L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
Il se précipita dans le sas et sortit du vaisseau. Muller, à travers les hublots, le vit traverser le vide et rejoindre la station de contrôle du trafic.
Muller appela le contrôleur :
— Il vaudrait peut-être mieux ne pas m’envoyer tout de suite un autre pilote, dit-il. À l’instant où Christiansen a ôté son casque, il s’est senti mal. Je dois être porteur de quelque chose. Vérifions cela tout de suite.
Le contrôleur, l’air troublé, agréa. Il demanda à Muller de se rendre dans la pièce de thérapeutique, de mettre en place le diagnostat et de lui transmettre le rapport de l’appareil. Quelques instants plus tard, Muller vit apparaître sur son écran le visage de l’officier médical de la station :
— C’est très étrange, M. Muller.
— Qu’est-ce qui est étrange ?
— Nous avons fait passer le rapport de votre diagnostat dans notre ordinateur. Aucun symptôme. J’ai aussi fait ausculter Christiansen sans le moindre résultat. Il prétend qu’il se sent bien à présent. Il me dit qu’il a été terrassé par une très forte dépression à l’instant où il vous a vu. Et très vite, cela a attaqué son métabolisme. C’est presque cela : il se sentait si déprimé qu’il pouvait à peine vivre.
— Est-il enclin à ce genre de dépression ?
— Jamais, répondit le médecin. J’aimerais vérifier cette histoire moi-même. Puis-je venir à votre bord ?
Le docteur ne fut pas aussi malade que Christiansen, mais il ne resta pas longtemps. Quand il quitta Muller, son visage était mouillé de larmes. Ils semblaient aussi déconcertés l’un que l’autre. Le nouveau pilote arriva vingt minutes plus tard et il garda sa tenue et son casque sur lui pour programmer le vol de retour. Assis, se tenant très droit devant son tableau de bord, il tournait délibérément le dos à Muller, ne lui parlant pas, agissant comme s’il ne l’avait pas remarqué. Suivant les conventions de vol, il amena l’appareil jusqu’à ce qu’il soit pris en charge par des tours de contrôle au sol, et aussitôt il se prépara à quitter le vaisseau. Muller vit le visage de l’homme tendu, luisant de sueur, les lèvres serrées, qui le salua rapidement et se hâta vers le sas. Il faut que je sente bien mauvais, pensa Muller, pour que cette odeur pénètre à travers une tenue spatiale.
L’atterrissage fut une simple routine.
Au spatioport, il passa rapidement les formalités d’immigration. Il ne fallut pas plus d’une demi-heure à la Terre pour décider qu’il était acceptable. Muller, qui était passé devant ces appareils de détection plus d’une centaine de fois, considéra ce court laps de temps comme un record. Il avait craint que le diagnostat géant ne détecte une maladie contagieuse qui aurait échappé à son équipement médical personnel et au docteur de la station de contrôle. Pourtant il avait observé le processus habituel, laissant la machine ausculter son cœur, son foie, ses reins et son cerveau, faisant une ponction de molécules de chaque partie de son corps. Il était arrivé à la sortie du boyau sans entendre la sonnerie d’alarme ni les lueurs d’avertissement de contagion. Il était accepté. Il répondit à l’ordinateur de la Douane. D’où venez-vous ? Les motifs de votre voyage ? Accepté. Ses papiers étaient en règle. Une cloison s’ouvrit sur un couloir qui le mena vers la sortie. Pour la première fois depuis son atterrissage il allait voir un être humain. Enfin.
Boardman était là. Marta était avec lui. Boardman était vêtu d’une tunique marron sertie d’anneaux métalliques ; il semblait harnaché comme pour une croisade préhistorique. Ses épais sourcils bruns étaient touffus comme une couche de mousse tropicale. Marta portait à présent les cheveux courts et bleu-vert. Ses yeux étaient argentés et sa gorge était couverte de paillettes d’or ; elle ressemblait à une statue précieuse. Se souvenant d’elle sortant du lac, nue et mouillée, Muller désapprouva ces changements, bien qu’il sût qu’ils n’étaient pas pour lui. Boardman avait le goût des femmes parées ; il était certain qu’ils avaient dû coucher ensemble pendant son absence. Muller aurait été surpris et même un peu déçu du contraire.
