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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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Ils tirèrent des numéros.

L’homme qui fut choisi pour entrer le premier était un lieutenant du nom de Burke. Il avait l’air très jeune et devait certainement l’être réellement ; en effet, les militaires avaient rarement les moyens de s’offrir des remodelages physiques avant d’avoir atteint un rang élevé. C’était un homme petit, robuste, aux cheveux noirs. Il agissait comme s’il pensait qu’un moule à bord du vaisseau pouvait le remplacer, comme un robot, en cas de destruction. Ce n’était malheureusement pas le cas.

— Quand je trouverai Muller, répéta-t-il (il ne dit pas si), je lui dirai que je suis archéologue. C’est bien ça ? Et que, si cela ne le dérange pas, j’aimerais que quelques-uns de mes amis viennent me retrouver.

— C’est cela, dit Boardman. Et souvenez-vous, moins vous en direz, mieux ce sera. Il est très soupçonneux.

Burke ne devait pas vivre assez longtemps pour dire quoi que ce soit à Muller, tout le monde en était conscient, lui aussi. Pourtant il agita la main joyeusement, quoique Rawlins crût discerner une certaine affectation dans son geste, et il entra dans le labyrinthe.

Il portait un équipement sur le dos, comprenant un système relais branché de manière à retransmettre tout son champ de vision. Il était aussi connecté avec l’ordinateur chargé de lui dicter exactement la marche à suivre.

Il se déplaça agilement et souplement à travers les terreurs de la zone H. Burke ne possédait pas les moyens électroniques des robots qui leur avaient servi à détecter les dalles pivotantes s’ouvrant sur des précipices, les projecteurs dissimulés d’énergie, les mâchoires d’acier bloquant subitement les portes et tous les autres cauchemars ; mais il portait sur lui quelque chose de beaucoup plus utile : le répertoire de tous ces pièges, compilé grâce aux nombreux robots qui avaient été détruits pour ne les avoir pas éventés à temps.

Boardman, devant l’écran, voyait les piliers, les layons, les escarpements devenus maintenant familiers ; les ponts, faux et vrais ; les tas d’ossements et, de-ci de-là, les débris d’un robot. En pensée, il encouragea Burke, sachant que, dans peu de jours, il aurait à suivre lui aussi le même chemin. Boardman se demanda combien comptait pour Burke sa propre vie.

Ce dernier mit quarante minutes pour passer de la zone H à la zone G. Il ne donna aucun signe de joie en négociant le passage. Il savait, comme les autres, que G était presque aussi dure que H. En tout cas, le système de guidage fonctionnait bien. Burke exécutait une sorte de ballet ridicule, dansant autour des obstacles, comptant ses pas, sautant là, puis faisant un brusque zigzag, prenant ensuite son élan pour enjamber quelque traîtreuse trappe. Sa progression était parfaite. Malheureusement, l’ordinateur ne put l’avertir de la présence d’une petite créature accroupie sur un rebord doré, à quelque quarante mètres à l’intérieur de la zone G. Elle n’était pas enregistrée sur les plans. C’était un danger imprévisible, agissant pour son propre compte et non en fonction d’un plan de défense. Burke ne détenait que le rappel des expériences précédentes.

L’animal n’était pas plus grand qu’un très gros chat, mais il était doté de mâchoires puissantes garnies de très longs crocs. L’œil portable le vit au moment où il prenait son élan, mais il était trop tard. La bête était déjà sur les épaules de Burke, cherchant la gorge, quand celui-ci fut averti et tenta de prendre son arme.

La gueule s’ouvrit démesurément. Boardman reçut une vision anatomique dont il se serait passé : à l’intérieur de la première rangée de dents pointues comme des aiguilles, il y avait deux autres rangées identiques. Peut-être était-ce pour permettre à l’animal de mieux mâcher ses proies ou bien pour remplacer les dents extérieures si celles-ci se brisaient. C’était horrible, pareil à une forêt de pointes acérées. Un instant après, les mâchoires se refermèrent.

Agrippé à son assaillant, Burke tomba, ensanglanté. L’homme et la bête roulèrent sur le sol, comme entraînés par une pente invisible du pavement et furent engloutis dans un nuage de fumée huileuse. Quand l’atmosphère fut à nouveau dégagée, Burke et l’animal avaient disparu.

Un peu plus lard, Boardman tira les enseignements :

— La mort de Burke nous a été utile. Les animaux n’attaquaient pas les robots. Il nous faudra dorénavant porter des détecteurs de masse et nous déplacer à plusieurs.

Ainsi fut organisée l’expédition suivante. C’était un renseignement cher payé, mais ils avaient compris qu’ils auraient à lutter contre des créatures féroces aussi bien que contre les mécanismes de défense mis au point par les anciens constructeurs. Deux hommes, Marshall et Petrocelli, partirent dans le labyrinthe. Ils étaient armés et balayaient toutes les directions du regard. Aucun animal ne pouvait s’approcher d’eux sans qu’ils en soient avertis par leur système de détection fonctionnant sur les radiations thermiques dégagées par tout organisme vivant. Ils tuèrent quatre bêtes, dont l’une était énorme, et ne rencontrèrent pas d’autres obstacles imprévus.

Arrivés dans la zone G, ils atteignirent l’endroit où l’écran de distorsion agissait, déformant et rendant vains tous les moyens de détection.

Comment fonctionnait cet écran ? se demandait Boardman. Il avait eu connaissance sur Terre de systèmes plus ou moins semblables qui agissaient directement sur les sens, bâtissant des messages sensoriels d’apparence saine qui étaient ensuite envoyés au cerveau pour détruire toute corrélation logique. Mais cet écran devait être différent. Il ne pouvait s’attaquer au système nerveux des robots, qui n’en possédaient pas à proprement parler et dont les yeux retransmettaient fidèlement la réalité de ce qu’ils voyaient. Pourtant, ce que les robots détruits avaient vu et dont l’ordinateur avait été témoin ne correspondait pas à la géométrie véritable de cet endroit du labyrinthe. Cela était apparu en confrontant les images envoyées par les appareils restés hors de portée du champ de distorsion et qui montraient une configuration totalement différente et beaucoup plus digne de foi. Cette distorsion devait donc jouer directement sur le principe optique, opérant sur l’environnement lui-même, le déformant et le réaménageant, brouillant les perspectives, décalant et dissimulant subtilement les contours des choses, travestissant la réalité en mirage. Tout organe de vision, dépendant ou non d’une intelligence placée à l’intérieur de ce champ devait recevoir une image parfaitement convaincante et totalement fausse. C’était très intéressant, songea Boardman. Peut-être plus tard tous ces mécanismes extraordinaires seraient-ils étudiés et maîtrisés. Plus tard.

Il lui était impossible de connaître quelle forme le labyrinthe avait prise pour Marshall et Petrocelli pénétrant dans le champ. À l’opposé des robots qui retransmettaient exactement tout ce qui passait devant leurs caméras, les deux hommes n’étaient pas directement reliés à l’ordinateur. Personne ne pouvait voir ce que leurs yeux croyaient voir. Le mieux était de leur demander de décrire leurs hallucinations. Leurs mots ne correspondaient ni aux images renvoyées par les caméras fixées sur leur dos ni à celles, absolument authentiques, qui avaient été transmises par les robots restés hors du champ de distorsion.

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