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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— Il n’est pas obligé de puer ! dit Rawlins violemment, élevant la voix. C’est la seule leçon que vous ayez apprise pendant toutes ces années ? L’univers ne pue pas ! C’est l’homme qui pue ! Et il pue de propos délibéré, parce qu’il préfère puer que sentir bon ! Nous ne sommes pas obligés de mentir ! Nous ne sommes pas obligés de tricher ! Nous pourrions choisir la franchise et la propreté…

Rawlins se tut subitement. Il reprit plus doucement :

— Je dois vous paraître stupidement naïf, n’est-ce pas, Charles ?

— Vous en avez le droit, répondit Boardman. C’est le privilège de la jeunesse.

— Pensez-vous sincèrement que l’univers est pourri et qu’il a été créé par un esprit malfaisant ?

Boardman toucha le bout de ses doigts boudinés et courts.

— Ce n’est pas exactement cela. Il n’y a pas une puissance du mal qui règle l’ordre des choses, pas plus qu’il n’existe une puissance du bien. L’univers est un immense mécanisme impersonnel. Son fonctionnement le conduit à exercer de temps en temps une contrainte sur certaines de ses parties qui peuvent en souffrir et disparaître à cause de ce qui leur paraît une injustice, mais l’univers s’en fout, parce qu’il peut les remplacer. Il n’y rien d’immoral dans ce rejet, mais on ne peut empêcher les parties lésées de penser que cela pue. Quand nous avons envoyé Dick Muller sur Bêta Hydri IV, deux petites parties de l’univers se heurtèrent. Nous devions l’envoyer là-bas parce que notre nature nous pousse à essayer de découvrir toujours plus loin, et les Hydriens ont agi de la sorte avec lui parce qu’ils obéissaient à des lois de leur nature. Le résultat fut que Muller revint de Bêta Hydri IV en mauvais état. Il avait été coincé dans la machinerie de l’univers et il avait été broyé. Maintenant, il va y avoir un second heurt entre deux parties de l’univers, tout aussi inévitable, et nous devrons jeter une nouvelle fois Muller dans les engrenages de la machine. Il y a de grandes chances pour qu’il soit à nouveau mis en pièces — et cela pue, je le reconnais — mais pour en arriver là, il faut que vous et moi nous nous salissions un peu nos mains et nos âmes. Et même si cela aussi pue, nous n’avons absolument pas le choix. Si nous n’osons pas nous compromettre et tromper Richard Muller, nous ajouterons peut-être une autre arme au mécanisme qui risque de détruire l’humanité, et cela puerait encore plus. Je vous demande de faire quelque chose d’assez déplaisant pour un motif décent et valable. Vous ne le voulez pas et je comprends ce que vous ressentez, mais j’essaie de vous faire voir que votre code moral personnel n’est pas le facteur le plus important. À la guerre, un soldat tue parce que l’univers lui impose cette situation. Ce peut être une guerre injuste et il se peut que son frère se trouve dans le vaisseau qu’il doit viser, mais la guerre est réelle et il doit y tenir son rôle.

— Et où placez-vous le libre arbitre dans ce mécanisme universel dont vous parlez, Charles ?

— Nulle part. Il n’y en a pas. C’est pourquoi l’univers sent mauvais.

— Nous n’avons aucune liberté ?

— Juste le droit de frétiller un petit peu, accrochés à notre hameçon.

— Vous avez toujours pensé ainsi ?

— Presque, dit Boardman.

— Quand vous aviez mon âge ?

— Même avant.

Rawlins détourna son regard :

— Je crois que vous vous trompez complètement, mais je ne veux pas m’essouffler en essayant de vous le répéter. Je ne connais pas les mots qui pourraient vous convaincre, ni les arguments. De toute façon, vous ne m’écouteriez pas.

— Je crains que non, Ned. Mais nous pourrons discuter de cela une autre fois. Disons dans une vingtaine d’années. D’accord ?

Rawlins s’efforça de sourire :

— Oui. Si mes remords ne m’ont pas poussé d’ici là au suicide.

