Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
Les deux parties du costume étaient de coupe simple, d’une teinte vert clair unie, taillées dans un tissu solide et bon marché. C’étaient les vêtements de travail qui provenaient du magasin du vaisseau. Ils étaient largement portés par les deux sexes sur de nombreuses planètes durant des siècles. Cependant Salomon paré dans toute sa gloire ne resplendissait pas autant que Thorby ! Il lissa la toile contre sa peau, et, désirant que quelqu’un le voie dans ses beaux atours, il se remit à chercher la porte avec une ardeur renouvelée.
Il la trouva. Tandis que ses mains couraient sur l’une des cloisons, il sentit un courant d’air, se tourna et réalisa qu’un des panneaux avait disparu. La porte menait dans un couloir.
Un jeune homme, habillé comme lui (Thorby était ravi de constater qu’il s’était vêtu convenablement pour l’occasion), descendait vers lui le corridor incurvé. Thorby fit un pas à l’extérieur et le salua en Sargonais commercial.
Les yeux de l’homme clignèrent dans sa direction, puis il le dépassa comme s’il n’existait pas. Le garçon battit des paupières, intrigué et un peu vexé. Puis il l’appela en Interlingua pour le faire revenir.
Pas de réponse. L’homme disparut avant qu’il ait pu essayer d’autres langues.
Thorby haussa les épaules et n’y pensa plus. Un mendiant ne gagne rien à être susceptible. Il décida d’explorer son environnement.
Vingt minutes plus tard, il avait découvert beaucoup de choses. D’abord le Sisu était bien plus vaste qu’il ne l’avait imaginé. Il n’avait jamais vu auparavant un vaisseau d’aussi près, sauf de la position plus que douteuse dans la soute des esclaves. De loin, assis dans le port de Jubbul, les vaisseaux lui avaient paru grands mais pas aussi énormes que celui-ci. Ensuite, il était étonné d’y voir tant de monde. Il savait que sur les transporteurs du Sargon qui opéraient dans les Neuf Mondes, les équipages étaient composés de six ou sept personnes. Mais ici en quelques minutes seulement, il en avait rencontré bien plus, de tous les âges et de tous les sexes.
Enfin il réalisa avec tristesse qu’on le snobait. Les gens ne le regardaient pas, ni ne lui répondaient quand il leur adressait la parole. S’il ne les avait évités, ils lui seraient rentrés dedans. C’est avec une fillette, qui répondit à ses avances en le dévisageant de ses yeux graves, qu’il put établir le contact le plus encourageant. Mais elle fut bientôt emportée par une femme qui ne jeta pas même un regard au garçon.
Thorby reconnut cette attitude. C’était la manière dont les nobles traitaient ceux de sa caste. Un noble ne pouvait le voir, car il n’existait pas. D’ailleurs, même s’il faisait l’aumône, c’était généralement à travers un esclave. Thorby n’en avait pas été blessé sur Jubbul ; c’était naturel, cela avait toujours été ainsi. Il ne s’y était senti ni isolé ni déprimé. Il avait trouvé beaucoup de chaleur chez ses compagnons d’infortune. En outre, il n’était pas conscient d’être malheureux.
Mais s’il avait su à l’avance que tous les membres du vaisseau le traiteraient comme les nobles, il ne serait pas parti avec le Sisu, malgré les flics. Mais il ne l’avait pas prévu. Une fois le message de Baslim transmis, le capitaine Krausa l’avait traité d’un ton bourru et paternel.
Thorby imaginait que l’attitude de l’équipage refléterait celle de son maître.
Il erra dans les corridors en acier, avec la sensation d’être un fantôme parmi les vivants, puis enfin, il décida tristement de regagner sa cabine. Il découvrit alors qu’il s’était perdu. Il retraça mentalement le chemin. Il n’avait pas été entraîné par Baslim pour rien. Cependant il ne réussit à retrouver qu’un tunnel pareil à tous les autres. Alors il se remit en route, mal à l’aise et conscient que, peu importe sa cabine, il faudrait trouver au plus vite les toilettes, même au prix d’agripper quelqu’un et de le secouer comme un prunier.
Il entra dans un endroit où il fut accueilli par des cris d’indignation bien féminins. Il battit rapidement en retraite et entendit la porte claquer derrière lui.
