas la partie facile.
— Alors pourquoi ne venez-vous pas avec moi ?
— C’est impossible, répondit Boardman. Tout serait gâché s’il savait que je me trouve sur cette planète. Je suis celui qui l’a envoyé chez les Hydriens, ne l’oubliez pas. C’est moi qui, en fait, ai provoqué son exil ici, sur Lemnos. Je pense qu’il pourrait me tuer s’il me voyait.
Rawlins refusa cela.
— Non. Il n’en est pas là.
— Vous ne le connaissez pas, Ned. Vous ne savez pas ce qu’il a été ni ce qu’il est devenu.
— S’il est à ce point la proie de ses démons, comment ferai-je pour vaincre sa méfiance ?
— Allez vers lui. Ayez l’air franc et simple. Vous n’aurez pas à vous forcer, Ned. Vous avez un visage naturellement innocent. Dites-lui que vous êtes un archéologue en mission. Ne lui laissez pas deviner que nous savons qu’il est tout seul. Nous ne l’avons repéré que quand notre robot l’a rencontré. À ce moment vous l’avez reconnu, vous souvenant de l’époque où lui et votre père étaient amis.
— Je dois donc parler de mon père ?
— Absolument. Dites-lui qui vous êtes. C’est le seul moyen. Dites-lui que votre père est mort et que c’est votre première expédition spatiale. Il faut le toucher, Ned. Il faut le toucher là où il peut encore être sensible.
Rawlins secoua la tête :
— Je ne voudrais pas que vous vous fâchiez, Charles, mais je dois vous avouer que tout cela me déplaît. Tous ces mensonges.
— Des mensonges ? (Le regard de Boardman se durcit :) Est-ce un mensonge de dire que vous êtes le fils de votre père ? Que ceci est votre première expédition ?
— Je ne suis pas archéologue.
Boardman haussa les épaules :
— Préférez-vous lui avouer tout de suite que vous faites partie d’une équipe chargée de chercher Richard Muller et de le ramener sur Terre ? Croyez-vous que cela gagnera sa confiance ? Pensez à notre mission, Ned.
— Oui. La fin et les moyens. Je sais.
— Vous en êtes bien sûr ?
— Oui. Nous devons arracher la collaboration de Muller à tout prix parce que nous pensons qu’il est le seul homme qui puisse nous sauver d’une terrible menace, dit Rawlins, d’un ton uni et froid, comme s’il récitait une leçon apprise par cœur. C’est pourquoi nous ne devons négliger aucun moyen pour qu’il consente à venir à notre secours.
— C’est cela, Ned. Et j’apprécierais que vous n’ironisiez pas en le disant.
— Excusez-moi, Charles. Mais cela me gêne tant d’avoir à le tromper.
— Nous avons besoin de lui.
— Je sais. Mais un homme qui a déjà tant souffert…
— Nous avons besoin de lui.
— Très bien, Charles.
— J’ai besoin de vous aussi, Ned, dit Boardman. Si je pouvais tenir votre rôle, je le ferais. Mais s’il me voit, il ne pensera qu’à me tuer. Pour lui je suis un monstre. Il en est de même pour tous ceux qui ont été en contact avec lui auparavant. Vous êtes jeune, vous avez un visage tellement franc, et en plus vous êtes le fils d’un homme avec lequel il a été très lié. Vous seul avez une chance de l’émouvoir.
— C’est pourquoi je dois l’abreuver de mensonges, afin que nous puissions l’utiliser.
Boardman ferma les yeux. Il semblait avoir du mal à se contenir :
— Arrêtez, Ned.
— Bon, continuez. Dites-moi ce que je dois faire après m’être présenté.
— Essayez de bâtir des relations amicales. Prenez votre temps. Qu’il en vienne à dépendre de vos visites.
— Et si je ne peux supporter de me trouver près de lui ?
— N’y pensez pas. Ce sera le plus dur, je le sais.
— Non, Charles. Le plus dur, c’est de mentir.
— Très bien. De toute façon, faites en sorte de montrer que vous supportez sa compagnie. Forcez-vous. Bavardez avec lui. Insinuez que le temps que vous passez avec lui est au détriment de votre travail scientifique, que les chefs de votre expédition sont des salauds et qu’ils ne veulent pas que vous ayez des relations avec lui, mais que vous êtes attiré vers lui par la pitié et l’affection et que vous désobéissez pour venir le voir. Parlez-lui de vous, de vos ambitions, de votre vie sentimentale, de vos goûts, de tout ce que vous voudrez. Parlez beaucoup, même trop. Cela renforcera le personnage du gamin naïf.
— Dois-je lui parler des extragalactiques ? demanda Rawlins.
— Oui, mais pas n’importe comment. Glissez un mot dessus quand vous lui raconterez les dernières nouvelles de la Terre. N’insistez pas. Surtout ne parlez pas de la menace qu’ils représentent. Pas un mot non plus à propos de la nécessité de son aide. Vous me comprenez bien ? S’il soupçonne une seconde que nous essayons de l’utiliser, tout est par terre.
— Comment ferai-je pour le conduire à sortir du labyrinthe, si je ne lui dis pas pourquoi ?
— Arrivez-en d’abord là, dit Boardman. Quand vous aurez gagné sa confiance, je vous expliquerai la suite des opérations.
— Ce qui en clair signifie que vous me dicterez une fable si ignoble que vous n’osez pas me la dire tout de suite, de peur que je refuse de m’y prêter.
— Ned…
— Excusez-moi. Mais… Charles, écoutez… pourquoi devons-nous le tromper ? Pourquoi ne pas lui dire simplement que l’humanité a besoin de lui, quitte à le forcer à sortir de son repaire ?
— Croyez-vous que cette solution soit moralement préférable ?
— En tout cas, c’est plus propre. Je déteste toutes ces finasseries douteuses et machiavéliques. J’aimerais mieux l’assommer un bon coup et le sortir du labyrinthe sur mes épaules que de faire ce que vous me demandez. Je veux bien le prendre, même en employant la violence, parce que je sais que nous avons réellement besoin de lui. Nous sommes assez nombreux pour le…
— Non, l’interrompit Boardman. Nous ne pouvons le forcer. C’est bien ça le nœud de notre problème. Trop de risques. Il pourrait trouver le moyen de se tuer avant que nous ne l’attrapions.
— Un tétaniseur, alors, s’entêta Rawlins. J’accepte aussi. J’arrive près de lui et je l’endors. Nous le transportons à l’extérieur et, quand il se réveille, nous lui expliquons…
Boardman secoua la tête avec véhémence :
Il a eu neuf années pour s’habituer à ce labyrinthe. Quels maniements a-t-il appris, et quels pièges a-t-il su utiliser pour se défendre ? (Il marqua une pause et reprit :) Nous savons seulement qu’il a mis au point un système destiné à faire sauter tout le labyrinthe si quelqu’un pointait une arme sur lui. Non, je ne veux pas prendre le risque d’une action offensive. Il a trop de valeur pour nous. Il faut qu’il sorte de cet endroit de son plein gré, Ned. C’est pourquoi nous en sommes réduits à le tromper avec de fausses promesses. Je sais que c’est ignoble et que cela pue. Mais parfois, l’univers entier pue. Vous n’avez pas encore remarqué cela ?