— Ce ne sera pas le cas.

— Comment ferai-je pour me supporter après avoir trahi Muller pour le déloger de sa coquille ?

— Attendez et vous verrez. Vous découvrirez que vous avez agi justement, par rapport au contexte. Ou, du moins, que vous n’avez pas fait le pire. Croyez-moi, Ned. En ce moment vous pouvez penser que vous vous reprocherez toute votre vie cette mission, mais vous changerez d’avis.

— Nous verrons bien, dit Rawlins, calmement.

Quand Boardman adoptait ce ton paternel, il interdisait toute discussion. Mourir dans le labyrinthe, pensa Rawlins, était le seul moyen d’éviter ces problèmes moraux. Aussitôt formulée, il repoussa cette idée avec horreur. Il fixa l’écran du récepteur.

— Allons-y, dit-il. Je suis fatigué d’attendre.

5.

Muller les voyait avancer et il ne comprenait pas pourquoi cela le laissait aussi calme. Ils avaient cessé de lui envoyer des robots, après qu’il eut détruit le premier, mais ses écrans de vision lui montraient des hommes campant dans les zones extérieures. Malheureusement, il ne pouvait distinguer clairement leurs visages. Il en comptait à peu près une douzaine, mais il ne pouvait en être sûr. Ils étaient peut-être neuf, ou quatorze, ou quinze. Certains étaient stationnés dans la zone E, et un groupe un peu plus important en F. Muller en avait vu mourir quelques-uns dans les bandes périphériques.

Il avait de nombreux moyens offensifs à sa disposition. Par exemple, s’il le voulait, il pouvait inonder la zone E en se servant de l’aqueduc. Il l’avait fait une fois par accident et il avait presque fallu une journée entière pour que la cité se remette en ordre. Il se souvenait comment, pendant l’inondation, la zone E était soudain devenue étanche, se cloisonnant et bouchant toutes ses issues pour empêcher l’eau de s’écouler. Si les envahisseurs ne se noyaient pas dans le flux à cause de leur affolement ils se précipiteraient certainement dans les pièges. Muller avait d’autres moyens à sa disposition pour leur interdire de pénétrer dans la cité intérieure.

Pourtant, il ne faisait rien. Il savait que la cause principale de sa passivité était son profond désir de rompre ses années d’isolement. Malgré sa haine, malgré sa misanthropie, malgré sa crainte de voir détruire sa solitude, Muller laissait les hommes se frayer un chemin vers lui. Une rencontre à présent devenait inévitable. Ils savaient qu’il était là. (Étaient-ils au courant de son identité ?) Ils le trouveraient et ils en souffriraient, et lui aussi. Lui apprendrait à leur contact si son long exil l’avait guéri et s’il pouvait à nouveau supporter une compagnie humaine. Mais il connaissait déjà la réponse à cette question.

Il avait passé presque une année parmi les Hydriens ; puis, constatant que rien ne s’accomplissait, il était monté dans sa capsule de débarquement et avait rejoint le vaisseau gravitant sur son orbite. Si les Hydriens avaient une mythologie, ils lui trouveraient une place.

À l’intérieur du vaisseau, Muller accomplit les opérations nécessaires à son retour sur Terre. Tout à coup, alors qu’il programmait l’ordinateur de bord, il aperçut le reflet de son visage sur la console de métal poli et il eut un mouvement de recul. Les Hydriens n’avaient pas de miroirs. Il vit d’abord quelques nouvelles rides creusant la peau, mais cela ne l’inquiéta guère. C’était une sorte d’étrangeté dans le regard qui l’effrayait quelque peu. Ce sont les muscles trop tendus, pensa-t-il. Il termina la programmation de son retour et alla dans la pièce de thérapeutique où il commanda une goutte à quarante db. pour son équilibre nerveux, un bain chaud et un massage complet. Quand il sortit, ses yeux avaient toujours cet air étrange, et de plus il avait maintenant un tic facial. Il se débarrassa facilement de son tic, mais il ne put rien faire pour son regard.

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