Quelque temps plus tard, il fut rattrapé par un homme pressé qui s’adressa à lui en Interlingua.
— Que diable fabriques-tu à errer et à pénétrer partout ?
Thorby se sentit soulagé. L’endroit le plus sinistre du monde, où on est plus seul que nulle part ailleurs, c’est Coventry. Une réprimande vaut toujours mieux que d’être totalement ignoré.
— Je suis perdu, dit-il humblement.
— Pourquoi n’es-tu pas resté où tu étais ?
— Je ne savais pas qu’il le fallait… Je m’excuse, noble seigneur. Il n’y avait pas de toilettes.
— Mais si, juste en face de ta cabine.
— Je l’ignorais, noble seigneur.
— Humm… C’est vrai. Je ne suis pas « noble seigneur », mais le Premier Assistant Chef. Tâche de t’en rappeler. Allez, viens.
Il prit Thorby par le bras, le pressa à travers le labyrinthe, et s’arrêta dans le tunnel qui avait trompé Thorby. Sa main courut le long du métal. Le panneau glissa.
— Voici ta cabine.
Il se tourna, fit la même chose de l’autre côté.
— Voilà les toilettes des célibataires à tribord.
L’homme lui indiqua dédaigneusement comment se servir des commodités quand il vit Thorby déconcerté par ces nouveaux objets. Puis il le ramena à sa chambre.
— Maintenant, reste là. On t’apportera tes repas.
— Premier Assistant Chef, monsieur ?
— Eh bien ?
— Je voudrais parler au capitaine Krausa.
L’homme eut l’air stupéfait.
— Crois-tu que le commandant n’ait rien d’autre à faire qu’à te parler ?
— Mais…
L’autre était déjà parti. Thorby s’adressait à un panneau en métal.
Finalement la nourriture fit son apparition, servie par un adolescent qui se comporta comme s’il posait le plateau dans une pièce vide. Plus tard, on lui en apporta un deuxième et le premier disparut. Thorby s’arrangea pour se faire remarquer, en s’accrochant au premier plateau. Il parla au garçon en Interlingua, et discerna une lueur de compréhension, mais il reçut pour toute réponse un seul mot : « Fraki ! » Il ne le comprit pas… Mais il prit conscience du mépris avec lequel on l’avait prononcé. Un fraki est un petit animal informe, un insecte coprophage semi-saurien originaire d’Alpha Centaura Prime III, un des premiers mondes habités par les hommes. Il est laid, pratiquement dépourvu de cerveau, et a des habitudes dégoûtantes. Seul un homme affamé et sans autre ressource mange sa chair. Sa peau est désagréable au toucher et dégage une odeur déplaisante.
Mais « fraki » signifie plus encore : macaque, rampant, qui habite dans la fange, qui ne va jamais dans l’espace, qui n’appartient pas à notre tribu, qui n’est pas humain, un goy, un « pas-de-chez-nous », un sauvage, bref tout ce qu’il y a de plus méprisable. Dans les vieilles cultures, terriennes, on avait utilisé pratiquement tous les noms d’animaux comme injures : porc, chien, truie, vache, requin, pou, fouine, ver. La liste est interminable. Mais aucun mot n’est plus injurieux que « fraki ».
Heureusement Thorby prit seulement conscience du fait que le jeune homme manifestait son indifférence… Ce qu’il savait déjà.
Finalement il eut sommeil. Il avait compris comment actionner l’ouverture et la fermeture des portes, mais il avait beau passer la main, gratter, cogner sur les panneaux, il n’arrivait pas à trouver la combinaison pour sortir le lit. Il passa donc la nuit par terre. Son petit déjeuner apparut le lendemain matin, mais il était incapable de discerner qui le lui avait apporté ; il ne réussit pas même à être de nouveau insulté. Il rencontra d’autres garçons et jeunes hommes dans les toilettes ; cependant quoique toujours ignoré, il apprit en les observant qu’il pouvait y laver ses affaires. Un gadget recevait le vêtement, le gardait quelques minutes, et le crachait sec et empesé. Il en fut tellement content qu’il fit nettoyer ses nouveaux atours trois fois ce jour-là. De toute façon, il n’avait rien d’autre à faire. Il dormit encore par terre la nuit suivante.