La main de Boardman enserra fermement le poignet de Muller pour le saluer. L’étreinte fut courte. Incroyablement vite, la pression des doigts se relâcha et la main se retira avant même que Muller pût rendre l’accolade.
— C’est bon de vous voir, Dick, dit Boardman, sans conviction, se reculant de quelques pas.
Ses joues, subitement, semblaient pendre comme sous l’effet d’une forte pesanteur. Marta se glissa entre eux et se pressa contre Muller. Il l’attira fermement ; ses mains caressèrent ses épaules douces et glissèrent rapidement sur ses fesses rondes. Il ne l’embrassa pas, se contentant de la regarder. Les yeux de Marta semblaient être des miroirs aveugles lui renvoyant une image anonyme de lui-même. Il vit ses narines frémir. À travers la peau satinée de la jeune femme, il sentait les muscles se raidir. Elle essayait de se libérer de son étreinte.
— Dick, chuchota-t-elle, j’ai désiré chaque nuit ton retour. Tu ne peux pas savoir comme tu m’as manqué.
Elle luttait de plus en plus. Il remonta ses mains sur ses hanches et serra si fort qu’il craignit de la blesser. Ses jambes tremblaient et il eut peur qu’elle tombe s’il la lâchait. Elle détourna la tête. Il posa tendrement sa joue contre la sienne.
— Dick, murmura-t-elle dans un souffle, je me sens bizarre… Je suis si heureuse que j’ai l’impression d’être toute remuée à l’intérieur… Allons-nous-en, Dick, j’ai presque envie de vomir…
Il dénoua ses bras :
— Oui. Oui. Naturellement.
Boardman transpirait à grosses gouttes. Il s’énervait, s’essuyait le visage, avalait une pilule sédative, dansait d’une jambe sur l’autre. Muller ne l’avait jamais vu dans cet état.
— Je vais peut-être vous laisser seuls tous les deux, hein ? proposa-t-il avec un clin d’œil, mais sa voix était une demi-octave trop haute. Je crois que ce temps ne me vaut rien. Je vous parlerai demain, Dick. Ne vous inquiétez de rien, tout est préparé pour vous.
Il tourna les talons et disparut. Maintenant, Muller sentait la panique le gagner.
— Où allons-nous ? demanda-t-il.
— Nous avons une chambre retenue à l’hôtel du spatioport. Il y a un trottoir roulant qui y mène directement. As-tu des bagages ?
— Ils sont toujours à bord, répondit-il. Ils peuvent attendre.
Marta se mordait la lèvre inférieure. Il lui prit la main et ils traversèrent le hall. Vas-y, pensa-t-il. Dis-moi que tu ne te sens pas bien. Dis-moi que mystérieusement, depuis dix minutes, il y a quelque chose qui te gêne.
— Pourquoi as-tu coupé tes cheveux ? demanda-t-il.
— C’est un droit féminin. Tu n’aimes pas ?
— Pas autant qu’avant.
Ils montèrent sur le trottoir roulant :
— Plus longs, plus bleus, ils avaient la couleur de la mer un jour d’orage.
La bande roulante les déposa dans un large vestibule. Elle se tenait assez éloignée de lui en marchant.
— Et ton maquillage ? Je te demande pardon, Marta. Je suis navré, mais je ne l’aime pas.
— Je me suis faite belle pour célébrer ton retour.
— Pourquoi fais-tu cela avec ta bouche ?
— Quoi ? Qu’est-ce que je fais ?
— Rien, dit-il. Nous y voici. La chambre est déjà réservée ?
— Oui. À ton nom.
Il s’approcha et posa sa main sur le tableau de réservation. Une lumière verte s’alluma et les portes de l’ascenseur s’ouvrirent. L’hôtel commençait au cinquième sous-sol du spatioport et descendait encore sur cinquante niveaux. Leur chambre était presque au dernier sous-sol. Choisie avec soin, la suite nuptiale, peut-être. Ils pénétrèrent dans une pièce où pendaient des suspensions kaléidoscopiques et où trônait un large lit équipé de tous les accessoires. L’éclairage ambiant était délicatement tamisé. Muller se remémora ses mois passés avec seulement quelques cubes érotiques et une bouffée sauvage de désir lui brûla le ventre. Il savait qu’il n’avait rien besoin d’expliquer à Marta. Elle passa à côté de lui et entra dans la pièce personnelle. Elle y resta un assez long moment pendant lequel Muller se déshabilla.